‹ Thérapeutique des maladies des l'intestinChapitre 30 sur 79 · RÉGIME · texte numérisé non relu

RÉGIME

mieux toutes ces indications en mettant le malade a une diète relative, et en ne donnant, par exemple, que des œufs, du lait, des potages, peu ou pas de viande, peu de boisson.

Dans toute diarrhée, il faut interdire les viandes fortement faisandées, les fromages forts qui apposent dans l'intestin des produits toxiques déjà fabriqués et les éléments d'une fermentation ultérieure. Les aliments à résidu abondant rendent ces fermentations intestinales plus abondantes et plus faciles encore en augmentant et en divisant la masse alimentaire. Ce sont là des indications en rapport avec la théorie de l'antisepsie intestinale (Voir plus loin).

En principe, d'une façon générale, la boisson des diarrhéiques doit être limitée. Il convient cependant de tenir compte de certains éléments particuliers. Cette diminution de l'eau ingérée n'a aucune importance lorsque la diarrhée est modérée, ou qu'elle ne représente qu'un épisode passager. Quand elle est très intense, comme dans les diarrhées cholériformes, le malade est tourmenté par une soif intense. Quelquefois, on se trouvera bien de mettre les malades momentanément à une diète alimentaire totale ou de ne leur donner en boisson que de l'eau pure ou de la limonade lactique. C'est la meilleure façon de diminuer les fermentations intestinales, en séduisant leur substratum à leur limite extrême. Si cette eau ou cette limonade sont elles-mêmes rejetées, et qu'il y ait tendance an collapsus par déshydratation excessive, il conviendra de remplacer par voie artificielle l'eau soustraite à la circulai ion : nous y reviendrons toul à l'heure.

Le lait peu! rendre de grands services dans le traitement de beaucoup de diarrhées. C'esL un aliment

complet, liquide, peu putrescible. On peut donc prescrire, suivant Les cas, soil le régime Lacté complet, total, soit le régime Lacté partiel. Le Laii stérilisé a paru dans bien (1rs cas donner, chez Les enfants surtout, de meilleurs résultats que le lait naturel.

Les œufs sont souvent employés avec raison : ils sont très nourrissants sons un petit volume. On donne souvent aussi en boisson de l'eau albumineuse, dont Le mode d'action, très réel, n'est du reste pas suffi sammen t expliqi Lé .

La viande crue est employée avec succès dans les diarrhées chroniques, surtout chez les enfants. C'esl que, dans sa préparation, en La hachant, en la grattant, en la pilant, on élimine tous les détritus non susceptibles d'être digérés. On peut la taire prendre dans du bouillon de viande, dans du tapioca, ou avec de la confiture : C'est sous cette dernière tonne que Les enfants L'aceeptentle plus volontiers.

h&poudre de viande, additionnée de craie préparée, de sels de bismuth, peu! être employée aussi avec avantage, en particulier chez les phtisiques.

Parmi les substances alimentaires antidiarrhéiques, il faut citer encore : le riz. les coings, l'amidon, que l'on utilise aussi sous forme de décoction, de lavements ou d'antres préparations pharmaceutiques.

Les coings jouissent en particulier d'une grande réputation : on prépare une décoction de pépins 10 à 30 grammes par litre d'eau), qui doil peut-être son action au mucilage autant qu'au tanin, et «lu sirop, qui, à la dose de 50 à 100 gr.,peut être donne en nature ou servir à édulcorer des mélanges plus on moins complexes.

L'amidon est donne en décoction, soit par la

MÉDICATION ANTIFÊRISTALTIQUE 107

bouche (10 à 20 grammes par litre d'eau) soit en lavement (10 à 20 grammes pour 500 grammes d'eau).

2° Médication antipérislal tique. — C'est en même temps la médication de la douleur : les coliques paraissent en effet traduire symptomatiquement la contraction exagérée des intestins, et surtout du côlon. Les douleurs d'origine inflammatoire sont calmées par les mêmes moyens. En première ligne, mettons le traitement hygiénique. Il faut soustraire les malades, surtout s'ils sont nerveux ou arthritiques, à l'influence du froid. Il faut bien leur recommander de se vêtir chaudement; ils porteront des vêtements de laine, de la flanelle, et surtout de la flanelle sur le ventre. Le refroidissement de l'abdomen plus encore que le refroidissement général, est une cause de coliques et de diarrhée.

L'opium et la morphine sont, par excellence, les médicaments antipéristaltiques de l'intestin.

L'opium peut être employé sous forme de poudre, d'extrait, de laudanum, de gouttes noires, d'élixir parégorique. Il entre dans des formules nombreuses.

Une des plus vieilles est le diascordium^ dontl'usage a résisté au temps. Le diascordium est en réalité une combinaison d'opium et de substances astringentes très variées, d'une formule un peu trop complexe, pour notre époque de simplification et de clarté thérapeutiques. 1 gramme de diascordium correspond à 6 milligrammes d'extrait thébaïque. Le diascordium se donne à la dose de 4 à 7 grammes, soit seul, par bols de 0 gr. 30, soit uni à une quantité égale de sous-nitrate de bismuth.

Bouchardat a voulu remplacer le diascordium com-

plexe de Fracastor par une composition plus simple e| il a proposé La fornlule suivante :

Chlorhydrate de morphine 0,03 centigr.

Tanin 0,50 —

Teinture de baume de tolu 10 gr.

Conserves de roses 6

Phosphate de chaux 3 —

1 gramme de ce mélange correspond à ± milligrammes de morphine.

Le laudanum, la poudre d'opium brut, l'extrail d'opium entrent dans la constitution d'un grand nombre de préparations antidiarrhéiques. Nous ne croyons pas très utile de les reproduire ici.

Le chlorhydrate de morphine peut être substitué à l'opium. Il trouve son indication principale dans l'impossibilité de donner l'opium par la bouche, ou dans l'intensité extrême des douleurs. C'est ainsi qu'on pourra l'employer chez les malades qui ont, en vertu d'ulcérations intestinales, des douleurs très vives.

On a quelquefois remplacé les opiacés par d'autres préparations calmantes, et on a vanté leurs bons effets contre la diarrhée. On a donné le chanvre indien, sous forme de teinture, dans La diarrhée des pays' chauds (10 à 30 gouttes de teinture).

Dans les mêmes conditions, on a employé aussi la chlorodyne, préparation anglo-américaine, très usitée dans les pays de langue anglaise, dont la composition est tenue secrète (1).

3° Médication de l'hypersécrétion. — Deux ordres

de médicaments peuvent prendre place ici sous cette

(4) De Santi, De l'entérite chronique paludéenne ou diarrhée de Cochinchine, p. 193. ,

On a donné, il est vrai, de la chlorodyne des formules approximatives que nous reproduisons ailleurs (V. Appendice) .

MÉDICATION DE l'rYPERSÉCHÉTION 109

rubrique : les poudres inertes el les astringents.

Certaines poudres paraissent agir comme obstruants mécaniques; on ne peut tout au moinsexpliquer leur rôle autrement que par une simple action mécanique, leur action chimique étant nulle. En réalité, les explications que l'on a données de leur effet antidiarrhéique ne sont pas 1res satisfaisantes. 11 semble que ces poudres, parvenues en quantité assez considérable dans le gros intestin, s'y agglomèrent el forment en quelque sorte un bouchon qui arrête et retarde l'évacuation des matières intestinales. On dit aussi que leur présence en couches minces, à la surface de l'intestin et surtout de ses ulcérations, le garantit à la façon d'un vernis contre les causes d'irritation.

Quoi qu'il en soit, l'utilité des poudres inertes est incontestable. On peut comprendre sous cette dénomination le sous-nitvate de bismuth, la craie préparée, l'oxyde de zinc, le silicate de magnésie (talc). Voyons quels sont les avantages et les inconvénients de ces substances.

Le sous-nitrate de bismuth a eu une histoire bien curieuse. Orfîla, sous l'influence d'expériences sur le chien, l'avait déclaré très toxique. 11 est vrai qu'il liait l'œsophage des animaux mis en expérience, et. que cette ligature était ce qui amenait leur mort. Il fallut les publications répétées de Bretonneau, de Trousseau, de Monneret, pour faire revenir les médecins sur cette impression décourageante. Monnerel déclare qu'il faut le donner à très haute dose; pour lui. on peut aller sans inconvénient jusqu'aux aoses énormes de 70 et 100 grammes (1). Cependant

(1) Soulier, Traité de Thérapeutique, t. II, p. 64.

on ne tarda pas à découvrir que le sous-nitrale de bismuth était souvent impur, qu'il renfermait du plomb (Carnot) ou de L'arsenic.

Divers travaux signalent des accidents toxiques, quelquefois graves, dus au sous-nitrate de bismuth (Daiché etVillejean)(4).Cependantcesaec.dentsu oui guère été constatés que lorsqu'on s'est servi du bismuth extérieurement comme pansement antiseptique, et qu'on l'a répandu en grande quantité à la surface de larges pertes de substance. Son usage interne ne présente pas de danger, à condition qu on ne dépasse pas des doses assez faibles. Soulier estime que la dose de 10 grammes par jour ne doit pas être dépassée. Cependant il ne faut pas oublier que les poudres inertes doivent être prises en quantité suffisante; elles n'agissent que si elles presentent une certaine unisse.

Nothnagel et Rossbach (2), qui avaient autrefois considéré le bismuth comme complètement mutile, reconnaissent qu'à des doses suffisantes (et . elles qu'ils indiquent sont faibles, 3 à 5 grammes il a une excellente action contre la diarrhée lorsqu'il exis e de L'entérite ulcéreuse. Traube, pour expliquer cette action favorable, pensait que la poudre ,1e bismuth ens'étalautà la surface des ulcérations, protégeait les extrémités nerveuses contre l'action irritante des

matières fécales.

Actuellement, le sous-nitrate de bismuth tend à être beaucoup moins employé que d'autres sels de bismuth, en particulier le salicylate vante surtout par MM. Vulpian, Desplats et Dujardxn-Beaumetz, a

(1) Bulletin de Thérapeutique, \m. méraDeu- W) Nouveau* éléments de matière médicale et de the,apeu tique, p. 243. 1889. iTraduct. française.)

MÉDICATION DE L." HYPERSÉCRÉTION

cause des propriétés antiseptiques qu'il devrait ù son acide. On le donne à la dose de 3 à 10 grammes par jour souvent, en combinaison avec le naphtol (Bouchard) ou mieux le benz.onaph.tol-.

Signalons à ce propos une formule d'Ewald qui nous a donné d'excellents résultats :

Salicylate de bismuth i

Benzonaphtol ' aa 0 gr. 50

Résorcine pure )

pour un cachet. — Trois par jour, espacés dans la journée.

Deux fois nous avons vu les urines devenir noires après l'emploi de ce mélange, comme cela se voit avec l'acide phénique ou la créosote; il y a donc lieu d'en surveiller l'action et de ne pas en exagérer la dose.

Le borate de bismuth, proposé par Delpech, n'a pas rencontré le même succès (2 à 4 grammes par jour). L'acide borique est cependant moins irritant pour le tube digestif et les reins que l'acide salicviique.

Il sera question plus loin dugallate de bismuth ou dermatol.

La craie préparée est une substance antidiarrhéique d'une réelle activité; elle doit être donnée à une dose élevée, 10 à 25 grammes (2 à 5 cuillerées à café dans la journée;. On la fait assez facilement prendre dans du lait ou de l'eau sucrée. Elle peut être aussi, naturellement, administrée en cachets ; souvent on la mélange à d'autres substances, au sous-nitrate de bismuth, au bicarbonate de soude, etc.

La craie préparée jouit de propriétés alcalines qui la rendent particulièrement indiquée dans certains cas, dans l'hyperchlorhydrie par exemple.

Veau de cham <!St surtout usitée contre la diarrhée des enfants, où elle agit surtout, sans doute, en tant qu'alcalin.

Le talc (silicate de magnésie) a été recommandé à dose très élevée par Debove ,1) contre la diarrhée chronique, ei surtout La diarrhée des tuberculeux; il [e l'ail prendre à la dose énorme de 100 a 000 grammes dans du lait. On met de 100 à 200 grammes de laie dans un Litre de Lait. C'est évidemment le dernier mot de l'obstructionnisme intestinal: on en obtient de bons effets. Ce sel, qui n'a pas de saveur appréciable, est facilement absorbé par les malades. Nous n'avons jamais, pour notre part, dépassé 150 grammes par jour: mais nous n'avons eu qu'à nous louer de son emploi.

Voxyde de ziiic a été vanté par Gubler : on en donne par .jour 3 grammes ou 3 gr. 50 avec 0 gr. 50 (|(, bicarbonate de soude en quatre pris,-.

Le type des astringents antidiarrhéiques est le tanin : beaucoup de substances vantées contre ladiarrhée n'agissent du reste que par le tanin qu'elles renferment.

Le tanin est habituellement donné en pilules de LU à 20 centigrammes à la dose de 0 gr. 50 fc2 grammes par jour. On peut également le donner en solution, dans un peu de grog : c'est un mode d'administration (pie nous employons volontiers et que nous recommandons.

On le donne en lavement dans les cas où 1 on veut agir sur des lésions ulcéreuses de la partie inférieure du gros intestin, à la dose de là 2 grammes dans 300 à 500 grammes d'eau, avec ou sans addition de laudanum (0 à 12 gouttes).

(1) Société médic. des hôpitaux, 8 juin 1888.

MÉDICATION DE L'HYPERSÉCRÉTION 113

Leratanhia est un -astringent très usité, qui renferme 20 à 40 pour 100 de tanin. L'extrait de ratanlnaest la préparation la plus souvent employée àla dose de 0 50 gr. à 5 grammes eu potion ; de o à 10 grammes en lavement. Le sirop du Codex renferme 0 gr. 50 d'extrait pont- 20 grammes de sirop .

On fait aussi une tisane de ratanhia :

Racine de ratanhia 20 gr.

Eau i litre

Sirop de ralaiiluu go trr.

Le cachou agit également par son tanin. Le sirop est surtout usité, il renferme 0 gr. 50 d'extrait pour 20 grammes ; on en donne de 20 à 100 grammes.

Le tanin en nature, le ratanhia et le cachou, les deux premiers surtout, sont les astringents tanniques le plus souvent ordonnés comme antidiarrhétiques. On peut citer encore toute une série de substances qui doivent au tanin une valeur constipanteplus ou moins marquée : le fraisier, la historié, la tormentille, la potenlille, les feuilles de noyer, les roses de Provins, la benoîte, etc.

Récemment Alexéievslcy, cité par de Maurans, a vivement vanté l'infusion de roses de Provins. Une pincée de pétales de roses de Provins est mise dans i un verre d'eau chaude ; on laisse infuser pendant deux heures, dans un endroit chaud. En prendre 2 ou A verres par jour ; au-dessous de Sans, un verre seulement en plusieurs fois dans le courant de la journée. Cet auteur aurail obtenu d'excellents effets de cette très simple médication, dans des cas de diarrhée chronique rebelles à tous les autres traitements.

Comme dérivé d'une substance très voisine du tanin, nous citerons ici le dermatol, qui est un gallate

114 DIAHHHÉE

basique de bismuth. Il se donne par prises de 0.3:> a 0 Kr 50,-à la dose quotidienne de 1 à 3 grammes. On peut l'associer à d'autres substances, en particulie/à Extrait thébaïque, en cas de coliques. On ai1 ,'unir aussi au benzonaphtol et a la résorbe, a Lafaçon-dusalicylate de bismuth dans une formule donnée plus haut.

D'autres substances uni été données comme astringents antidiarrhéiques : Le nitrate d argent lacétafedeplomb,le perchlorure de fer (10 à20 goût es par jour lecoto, I, paracoto el leurs dérivées, la cotoïne el la paracotoïne. .

V acétate de jjfomfe pourrait être d, quelque > utd te dans les cas où il y a des ulcérations intestma (NothnageletEossbach : on le donnerait en poudre S pilules ou en solution à raison de 1 centigramme aS etmême 10 par dose, jusqu'à §0 par jour^

L'écorce de coto et àe paracoto- * est plus employé, . ou l'a remplacée par la cOtoïne e. La Pa^tome, que vante Burkart, d'après No hnagelet Bossbac ^ Iins lp cas de catarrhe intestinal subaigu. La cotoint

timite ,„, o„ émulsion gommeuse, en une ou

a la dose do in**™,.,^"-

mêlée a du sucre, à cause de sa table ^sotaM. hu

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si souvent usités, el usités avec succe j,

tement de la diarrhée. Pour ne pas I.» donble, nous renverrons au chap.tre consaçr,

ti^ptie intestinale;», te trouvera plus lo.n 1 «„„„„,.„ r« perd.» 1

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