CHAPITRE II
PARALYSIE BULBAIRE AIGUË
Nous serons très brefs sur la description de cette forme morbide, qui ne reposait naguère que sur trois observations de Leyden.
Nous reproduirons simplement ce qu'en a dit ce dernier auteur dans son Traité.
« Les symptômes de cette affection sont nets et caractéristiques ; dans les cas types, l'ensemble des manifestations paralytiques répond exactement à ce que Duchenne et Wachsmuth ont décrit sous le nom de paralysie glosso-laryngée ou de paralysie bulbaire ; la paralysie de la langue, les troubles de la parole et surtout la paralysie des lèvres et du voile du palais, rappellent cette dernière forme morbide. Aces symptômes se joint de la faiblesse ou de la paralysie des membres. Mais ce qui caractérise encore plus nettement la paralysie bulbaire aiguë, c'est la participation du nerf vague et du centre respiratoire, d'où résultent de la dyspnée, de l'orthopnée, des râles, et, comme conséquence dernière, une mort rapide. L'observation que nous avons relatée est remarquable par l'apparition précoce des symptômes graves et par sa brusque terminaison. Il est permis de croire que tous les cas n'ont pas la même gravité et que, lorsque les lésions sont plus restreintes, elles sont compatibles avec la vie. Beaucoup de paralysies bulbaires à forme apoplectique ne sont probablement autre chose que de la myélite bulbaire aiguë » .
Au point de vue anatomique, celte maladie est caractérisée par de petits foyers de ramollissement, mal circonscrits, dans la moelle allongée. Dans deux cas, le bulbe paraissait sain à l'œil nu et à l'état frais : consistance, couleur, forme, tout paraissait normal. Dans le troisième, au contraire, on voyait macroscopiquement un foyer de ramollissement avec de nombreux petits extravasats.
Après durcissement, on put, dans les trois cas, déterminer l'existence, le siège et les dimensions des foyers de myélite.
On voit que ces observations se rapportent à des formes aiguës, rapides, de paralysie labio-glosso-laryngée, qui, par la nature de leur processus et surtout par le siège de leur lésion (au niveau du noyau du pneumogastrique), affectent une marche toute différente de la marche ordinaire de la maladie de Duchenne.
1 Leyden ; Traité clinique des maladies de la moelle épinière, traduction française, pag. 467,— et Arch. f. Psyc/t. u. New., VII, 4, ; Lichtheim ; Dent. Arch. f. kïin. Med., XVIII, 1S7G; Erb ; Handb. de Ziemssen, VI, pag. 477.
Depuis notre deuxième édition, de nouveaux cas de paralysie bulbaire aiguë ont été publiés'.
L'un des deux cas rapportés par Paul Etter a trait à une jeune fille robuste qui, au moment d'une époque menstruelle, a brusquement des troubles de la vue, puis de la dysphagïe ; le 3e jour, ptosis et voix rauque, puis nasillarde; le 4e,dysphagie croissante, avec quintes de toux et spasme gloltique à la déglutition; le 5e, toux paralytique, éternuements difficiles, photophobie ; à partir du 8°, alimentation par la sonde. — La paralysie gagne tous les nerfs bulbaires, laissant intacte la motilité des membres et des sphincters, de la respiration, de la sensibilité cutanée et réflexe, ainsi que de l'ouïe, de l'odorat et du goût. — Guérison par la faradisation.
Le second se rapporte à un garçon de i5 ans qui se réveille, un matin, avec de la céphalalgie, des nausées et des vertiges ; puis vomissements, douleurs, gêne de la déglutition ; dysphagie complète le 4e jour; lassitude extrême, puis affaiblissement des quatre membres; parésie progressive des nerfs bulbaires ; albuminurie ; cyanose. Mort dans la nuit du ioe au 11e jour : tous les sens, la sensibilité cutanée et muqueuse, les sphincters, sont restés normaux jusqu'à la fin. — Après durcissement dans le bichromate d'ammoniaque, on reconnaît l'existence de foyers multiples de myélite, disposés symétriquement de chaque côté du bulbe, mais plus étendus du côté gauche.
1 Paul Etter; Corresp; Bl. f. schweiz. Aerzte, ior déc. 1882 (anal, in Revue des Sciences médicales, XXIV, pag. i5o); Dixonmann ; Brain, juillet 1884, pag. 244 ;
Desplats ; Journal des Sciences médicales de Lille, 8 février 1889 ; Reinhold ; Deut. Arch. f. kl. Med'., 1S89, XVLI, pag. 83 ; Hauser ; Médecine moderne, 7 avril 1892.