CHAPITRE IV
LOCALISATIONS NERVEUSES A LA SUITE DES AUTRES MALADIES INFECTIEUSES AIGUËS '.
Nous avons consacré un chapitre spécial à la diphtérie et au paludisme. Nous croyons, au contraire, devoir réunir en un seul chapitre tout ce qui a trait aux autres maladies aiguës (fièvre typhoïde, fièvres éruptives, dysenterie, choléra, pneumococcie, etc.).
Cette nécessité s'impose parce que les observations cliniques précises sont encore rares, tellement que la relation pathogénique n'est pas absolument positive et qu'on peut souvent se demander si l'on a réellement affaire à des localisations nerveuses de ces maladies ou à des paralysies de convalescence.
Ajoutons enfin que nous ne prétendons pas décrire ici les localisations nerveuses se manifestant dans le cours de ces maladies (formes spinale ou cérébrale de la fièvre typhoïde, etc.), mais seulement celles que l'on observe à la suite de ces maladies. Comme Landouzy dans sa Thèse, nous étudions seulement les accidents nerveux qui, tout en étant sous la dépendance de la maladie aiguë, ne sont qu'un accident accessoire, purement contingent et môme assez rare.
Nous ne disons pas que la première catégorie de phénomènes (que
voulu faire jouer au paludisme, dans le développement de diverses maladies du Système nerveux, la gangrène symétrique des extrémités par exemple (Mourson ; Thèse de Paris, 1873).
Singer (Semaine médicale, 1887, pag. 238J,— Combe mâle (Bulletin médical du Nord, 12 juin 1891, pag. 267, cl Progrès médical, 16 juillet 1892),— Macnamaea (Brit. med. Journ., 8 mars 1890) — ont décrit une polynévrite d'origine palustre.
L'action du paludisme sur la genèse et les manifestations du tabès a été étudiée par Prince (New-York med. Reo., juillet 1889, pag. io3, in Revue des Sciences médicales, XXXV, pag. 1^).
Torti et Angelini (Ri forma medica, 26 juin 1891, pag. 817 ; Revue des Sciences médicales, XXXIX, pag. 579) ont vu le syndrome (peut-être hystérique) de la sclérose en plaques, survenir passagèrement chez des paludéens. — Krafft-Ebing .(Wien. med. Pr., 1892, n" 1) signale l'épilepsie parmi les conséquences du paludisme.
' Un certain nombre d'éléments de ce chapitre sont empruntés à l'excellente Thèse d'agrégation de Landouzy (Paris, 1880), dont nous compléterons les données par des observations plus récentes.
Voy. encore sur le rapport des Infections avec les maladies nerveuses:
Péré ; Société de Biologie, 6 février i8g2 ;
Ueni, Mircali ; Arc h. ital. di cli n . med., 1898 ;
Roger : Influence de V infection sur le Système nerveux; in Revue générale des Sciences, i5 avril iSy3, pag. 2i5 (Revue Neurologique, i5 novembre 1893, n° 21, pag. 598).
nous éliminons) ne doive pas être étudiée; peut-être le ferons-nous un jour. Mais actuellement elle nous entraînerait trop loin et n'est pas dans notre programme.
Au lieu de faire une description générale didactique, qui serait schématique, nous croyons plus utile, dans un chapitre comme celui-ci, qui reste aujourd'hui encore un chapitre d'attente, d'indiquer à propos de chaque maladie les faits connus, soit au point de vue clinique, soit au point de vue anatomique.
Qu'il nous suffise, au préalable, de faire ressortir le rôle important que l'on fait jouer depuis quelques années aux infections dans la genèse des maladies du système nerveux.
Jusqu'ici la neuropathologie, demeurée fidèle aux traditions du passé en matière étiologique, se bornait à rattacher chacune des entités qui la constituent à quelque circonstance physique, morale ou climatérique; en dehors de l'hérédité, dont l'influence prédisposante a conservé toute sa valeur, le froid, le traumatisme, l'émotion, toutes circonstances banales et mal définies, se retrouvaient seuls à l'origine de la plupart des affections nerveuses.
L'infection a récemment conquis ce domaine ; elle en a effleuré la plupart des territoires et, pour certains, les a entièrement envahis. Presque toutes les maladies des méninges (méningites aiguës, méningite tuberculeuse, méningite cérébro-spinale), — un bon nombre de lésions cérébrales (encéphalite aiguë, abcédée ou non, sclérose cérébrale), — spinales (labes, paralysie infantile, poliomyélite antérieure, subaiguë et chronique, myélites diffuses aiguës et chroniques), — cérébro-spinales (tabès et paralysie générale), — toute une catégorie de névrites périphériques1, — diverses névroses 2 (maladie de Basedow, hystérie, neurasthénie, chorée, épilepsie), — sont aujourd'hui tributaires de l'infection, qui résume ou domine leur étiologie. Il suffit, pour s'en rendre compte, de parcourir chacun des paragraphes que nous avons dû consacrer au rôle de l'infection clans l'histoire particulière de ces diverses maladies.
L'infection agit sur le système nerveux, soit en troublant son fonctionnement sans altérer sa substance, soit en déterminant des lésions anatomiques; celles-ci peuvent être attribuées à l'action directe des germes ou des toxines sur les éléments nerveux, ou à une action indirecte de l'infection sur la substance nerveuse, par l'intermédiaire de lésions vasculaires3.
1 Voy. Bonnet ; Des névrites périphériques infectieuses aiguës. Thèse de Lyon, 1893 ; — et notre chapitre des Névrites périphériques.
2 Voy., sur les névroses infectieuses : Belous ; Thèse de Lyon, juillet 18S8 ; Grespin ; Thèse de Lyon, décembre 1891.
3 Voy., sur les lésions vasculaires secondaires aux maladies infectieuses : Thérèse ; Revue de Médecine, février 1893.
En somme, on peut dire que le rôle de l'infection dans les maladies aiguës et chroniques, organiques et fonctionnelles, des centres nerveux (ou de leurs enveloppes) et des nerfs périphériques, gagne tous les jours du terrain. Nous citerons, parmi les auteurs auxquels cette doctrine est chère et qui consacrent leur talent à la défendre, les noms de Landouzy, Marie, Joffroy, Achard, etc. — Une série de cas observés dans notre service nous ont permis d'insister à plusieurs reprises sur les neuropathies infectieuses 1 .
Expérimentalement, Gharrin, Babinski, Roger, sont parvenus à provoquer des paralysies et des atrophies chez les animaux en leur inoculant des cultures microbiennes ou des substances solubles extraites de ces cultures2.
Les travaux modernes ont également mis en relief l'influence de l'infection sur le développement des psychoses. Régis et Chevalier Lavaure3 ont récemment consacré à celte question une Revue très documentée, dont les conclusions méritent d'être reproduites in extenso :
« L'ensemble des travaux parus sur les psychoses des maladies infectieuses (fièvre typhoïde, fièvres éruptives, influenza, érysipèle, choléra, fièvre puerpérale, polynévrite, fièvres post-opératoires) tend à démontrer : i° au point de vue pathogénique, qu'elles sont le résultat soit de l'action directe des microbes, soit de leur action indirecte et médiate par les toxines qu'ils sécrètent; 2° au point de vue clinique, qu'elles peuvent se présenter à deux moments différents et, par suite, sous deux aspects :
«Durant le stade fébrile, elles revêtent ordinairement la forme d'un délire aigu plus ou moins violent — tellement analogue aux délires toxiques qu'on ne le distingue pas toujours facilement du délire alcoolique, — auquel viennent se joindre parfois, comme dans les autres délires aigus, des symptômes de méningite (délire aigu, délire fébrile, délire méningitique, confusion aiguë hallucinatoire, hallucinaiorische Verwirtheit, acute confusional insanity).
«Durant le stade post-fébrile ou la convalescence, on a affaire à la psychose dite asthénique, état mental plus ou moins variable d'aspect, constitué d'habitude par du désarroi intellectuel, de la stupidité, de l'obnubilation, de la pseudo-démence, et reposant sur un fond absolument typique de confusion mentale (asthenische Verwirtheit, démence aiguë, psychose asthénique, stupeur, confusion mentale primitive simple).
»I1 faudrait peut-être admettre une troisième forme clinique de
1 Voy. nos récentes leçons publiées in Nouveau Montpellier médical, 1894. - Charrin, Babinski; Société de Biologie, 1887-88; Roger; Académie des Sciences, 26 octobre 1891.
3 Régis et Chevalier-Lavaure ; La folie des maladies aiguës, in Gazette hebdomadaire, septembre et octobre 1893.
Voy. aussi la Revue de Toulouse, in Gazette des Hôpitaux, 3o mai i8g3.
psychose infectieuse, intermédiaire aux deux précédentes et caractérisée par les symptômes mentaux et somatiques de la démence paralytique (méningo-encéphalite, pseudo-paralysie générale ou paralysie générale infectieuse) ; — et, à ce propos, on peut se demander si la plupart des paralysies générales aujourd'hui connues ne sont pas également, en dehors des conditions de prédisposition toujours nécessaires, la conséquence plus ou moins éloignée d'une maladie infectieuse.
s Quoi qu'il en soit, le symptôme caractéristique de la psychose infectieuse, dans toutes ses formes, semble être le désordre intellectuel, la confusion mentale, résultat sans doute de l'imprégnation, de l'inhibition temporaire des cellules cérébrales par les agents toxiques. Le plus souvent, la folie ainsi produite serait susceptible de guérison. La folie des maladies infectieuses aurait donc, d'après ces données, une origine directement ou indirectement toxique et, en même temps, un type clinique assez caractéristique pour être déjà facilement reconnaissable dans la pratique.
«Ajoutons, en terminant, que le traitement anti infectieux, antiseptique, général ou local (et c'est là un argument puissant en faveur de l'origine toxique des folies que nous étudions, en même temps que c'en est. la conséquence pratique), donne souvent ici d'excellents résultats. Bien qu'on ne puisse pas à cet égard formuler encore une thérapeutique définitive, les faits sont néanmoins déjà assez nombreux pour établir que, dans les folies infectieuses ou autotoxiques, c'est au traitement de l'infection ou de l'auto-intoxication qu'il faut surtout s'adresser pour combattre et guérir le trouble mental. »
D'autre part, on a vu certaines névroses (épilepsie) ou des psychoses guérir sous l'influence d'une maladie infectieuse intercurrente.
Ces notions générales étant exposées, nous allons, conformément à notre programme, passer en revue quelques espèces.
%l. Fièvre typhoïde1. — 1. Au point de vue étiologique, on peut dire qu'on trouve le plus souvent, chez les sujets atteints de localisations nerveuses de la dothiénentérie, quelques antécédents personnels ou héréditaires qui décèlent la prédisposition névropathique. En d'autres termes, il y a toujours dans la production de ces accidents un double facteur : externe (bacille ou toxine typhique) et interne (antécédents).
Dans certains cas, l'action du premier de ces facteurs est prédominante; il suffit alors d'une faible prédisposition antérieure. Chez d'autres, au contraire, c'est le second facteur qui prime, et la fièvre typhoïde n'est qu'une occasion de développement de ces accidents. Entre ces termes extrêmes, on trouve une série de types intermédiaires.
Toutes les périodes de la dothiénentérie paraissent également suscep-
1 Voy. Pachère et Funck ; Le Système nerveux dans la fièvre typhoïde, i8g3.
tibles de développer ces accidents. Ainsi, on les voit survenir au cours même de la fièvre, pendant la période d'invasion ou à la période d'étaf , comme une simple exagération des symptômes ordinaires de la maladie (Trousseau, Vulpian),ou comme une complication de nature variable (Eisenlohr, Cormack). Mais cependant l'époque de prédilection pour l'apparition des paralysies est la phase de déclin ou la convalescence.
« La fièvre est tombée, le malade commence à s'alimenter, il se lève depuis plusieurs jours et essaye déjà à marcher, lorsque apparaissent des troubles du mouvement, souvent très étendus, mais généralement passagers. Ces accidents peuvent même, suivant la remarque de Murchison, ne se manifester que plusieurs semaines après la convalescence. Ces paralysies tardives, survenant au moment où la réparation commence, sont de véritables a épilogues» de la maladie qui montrent combien celle-ci a profondément touché l'organisme, » (Landouzy.)
Le bacille typhique a été retrouvé dans la pulpe cérébrale ou spinale (Vaillard et Vincent) et dans les méninges (Fernct). Chantemesse et Widal ont signalé sa présence dans le système nerveux des animaux atteints d'infection typhique expérimentale. « Dans les centres nerveux comme dans les autres organes, on observe le même processus anatomopalhologique : la réaction phagocytique et la dégénérescence des cellules fixes des tissus. L'altération profonde des cellules nerveuses, leur résorption par les phagocytes, l'organisation de ceux-ci en tissu conjonctif, aboutissent à la sclérose » (Chantemesse1).
2. Cliniquement, on observe toutes les variétés, toutes les combinaisons de forme, qui font supposer toutes les origines (cerveau, moelle, bulbe, nerfs et même muscles) suivant les cas2.
Ces divers organes peuvent être organiquement lésés ou fonctionnellement troublés (névroses).
a. Nous avons observé, pour notre part, un cas remarquable d'hémiplégie droite avec aphasie pendant la convalescence d'une fièvre typhoïde ; cet accident, probablement provoqué par un écart de régime, fut de très courte durée.
Nothnagel, Weiss, Murchison, Colin, Schneider, ont également cité des exemples d'hémiplégie post-typhoïde ; c'est cependant là une des formes les plus rares ; elle peut être accompagnée d'hémianesthésie et d'hémichorée 3. L'aphasie est plus fréquente, surtout chez les enfants (Murchison, Longuetj4; elle existe le plus souvent, chez eux, à l'état d'isolement et n'a qu'une durée passagère ; au contraire, chez l'adulte, elle est ordinairement associée à une hémiplégie, avec ou sans anesthésie,
' Chantemesse ; art. Fièvre typhoïde du Traité de Médecine, 1891.
2 Les méninges sont, fréquemment aussi, envahies par l'infection typhique. — Voj., sur la méningite éberthienne, la Thèse cI'Adenot (Lyon, décembre iS8y)et notre chapitre des méningites aiguës (pag. do).
3 Féréol, Renault, Lomby ; Société médicale des Hôpitaux, 23 mars 1888. * Longuet ; Union médicale, 26 avril 1884.
présente une durée prolongée et reconnaît pour cause une artérifce oblitérante 1 .
Dans ces accidents cérébraux, nous pourrions placer encore le vertige, le délire, l'hébétude ; mais ce sont, à proprement parler, des symptômes de la fièvre typhoïde elle-même.
On peut les voir toutefois persister après la guérison complète ; ils aboutissent quelquefois à de véritables psychoses, caractérisées par des idées de persécution et souvent terminées parle suicide2.
b. La paraplégie est la forme la plus ordinaire des paralysies posttyphoïdes. Dans ce cas, « l'impuissance musculaire n'est généralement pas absolue; il y a plutôt parésie que paralysie proprement dite; le malade ne peut ni se tenir debout ni marcher : s'il essaye de se lever, ses jambes fléchissent sous lui, mais elles ne sont pas tout à fait inertes et il est bien rare que, couché, il ne puisse encore, leur imprimer des mouvements assez étendus. »
La sensibilité est également altérée, e Au début, ce sont des fourmillements, des picotements, une sensation d'engourdissement plus ou moins pénible, qui quelquefois précède et annonce les autres accidents. Puis c'est une anesthésie, ou tout au moins une obtusion de la sensibilité cutanée, frappant les mômes régions que la paralysie et s'étendant même au delà. »
Les masses musculaires s'atrophient dans les points paralysés. « Cette atrophie localisée est facile à découvrir, malgré lamacilence générale. »
La vessie et le rectum sont souvent paralysés pendant un certain temps :i. Aces faits, reproduisant le tableau de la myélite transverse, il faut joindre ceux dans lesquels on a trouvé une sclérose en plaques (Ebstein, Calmette, Marie) ou une paralysie ascendante aiguë développées à la suite de la fièvre typhoïde 4. Dans ce dernier cas, les accidents se généralisent et tuent rapidement; ce qui nous conduit aux manifestations bulbaires (Marotte et Liouville 6i .
' Voy. "Vulpian ; Revue de Médecine, 1884, pag. 162.
2 Christian; Archives générales de Médecine, septembre et octobre 1873; Bucquoy et Hanot; Ibid., 1882;
Marandon de Montyel ; Annales médico-psyc/iologiques, i8S3; Barié, Ballet ; Société médicale des Hôpitaux, février-mars 1890; Joffroy ; Congrès de Médecine mentale (Semaine médicale, 10 août 1891, pag. 336) ; Glover; Thèse de Paris, 1891 ; Régis et Chevalier-Lavaure ; Revue citée.
3 Fage ; Gazette hebdomadaire de Bordeaux, 25 novembre 1888.
4 Voy. Raymond; Revue de Médecine, 10 août i885; Mailfaire ; Thèse de Paris. i885.
'■> Voy. le cas récent de Lirouroux, in Gazette hebdomadaire de Bordeaux, 5 mai 1889.
Des myélites éberthiennes nous pouvons rapprocher, sans préjuger en aucune
c. Les nerfs peuvent aussi être atteints, et alors on a des paralysies très limitées.
Ainsi, Gormack a noté la paralysie du deltoïde et d'autres muscles, Bateson une paralysie faciale, Hugh Clark une dysphagie, Bernhardt une paralysie du radial chez un malade (avec autopsie et névrite constatée)et une paralysie ducubital chez un autre1. Lehmann, Archer, Churton, des monoplégies brachiales *.
Rehn et Villemin ont observé des paralysies limitées à certains muscles du larynx (crico-aryténoïdien postérieur dans le premier cas; dilatateurs de la glotte dans le second3).
« On a remarqué que, dans ces paralysies limitées comme dans la paraplégie, presque chaque fois que la contractilité électrique des muscles atteints a été explorée, il existait une diminution considérable ou une abolition complète de la sensibilité aux courants faradiques; au contraire, l'action des courants galvaniques était conservée ou seulement amoindrie. Nothnagel, dans son travail sur la question, note l'amoindrissement de la contractilité électrique dans toutes les paralysies consécutives à la fièvre typhoïde. »
Pitres et Vaillard '' ont démontré, dans un certain nombre de cas, la présence de névrites périphériques (segmenlaires périaxiles), expliquant le développement de paralysies plus ou moins étendues (polynévrites).
d. Les paralysies disséminées et circonscrites que nous venons de décrire peuvent-elles aussi être produites, dans certains cas, par l'altération directe des muscles (myosite de Zenker), sans lésion préalable du système nerveux? C'est l'opinion de Jaccoud, de Hardy et Béhier ; mais elle nous parait avoir encore besoin de démonstration anatomique s.
façon l'identité des deux processus, les myélites expérimentalement produites par Gilbert et Lion avec le bactériumeoli commune (Société de Biologie,i3£ëvvlcr 1892).
' Voy. plus récemment, sur la néorite cubitale dans la fièvre typhoïde :
Philiotis ; Thèse de Paris, i885, n° 119. •
2 Lehmann, Archer, Churton; Brit. med. Journ., avril-mai 1887. :l Voy. le cas récent de Pennato, in Rev. ven. di Se. med. (Revue Neurologique, i5 mai i8g3, n° 9, pag. 233).
' Pitres et Vaillard ; Revue de Médecine, décembre i885. Voy. encore, sur la névrite typhique :
Handford ; Brain, juillet 1888, pag. 237 ; Church ; Journ. of the Am. med. Assoc, 1890, n° 1, pag. 67 ; Fazio ; Congrès de Rome, 1889 (Semaine médicale, 28 octobre 1889, pag. 409) ; Montchiloff ; Thèse de Genève, 1891 ;
Dutil et Lamy ; Archives de médecine expérimentale, janvier 1893 ; Babes ; La Roumanie médicale, 1893 (Revue Neurologique, i5 mai 1893, n° 9, pag. 235) ; Bonnet ; Thèse citée ;
Baret ; Archives de Médecine et de Pharmacie militaire, juillet 1893, n" 7. à Lesage (Revue de Médecine, 10 novembre 1888) a observé une myopathie hjpertrophique secondaire à la dothiénentérie.
e. Enfin l'infeclion typhique, troublant fonctionnellement le système nerveux, peut faire éclore ou réveiller diverses névroses, l'hystérie en partieulier. Nous avons assez récemment publié un cas de cet ordre 1 .
3. Marche, Durée, Terminaisons. — Le début est en général graduel. Schneider a cependant cité un cas dans lequel les accidents éclatèrent subitement.
La durée est habituellement courte ; l'hémiplégie ne dure que deux ou trois jours ; la paraplégie est un peu plus longue. Mais, le plus souvent, après quelques semaines ou quelques mois au plus, tous les phénomènes s'amendent et disparaissent progressivement sous la seule influence du régime tonique aidé parfois de l'électricité.
La guérison esl donc la règle ; il y a cependant des exceptions.
Certaines paralysies peuvent laisser des traces indélébiles, notamment des amyotrophies persistantes qui constituent de vraies infirmités. Le passage à l'état chronique s'observe encore dans les cas où la fièvre typhoïde a développé une maladie comme la sclérose en plaques.
La mort peut survenir dans les formes envahissantes, quand le bulbe est atteint, et, dans les paralysies localisées, quand elles frappent les muscles de première importance, comme ceux du larynx. C'est ainsi que, dans les deux cas cités plus haut de Rehn et Villemin, les malades ne furent sauvés que par la trachéotomie.
Tout ce que nous venons de dire de la fièvre typhoïde peut s'appliquer
à la FIÈVRE PETÉCHIALE, aU TYPHUS DES ARMÉES et à la FIÈVRE RÉCURRENTE
ou a rechutes (Murchison, Griesinger, Cormack).
| IL Dysenterie et Diarrhée 2. —Dès le xvne siècle, Sanchez, Sennert et Etmùller ont parlé des paralysies post-dysentériques, que Fabrice de Hilden, Zimmermann et Frank ont ensuite décrites. Mais les observations récentes et bien prises sont peu nombreuses,
î . Les paralysies dysentériques semblent succéder de préférence aux formes graves ; elles apparaissent parfois à la période d'acuité de la maladie, le plus souvent pendant la convalescence, alors que les phénomènes intestinaux ont disparu.
Le début est en général insidieux, et aux troubles moteurs se joignent ordinairement des troubles de la sensibilité.
Localisée au rectum dans les cas les plus légers, la paralysie dysentérique affecte le plus souvent les membres inférieurs. Dans ce dernier cas, « elle est d'abord incomplète et s'accompagne de fourmillements dans les membres, d'hyperesthésie cutanée, de douleurs aiguës irradiées sur le trajet des nerfs ; puis la paralysie motrice s'accentue,
1 Gazette hebdomadaire de Montpellier, février-mars 1890, — et Clinique médicale, tom. I, 1891 .
2 Voy. Kelsch cl Kienek ; Maladies des pays chauds, 1889.
MALADIES AIGUËS. 1015 devient absolue, en même temps que les phénomènes douloureux sont remplacés par une anesthésie et une analgésie parfois absolues1 ».
Les anciens avaient décrit des paralysies dysentériques généralisées aux muscles de la langue, des lèvres, et frappant même les membres d'une façon alterne. Ces faits ont besoin de confirmation. Parmi les modernes, Cormack a du reste observé une paralysie diffuse.
La théorie des paralysies réflexes (Graves, Brown-Sequard) est aujourd'hui à peu près abandonnée. On se demande si la moelle est atteinte, comme dans les faits de Roger et Damaschino, Delioux de Savignac, Feinberg et Hoffmann 2, ou s'il s'agit d'une névrite migrans, comme le veut Leyden. Les deux processus ne nous paraissent pas contradictoires, et il n'y a rien d'impossible à ce que, comme la fièvre typhoïde, la dysenterie frappe la moelle ou les nerfs suivant les cas.
Il est, en tout cas, admis aujourd'hui que la dysenterie agit sur le système nerveux en tant que maladie infectieuse ; quel que soit l'avenir réservé au germe décrit par Chantemesse et Widal 3, ou aux amibes dont il a été récemment question, la nature parasitaire de l'affection ne saurait être mise en doute (Kelsch et Kiener).
2. Baudin a publié en i858 l'observation remarquable d'un malade qui, à la suite d'une diarrhée rebelle, atteint depuis cinq mois d'une paraplégie presque complète, fut guéri de ses accidents en même temps que de son catarrhe intestinal. Graves, Romberg, Leyden et Hervier ont rapporté des faits analogues.
Enfin Potain a fait connaître un fait remarquable de cette catégorie, que le titre seul de l'observation résume très bien : Paralysie consécutive à un catarrhe aigu de l'intestin ; début lent et marche progressive de la paralysie, qui se généralise ; disparition des troubles paralytiques et de la diarrhée ; retour momentané de la diarrhée à la suite d'écarts de régime; réapparition de la paralysie ; contracture des extrémités ; traitement et régime ; guérison complète 4.
§ III. Choléra5. — Les accidents nerveux dus à l'infection de l'éco-
' Pugibet (Revue de Médecine, février 1888), qui a bien étudié récemment les paralysies dysentériques, en décrit de nombreuses variétés. Souvent symétrique et généralement incomplète, la paralysie frappe surtout les extenseurs des membres ; les muscles du cou sont souvent envahis ; ceux de la face et de la tète sont habituellement indemnes. Le début de ces paralysies est généralement brusque et nocturne, sans ictus ; la sensibilité et la contractilité électriques ne sont point altérées ; les réflexes sont normaux ; la guérison est rapide (23 jours au maximum).
1 Laveran (Archives de Médecine et de Pharmacie militaires, avril i885) se rallie à l'idée d'une lésion médullaire.
3 Chantemesse et Widal ; Académie de Médecine, 17 avril 1888.
4 Observ. par le Dr Baeié, chef de clinique, in Journal des Connaissances médicales, février 1880, 57.
1 Voy. Laveran ; art. Choléra du Dictionnaire encyclopédique ; Widal ; art. Choléra du Traité de Médecine, 1891 .
nomie par le bacille de Koch [bacille virgule ou komma-bacille) ou sa toxine sont rares au début de la maladie. On a cependant observé dans les choléras graves : 1. la paralysie plus ou moins complète de l'orbiculaire des paupières, que, d'après Landouzy, de Graefe rend en partie, par défaut de clignement, responsable de la sécheresse et de l'opalescence de la cornée qu'il a vues parfois provoquer de véritables ulcérations ; 2. la paralysie limitée à certains muscles des membres (Drasche, Griesinger), presque toujours accompagnée de troubles sensitifs, ce qui semble indiquer une origine périphérique ; 3. enfin l'abolition du pouvoir réflexe [Griesinger) qui, d'après Landouzy, prouverait manifestement l'intervention de la moelle
Les paralysies sont plus fréquentes (mais encore rares d'une manière absolue) dans la convalescence. Drasche, Jaubert, Gubler et Griesinger en ont publié des exemples. On a également signalé des contractures et la tétanie.
Les troubles sensitifs y sont toujours mêlés aux troubles moteurs : ils peuvent porter exclusivement et symétriquement sur les extrémités des membres,
«Toutes ces paralysies sont d'ordinaire légères et guérissent. Dans quelques cas exceptionnels, les troubles paralytiques ont persisté et se sont même accompagnés d'amyotrophie 's.
§ IV. Fièvres éruptives. — i. La variole est, avec et après la fièvre typhoïde, la maladie aiguë qui entraîne le plus d'accidents nerveux2. Dès le xvne et le xvme siècle, Horstius et Freind avaient signalé les paralysies varioleuses et avaient insisté sur ce fait que la bénignité de la fièvre éruptivene garantit pas contre cette complication. Sydenham, Mead, Lieutaud, van Swieten et Morton ont donné des observations analogues.
Ces accidents peuvent se produire à toutes les périodes de la maladie. Au début, on observe quelquefois une paraplégie que Trousseau a bien décrite, et qui n'est que l'exagération de la rachialgie classique. En pleine période d'état, la même complication peut se déclarer sans que rien dans la maladie paraisse en légitimer l'apparition ; c'est la
1 Séglas a récemment publié un intéressant travail (Annales médico-psychologiques, mai-juin i8g3) sur la folie -post-cholérique à forme de confusion mentale primitive.
2 Voy. Saint-Philippe ; Gazette hebdomadaire de Bordeaux, 1879; Barthélémy ; Thèse de Paris, 1880 ;
Manissolle ; Thèse de Paris, 1880; Quinquaud ; Encéphale, 1884 ;
Karth et Wilocq; Dictionnaire encyclopédique, 1886;
BAjLZER et Dubreuilh; Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques, i8S5 ;