CHAPITRE XIV
ATHÉTOSE DOUBLE.
On a beaucoup écrit, récemment, sur une névrose qui offre avec la chorée chronique de nombreuses analogies et qui est, elle aussi, essentiellement caractérisée par des mouvements anormaux; comme la maladie de Huntington, elle frappe l'ensemble de la musculature, tout en pouvant se limiter à un côté du corps, et s'accompagne généralement de troubles psychiques ; enfin, à l'instar de ce qui se passe dans la chorée, les mouvements athétosiques peuvent se manifester au cours de certaines lésions des centres nerveux, dont ils caractérisent, sinon la nature, du moins le siège.
Nous résumerons cette étude d'après les données fournies par le traité d'Audry1 et la récente thèse de Michaïlowski2; on trouvera dans ces deux ouvrages la liste complète des travaux antérieurs, que nous nous dispenserons dès lors d'énumérer. Qu'il nous suffise de citer, comme s'en étant particulièrement occupés dans notre pays, les noms de Charcol1, Oulmont''. Brousse3, Richardière6, Déjerine et
1 audry; L'athétose double et les chorées chroniques de l'enfance. Paris, 1892. - Michaïlowski; Étude clinique si//' l'alhétose double. Tlièso de Paris. 1892. 3 Uhahcot; Progrès médical, 1877; — Leçons sur les maladies du Système nerveux, tom. II et III; — Semaine médicale. 1886 ; — Leçons du Mardi, 1888-89. 1 Oulmont ; Thèse de Paris, 1878.
•s Brousse ; Montpellier médical. 187g;— Gazette hebdomadaire de Montpellier, 1 septembre 1888.
fi Richardière ; Thèse de Paris, i885.
ATHÉTOSE DOUBLE.
Sollier1, Bourneville et Pilliel-, Rlocq et Blin:i, Ollivier4, Huet5, etc.
L'athétose double est définie par Michaïlowski : < une affection habituellement primitive, caractérisée par des mouvements involontaires spéciaux, généralisés à presque tout le corps, mais affectant plus particulièrement les extrémités des membres supérieurs et inférieurs et les deux côtés de la face. Elle apparaît le plus souvent chez des imbéciles, et dans ce cas elle est congénitale ou remonte à la première enfance; beaucoup plus rarement, elle débute dans l'âge adulte » .
Symptômes. — L'athétose double est symptomatiquement caractérisée par :
i° Des mouvements involontaires; 2° Une raideur permanente ;
3° Des troubles fonctionnels correspondant à cette double anomalie, et quelquefois accompagnés de déformations et d'hypertrophie musculaire ;
4° Des troubles intellectuels.
1. Mouvements anormaux. — Les mouvements alhétosiques sont des mouvements involontaires et arythmiques; mais ils diffèrent de la plupart des troubles du même ordre que nous avons étudiés jusqu'ici par ce fait qu'ils sont lents, ondulants, progressifs, reptatoires et de vaste amplitude. Ils n'ont rien de la brusquerie et de la brièveté des mouvements choréiques et rappelleraient plutôt le péristaltisme des muscles de la vie organique (Gairdner). — Ils se manifestent à la fois dans les intervalles et au cours des actes volontaires. Cependant, au repos, ils diminuent de fréquence et d'intensité. Pendant le sommeil, ils disparaissent: mais ce n'est pas là un fait constant; Massalongo et Kurella les ont vus, en effet, persister au cours du sommeil. Par contre,
1 Uéjerine et Sollier ; Bulletin de la Société Anatomique, 1888.
2 Bourneville et Pilliet; Arc/rives de Neurologie, 1888. 1 Blocq et Blin ; Revue de Médecine, 1888.
1 Ollivier ; Leçons cliniques sur les Maladies des Enfants, 1889. 5 IIuet ; Thèse citée.
Nous avons autrefois consacré une Revue à cette question de l'athétose, in Montpellier médical, 1877.
Voy. aussi les détails que nous avons déjà fournis sur l'hémiathétose au chapitre de l'hémichorée (pag. 221, du tom. I), et sur l'athétose double au chapitre de la sclérose cérébrale (pag. 396, du tom. 1).
Parmi les travaux qui ont été publiés depuis la thèse de Michaïlowski, nous citerons :
Blocq ; Gazette hebdomadaire, a3 juillet 1892;
Moussous ; Journal de Médecine de Bordeaux, 3o avril i8g3, pag. 203 ; Roque ; Lyon médical, 18 juin 1893; Lannois ; Bulletin médical, i8g3, pag. 36o ;
Brissaud et Hallion ; Bévue Neurologique, 3o juin 1893, n" 12, pag 3i4; i5 août 1893, n° i5, pag. 410 ; — Progrès médical. i8<j3, n° 26.
l'exécution d'un mouvement intentionnel, les émotions, les efforts, exagèrent notablement les mouvements involontaires.
Ces mouvements anormaux débutent insidieusement ou surviennent à la suite d'attaques convulsives ; souvent ils sont précédés, chez l'enfant prédestiné à la maladie, d'une gêne de la parole ou d'une raideur plus ou moins accusée dans les membres inférieurs. D'autres fois, enfin, le début est brusque, et les mouvements se montrent à la suite d'un accident, d'une paralysie subite et généralisée, ou même d'une chorée de Sydenham.
La face, les membres et le tronc sont envahis successivement, la localisation initiale se faisant indifféremment sur les uns ou les autres ; il est rare, en effet, que l'affection soit généralisée d'emblée jeas de Massalongo) ; la généralisation est lente et progressive, parfois avec de longs intervalles entre les diverses déterminations. Quelquefois même, le reste du syndrome de l'athétose double peut coïncider avec des mouvements anormaux unilatéraux
La face, à peu près constamment atteinte, est envahie en totalité ou partiellement. Les muscles des régions inférieures du visage sont le plus souvent pris ; quelquefois, mais rarement, un seul côté de la face est le siège des convulsions. Celles-ci provoquent dans la physionomie des expressions variées (rire, tristesse, étonnement, admiration, hébétude), ou des grimaces inusitées, se succédant sans ordre et variant d'un instant à l'autre, sans jamais correspondre à des sentiments éprouvés par le sujet. Ces mouvements illogiques, fréquemment répétés, finissent à la longue par provoquer sur le visage la formation de rides permanentes (Clay Shaw, Massalongo). — ■ Les muscles oculaires participent quelquefois aux spasmes, d'où résulte un strabisme très passager ou une sorte de lent nystagmus. — Enfin la langue est agitée de mouvements analogues; elle peut être hypertrophiée (Blocq et Blin).
Les membres supérieurs sont toujours plus atteints que les membres inférieurs, et il existe à peu près constamment une prédominance unilatérale. Rarement les membres supérieurs sont frappés les premiers ; ils sont presque toujours pris après la face ou en même temps que cette dernière. Les convulsions débutent généralement par les doigts, puis envahissent la main, le poignet, exceptionnellement les parties supérieures du membre.
Les mouvements des doigts chez l'athétosique, d'amplitude souvent exagérée, sont comparables, d'après Gairdner, à ceux qu'exécutent les tentacules du poulpe ; ils sont représentés le plus souvent par des alternatives de flexion etd'extension exagérées, qui se manifestent successivement dans chacun des doigts de la main, et auxquels viennent quelquefois se surajouter des mouvements d'adduction et d'abduction. — Les convulsions du poignet, moins étendues et moins régulières que celles des doigts, consistent en des mouvements successifs de flexion, d'extension et d'inclinaison alternative sur le bord cubital ou radial de
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la main. — Quand lavant-bras est pris, ce sont des mouvements d'extension, de flexion, de pronation et de supination. — Enfin, du côté du bras, on peut observer des mouvements d'adduction, d'abduction, d'antépulsion, de rétropulsion, de rotation.
Bien souvent, le malade essaye de remédier par une «attitude de défense» (point d'appui de la main, adduction forcée du bras) à la gêne qui résulte de cette migration perpétuelle des divers segments du membre supérieur.
Leslmembres inférieurs, également envahis dans 9/10 des cas, offrent
Fig. 104. — Main d'athétosique (d'après l'Iconographie photographique de la
Salpêtrière).
des mouvements analogues, surtout localisés aux orteils et à l'articulation tibio-larsienne, quelquefois propagés à la jambe et à la cuisse.
Enfin, du côté du cou et du tronc, on observe parfois des contorsions et inflexions variées, de lentes oscillations en divers sens. — Michaïlowski a même signalé, dans un cas, des troubles du côté des muscles de la déglutition ou des muscles respiratoires.
2. A côté des mouvements anormaux et dans les membresmêmes qui sont le siège de ces derniers, il existe habituellement une raideur permanente (Gowers, Bourneville, Pilliet, Huet), d'où résulte un défaut très marqué de souplesse et un caractère spasmodique assez accentué des mouvements volontaires de ces parties; le spasme est surtout marqué dans les premières phases de l'acte. — Quelquefois à la raideur font suite de véritables contractures, le plus souvent en flexion.
3. Consécutivement aux mouvements anormaux et aux spasmes, on voit assez souvent survenir des déformations ; l'ampleur des convulsions amène à la longue le relâchement des articles, et quelquefois des subluxations. Aux mains, ces déformations peuvent souvent être comparées à celles du rhumatisme chronique ; du côté de la colonne, on observerait, d'après Audry, la cyphose ou la scoliose dans 1/6 des cas. Il ne s'agit nullement, ici, de troubles frophiques, et la laxité des ligaments est seule en jeu.
4- Il n'est pas rare de voir Y hypertrophie envahir les muscles de l'alhétosique, soumis à un excès de fonctionnement ; tout comme elle survient physiologïquement dans certaines professions, où il est de règle de constater l'hypertrophie fonctionnelle de groupes musculaires déterminés.
5. Un certain degré d'impotence, portant sur divers organes, résulte à la fois de l'état spasmodique et des mouvements anormaux ; elle varie suivant l'intensité des troubles moteurs et leur degré plus ou moins accusé de généralisation.
La localisation de la maladie sur les membres supérieurs amène l'impossibilité pour le sujet de maintenir un objet dans ses mains et de le porter à destination. Il est obligé d'avoir recours à des artifices, de saisir, par exemple, l'objet à pleine main et de l'appliquer fortement contre le tronc à l'aide du membre opposé, etc.
Le malade veut-il diriger son bras vers un objet, on voit les mouvements anormaux croître aussitôt d'intensité, et devenir de plus en plus violents à mesure que la main approche du but. En même temps, par suite d'une espèce de syncinésie, des convulsions se manifestent clans tous les membres; ce caractère de généralisation contribuerait, d'après Charcot, à séparer l'athétose de la sclérose en plaques.
Dans bien des cas, tout acte volontaire est impossible : les malades ne peuvent ni manger, ni boire, ni s'habiller seuls.
La station et la marche sont également modifiées: Debout, le malade se présente raide, le bras serré contre le tronc ; ce dernier redressé, les épaules rejetées en arrière, offre une ensellure plus ou moins profonde à la région lombaire. Les cuisses sont légèrement fléchies et serrées l'une contre l'autre ; les jambes, au contraire, écartées et divergentes, reposent souvent sur la pointe du pied (en varus équin). — La démarche est particulièrement difficile, quelquefois impossible, dans ces conditions. Charcot a désigné le mode de progression de ces malades sous le nom de «démarche de gallinacés».
Dans quelques cas. on se trouve, au contraire, en présence de la démarche incoordonnée du tabès (Clay Shaw).
La parole, troublée à la fois par les mouvements anormaux, la raideur et l'hypertrophie de la langue, est lente, traînante, -comme « tirée » graduellement de la bouche (Oulmont, Seeligmuller) ; le langage est quelquefois tout à fait incompréhensible.
L'écriture est impossible dans tous les cas un peu intenses. Dans les cas légers, le sujet réussit à écrire, moyennant certains artifices destinés à enrayer momentanément les mouvements anormaux. Voici d'ailleurs, d'après Michailowski, de quelle manière les auteurs qui se sont occupés de la question caractérisent l'écriture des athétosiques : 0 Ecriture difficile à lire (Ross), à peine lisible ou bornée à quelques mots (Massalongo), griffonnée (Withe) , griffonnée et tremblée (Greidenberg : quelques lettres de dimensions exagérées dans un griffonnage illisible (Hughes) » .
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Les troubles de l'écriture s'exagèrent quand le malade est observé, o La netteté de récriture, déclare Audry, varie beaucoup suivant le moment où D... prend son crayon. Lorsqu'elle est livrée à elle-même, seule et tranquille, elle écrit d'une façon lisible ; les traits sont fortement tracés: les lettres allongées et bouclées (comme 1, b) sont tremblées; celles qui sont plus petites présentent souvent des angles aigus à leur sommet, ne sont pas unies d'une manière régulière et parallèle ; mais il n'y a rien qui rappelle l'écriture désordonnée et à grandes secousses des choréiques, non plus que le tremblement fin et haché de la paralysie agitante. Lorsque D... est observée, qu'elle est émue, c'est tout autre chose : le crayon heurte brusquement le papier d'une façon presque informe, et les lettres se confondent en s'accrochanl pour ainsi dire les unes aux autres. Il devient impossible de lire la malade. >
6. Enfin il est habituel de noter, chez les athétosiques, des troubles intellectuels, que Huet et Audry considèrent comme presque constants. Cependant Michaïlowski a relevé un certain nombre de cas (un quart environ) dans lesquels l'intelligence était normale ou simplement atténuée. Le reste du temps, on a affaire à des sujets imbéciles ou idiots.
La sensibilité sous toutes ses formes, les organes des sens, n'offrent généralement aucune anomalie ; les sphincters et la fonction génitale sont indemnes (sauf à la période de gâtisme terminal] ; Y excitabilité électrique n'est point modifiée ; il n'existe pas de troubles trophiques.
Tel est le tableau des cas les plus habituels. Exceptionnellement on a noté des contractures, de siège et d'intensité variables, portant de préférence sur les membres supérieurs, quelquefois sur les membres inférieurs, les muscles du cou ou les muscles oculaires; — d'autres fois, de la parésie (la paralysie complète est absolument rare), — des troubles sensitifs (céphalalgie, hyperesthésie ou anesthésiej, — des déformations crâniennes ou vertébrales (scoliose), etc.
L'athétose double suit habituellement la marche suivante: elle débute dans i'enfance par des troubles moteurs, et s'accompagne bientôt de troubles intellectuels ; ceux-ci peuvent, d'ailleurs, s'installer en même temps que les mouvements anormaux, mais ne les précèdent jamais. — La Durée de l'évolution morbide est longue ; les malades atteignent assez souvent l'âge de 4o ou 5o ans, et succombent presque toujours aux atteintes d'une affection intercurrente.
La maladie, bien qu'incurable, permet donc une survie prolongée, et les sujets méritent bien le nom qui leur a été donné d'«infirmes imbéciles » .
Étiologie. — L'athétose double est une maladie de la première ou de la deuxième enfance ; on l'a vue cependant débuter, dans quelques cas, chez des adolescents ou des adultes.
L'hérédité paraît jouer un rôle important dans son développement.
Max Schœdc et Massalongo ont signalé l'hérédité similaire ; la plupart du temps, il s'agit de l'hérédité de transformation, et l'on retrouve chez les ascendants l'hystérie, l'épilepsie, l'idiotie, une vésanie, ou encore le rhumatisme, la syphilis, l'alcoolisme. La consanguinité a été incriminée; enfin on a attribué un certain rôle aux maladies ou perturbations morales éprouvées par la mère durant sa grossesse.
La naissance avant terme ou accompagnéede dyslocie', les infections foetales ou infantiles (Massalongo J, Ollivier), le traumatisme, le refroidissement, ont été également invoqués. — Enfin il est fréquent, nous avons insisté là-dessus (pag. 396 du tom. I), de voir l'athélose double coexister avec le syndrome de la sclérose cérébrale.
Pathogénie. — L'athélose double a été rapportée à des troubles très divers. D'après les uns, elle serait en rapport avec des lésions méningées; — d'autres, invoquant ses analogies symptomatiques avec l'hémiathétose d'origine cérébrale, la rattachent théoriquement à la lésion du corps strié ou des zones psycho-motrices, qui caractérise cette dernière; — Massalongo en faitune affection cérébro-spinale; — ■ Richardière paraît l'inféoder à la sclérose encéphalique; — ■ enfin Lannois y voit la conséquence d'un arrêt de développement du faisceau pyramidal.
Michaïlowski analyse et discute, dans sa thèse, les résultats de 8 autopsies récentes :
Dans un cas de Kurella, il existe de la pachyméningile et une atrophie cérébrale. — Dans celui de Déjerine et Sollier, on trouve des anomalies de certaines circonvolutions, un état asymétrique des hémisphères, du cervelet et du bulbe, qui sont atrophiés à gauche, sans qu'il existe toutefois de lésions microscopiques. — Sur les deux cas publiés par Putnam, il ne fut constaté, dans l'un, aucune lésion ; dans l'autre, on trouva deux anciens abcès des lobes temporaux, avec dégénérescence consécutive d'un seul pédoncule. — Enfin, Bourneville et Pilliet dans leurs trois observations, Huet dans le cas de Blocq et Blin, n'ont pu découvrir aucune altération.
Les lésions des centres nerveux sont donc inconstantes et dissemblables dans l'athétose double. Nous ne pouvons, par conséquent, considérer cette maladie comme constituant une entité anatoino-clinique; nous devons y voir jusqu'à nouvel ordre une névrose à manifestations cérébrales prédominantes et méritant, par ses caractères symptomatiques et son évolution, d'occuper en nosologie une place à part, dans le voisinage immédiat de la chorée.
1 Lannois (/oc. cit.), en particulier, l'ait jouer à ces causes un rôle prédominant.
2 Massalongo (Riforma medica, 3 septembre 1892, pag. 6i5) vient, récemment, de consacrer un article à l'origine infectieuse de l'athélose double ; l'infection provoquerait, d'après lui, les troubles nerveux par l'intermédiaire d'une polioencéphalite.
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C'est, en effet, avec la chorée de Sydenham et la chorée chronique, qu'il importe de faire le Diagnostic de l'athétose double.
Rappelons tout d'abord que « les mouvements involontaires desathétosiques sont incoordonnés, illogiques et contradictoires, sans rythme et sans systématisation; qu'ils s'exécutent avec une lenteur relative, sans brusquerie; que les membres qui en sont le siège présentent toujours un certain degré de raideur; qu'ils cessent ou diminuent pendant quelque temps à l'occasion de certains mouvements intentionnels, mais augmentent d'intensité et de fréquence par la marche et par les impressions morales ; qu'ils se calment un peu par le repos, sans toutefois disparaître complètement pendant l'état de veille ; le sommeil chloroformique et le sommeil naturel peuvent les faire d'habitude cesser complètement. — Si à ces caractères on ajoute ceux tirés de l'évolution de la maladie et enfin l'état mental (imbécillité), on aura tous les éléments nécessaires pour reconnaître l'athétose double » (Michaïlowski) .
La chorée de Sydenham est caractérisée par des mouvements plus brusques, plus intenses, plus incoordonnés, que ceux de l'athétose ; elle ne s'accompagne jamais de raideur, de contractures, de déformations. La parole est rapide, explosive, quelquefois bégayée, et se distingue facilement du parler lent et spasmodique de l'athétosique. Les troubles intellectuels, moins graves que dans l'athétose, sont habituellement passagers ; les douleurs sont relativement fréquentes ; l'évolution est rapide et se termine généralement parla guérison.
Les mouvements anormaux de la chorée chronique s'atténuent, au lieu d'augmenter d'intensité, au cours des actes volontaires ; ils sont généralement plus brusques, plus rapides que dans l'athétose ; la raideur musculaire fait défaut. On n'observe jamais de subluxations, de déformations, d'hypertrophie musculaire, comme dans l'athétose ; la démarche est incoordonnée et nullement spasmodique ; le parler est celui de la chorée de Sydenham. Les troubles intellectuels sont, enfin, loin d'être identiques dans les deux cas : « le choréique chronique devient à la fin un dément, l'athétosique double est né un imbécile, au moins dans la majorité des cas où la maladie s'accompagne de troubles mentaux. En tout cas, dans la chorée chronique le désordre mental va toujours en progressant, tandis que dans l'athétose double on peut arriver à éduquer le malade et à en faire quelque chose » (Michaïlowski) '.
1 II est cependant des cas où les symptômes des deux maladies se trouvent mélangés de telle sorte que le diagnostic ne peut être fait.
Brissaud et Hallion (loc. cit.) ont tout récemment publié un de ces cas, et donné le nom de syndrome athétoso-ckoréique à la symptomatologie complexe qui en résulte. « Notre observation, concluent-ils, est un nouvel exemple des rapports étroits qui unissent l'atbétose double et la chorée chronique. Celles-ci
La chorée rythmée hystérique, la chorée électrique, le paramyoclonus, la maladie des tics, la maladie de Friedreich, s'écartent de l'athétose double par les mêmes caractères qui séparent ces maladies delà chorée de Sydenham et de la maladie de Huntington.
La paralysie agitante, la sclérose en plaques et toutes les maladies à tremblement diffèrent de l'athétose double par le caractère rythmé de leurs secousses.
Le tabès dorsal spasmodique de l'enfant, dont la démarche offre des analogies avec celle de l'athétose, présente une raideur beaucoup plus marquée des membres inférieurs et. par contre, une moindre généralisation des phénomènes spasmodiques ; les réflexes sont exagérés : on ne constate pas de mouvements involontaires au repos ; enfin la maladie est curable l.
La tétanie, qui atteint souvent la première enfance, est caractérisée par des contractures portant sur les extrémités, survenant sous forme de crises précédées de prodromes. La localisation habituelle des spasmes sur les fléchisseurs provoque des altitudes spéciales [main d'accoucheur); il persiste, dans les intervalles des crises, une hyperexcitabilité mécanique et électrique des troncs nerveux ; la terminaison est presque toujours favorable.
Enfin, Michaïlowski distingue l'athétose double des mouvements athétoïdes, ou mouvements d'apparence afhéfosique, souvent limités à un côté du corps, dépourvus du cortège ordinaire de l'athétose, habituellement passagers, et survenant à titre de complication au cours d'affections diverses. Des mouvements de cet ordre ont été signalés dans le tabcs (Rosenbach, Bernhardt, Audry, etc )*. la paralysie infan-
apparaissent comme deux syndromes issus d'un même processus, dont l'évolution se poursuit longtemps encore après l'époque de sa première apparition.
» Le syndrome athétose et le syndrome chorée peuvent se manifester chacun sous une forme pure, très caractéristique, très spéciale. Il existe donc, dans leur pathogénie, des différences réelles. A toute systématisation symptomatique répond, de toute évidence, une systématisation pathogénique particulière. C'en est assez pour assurer aux deux syndromes une existence propre, et même, si l'on veut, pour justifier dans certains cas leur prétention au titre d'affections nerveuses distinctes. Toutefois on ne. saurait y voir, à proprement parler, deux maladies autonomes, deux entités morbides véritables. »
! Freud, de Vienne (Revue Neurologique, 3o avril 1893, n° 8, pag. 177), a tout récemment réuni, sous le nom de Diplégies cérébrales infantiles,*, quatre types d'affections cérébrales de l'enfance, qui sont généralement considérées par les auteurs comme des maladies différentes ; ce sont : i° La rigidité généralisée d'origine cérébrale (Little disease, allgemeine cérébrale Starre) ; 2° La rigidité paraplégique (tabès dorsal spasmodique des enfants); 3° L'hémiplégie spasmodique double; 4° La chorée congénitale généralisée et l'athétose double. •> — Il admet des formes de transition entre ces divers types cliniques.
Vov. aussi Taylor ; Les diverses variétés de paralysies infantiles, in Lancet, 23 septembre 1893, pag. 733.
2 Voy. notre travail sur les mouvements anormaux des labétiques, in Nouveau
ATHÉTOSE DOUBLE.
tile (Massalongo), certaines polynévrites (Lôwenfeld, Remak), l'hystérie (Wiszwianski) , et tout récemment la maladie de Friedreich (Chauffard) '.
Traitement. — On a essayé sans grand résultat l'emploi de la plupart des calmants du système nerveux : bromures, sulfonal, chloral, antipyrine, électricité, hydrothérapie, massage, gymnastique, suspension, etc.
Les déformations ont pu, dans quelques cas, être efficacement combattues par l'application d'un appareil orthopédique, la ténotomie; l'élongation des nerfs n'a, par contre, jamais amené d'amélioration. La cràniectomie, proposée dans les cas où on est autorisé à soupçonner l'existence d'une lésion cérébrale, a été maintes fois pratiquée; nous avons donné, au chapitre de la sclérose encéphalique, notre opinion sur ce mode d'intervention opératoire. — ■ Il ne faut pas oublier, enfin, que l'état mental des athétosiques est justiciable d'un certain degré d'amélioration ; on devra, par conséquent, surveiller soigneusement l'éducation des petits malades et tâcher de stimuler par tous les moyens possibles leur développement intellectuel.
Nous terminons ici deux grands Articles de cette cinquième Partie. Nous avons étudié : i°les maladies des nerfs sensitifs, vaso-moteurs et trophiques, et les névroses sensitives, vaso-motrices et trophiques (névralgies, migraines, angine de poitrine, hémiatrophie faciale, goitre exophtalmique, etc.) ; 2° les maladies des nerfs moteurs et les névroses motrices (paralysies, convulsions, tétanie, tétanos, paralysie agitante, etc.). Il nous reste à décrire, dans un troisième Article, deux grandes névroses complexes, à manifestations multiples portant sur le système nerveux tout entier: Y hystérie et Yépilepsie.
Montpellier médical, décembre 1892 ; nous en avons donné un résumé au chapitre de l'ataxie (pag. 5ig du tom. I).
1 Chauffard; Maladie de Friedreich avec attitudes athetoïdes, in Semaine médicale, 3o août i8g3, pag. 409.
Grasset, 4° édit., tom. II.
ARTICLE IV
Névroses complexes.