HYGIÈNE ALIMENTAIRE
soixante-dix fois plus faible qu'avant qu'il ne fût commencé. Le lait stérilisé ne leur a pas paru l'emporter notablement sur le lait non stérilisé.
Chez le lapin ils sont parvenus à réaliser presque complètement l'aseptie du tube digestif.
Dans cette action du lait, ils attribuent une pari à plusieurs facteurs : le lait laisse peu de résidu, il excite la sécrétion chlorhydrique de l'estomac, il [•eut donner naissance aune certaine quantité d'acide lactique (1), enfin il n'apporte lui-même dans l'intestin qu'un nombre restreint de microbes d'action relativement bénigne.
Le lait peut servir cependant lui-même de véhicule à des microbes pathogènes, au colibacille, comme l'a démontré Lesage, au bacille de la fermentation lactique qui, d'après les recherches de R. Wurtz et de Leudet, donne lieu à des toxines par son action sur les substances albuminoïdes. C'est pourquoi le lait doit être frais, soustrait autant que possible aux causes de fermentation, et provenir d'animaux sains.
Le lait stérilisé représenterait l'aliment idéal : on sait du reste qu'il donne d'excellents résultats dans le traitement de la diarrhée, surtout chez les enfants, et il tend ajuste titre à prendre place dans la pratique médicale courante.
Nous avons vu cependant que, dans le travail que nous venons de citer, Gilbert et Dominici n'avaient pu constater, par la numération des microbes dans les fèces, la supériorité du lait stérilisé sur le lait ordinaire. Il faut toutefois s'assurer que le lait dont on se
(1) Il y aurait lieu de rechercher, chose très possible, si cet acide lactique en exagérant l'acidité du milieu intestinal n'a pas un rôle important dans l'antisepsie.
sert est de bonne qualité et qu'il n'a pas été adultéré additionné, par exemple, d'une eau suspecte.
L'emploi du lait stérilisé, dans les villes, rend plus facile de se procurer du laitd'origine et dequalité connues. Du reste, en clinique le lait stérilisé u donné d'excellents résultats, et l'expérience faite eu grand sur les nourrissons par Budin et d'autres a bien autant de valeur qu'une simple expérience de laboratoire.
Budin, on lésait, se servait d'un lait stérilisé pat l'ébullition dans de petits flacons spéciaux, analogues à ceux qu'a préconisés Soxhlet. On trouve aussi dans le commerce du Lail pasteurisé, où, ce qui Lui esl pn férable, du lait stérilisé par la vapeur sous pression.
L'action antiseptique du lait sur le contenu de l'intestin serait démontré aussi par la diminution des acides sulfo-conjugués dans l'urine (Bernatzky
MM. Lapicque et Marette ont constaté, il est vrai, une augmentation de la toxicité urinaire sous [influence du régime lacté (1). Cette élévation a son maximum le troisième jour de La mise au régime; elle peut s'expliquer, il est vrai, par une élimination plus active des substances toxiques. Us on! du reste constaté, eux aussi, une diminution des acides sulfoconjugués qui paraissent mesurer indirectement l'intensité de la putréfaction des substances albuminoïdes dans l'intestin.
Mais tous les malades chez lesquels il y a heu de veiller à l'antisepsie gastro-intestinale ne peuvent pas être mis uniformémentaulait; beaucoup d entre eux vivent de la vie commune, et, pour bien des raisons il serait excessif et impossible de les soumettre
(1) Société de biologie, 21 juillet 1894.
QYGIÈNE ALIMENTAIMÎ
en masse au régime lacté exclusif . Le lait, en tout cas, Sera toujours un excellent élément dans un régime alimentaire mixte.
Les aliments azotés sont certainement de beaucoup les plus dangereux au point de vue de l'autoirïtoxication, parce qu'ils fournissent des matériaux à la putréfaction : ils seront donc en quantité modérée, sous une forme très divisée, de Façon à se digérer le mieux et le plus rapidement possible. Ils seront dépouillés de tous les résidus indigestes. La viande crue finement hachée et la poudre de viande fraîche sont, à ce point de vue, les modes de préparation les plus parfaits. On sait du reste que la viande crue a clé souvent donnée pour combattre la diarrhée. On l'a donnée dans ces conditions exactement de la même façon que le lail.
Par crainte de la décomposition putride de la viande, on en est arrivé à proposer d'en supprimer complètement l'emploi.
Le régime végétarien, très prôné par Dujardin-Beaumetz, donne le moyen de restreindre au minimum l'introduction des substances azotées et de les donner sons une forme favorable : il consiste essentiellemrnt en lait, laitages, œufs et purées de légumes. L'alimentation est ainsi finement divisée et exempte de tout excès de particules indigestes.
Les aliments de nature végétale, parleur fermentai ion , sont surtout capables de donner lieu à des acides organiques. Or nous avons vu que le contenu de l'intestin grêle paraissait être normalement légèrement acide, grâce à ces acides organiques, et que cette acidité avait une réelle valeur antiseptique.
"n a constaté une diminution marquée des acides
i:t(i ANTISEPSIE INTESTINALE
sulifo-GGUjugiiés sous l'influence d'un régime exclusivenieul végétal (À. Pœhl).
Il ne faudrait pas toutefois, tomber dans l'excès contraire et introduire dans le tube digestif une quantité excessive de substances d'origine végétale. En eflet,il est possible que l'albumine végétale prenne part à la putréfaction ; la présence d'une grande, quantité d'aliments végétaux nuit à l'absorption ; les résidus se trouvent considérablement augmentés, la matière azotée très divisée, et ce soûl des conditions qui, jointes à la stase, rendent de nouveau les décompositions plus faciles, et la production «les toxines plus abondante.
Le volume des aliments doit donc être modéré, leur division parfaite; ils doivent être autant que possible dépouillés de toute gangue, de toute diarpente rebelle à la digestion.
Chez les dyspeptiques, cela est utile encore pour des raisons que nousavons dites dans le volume con? sacré à l'estomac.
h Antisepsie mécanique. — L'antisepsie mécanique, c'est L'antisepsie par purgation ou par lavage, dans les deux cas par expulsion mécanique des microbes ou des toxines.
L'antisepsie peut être du reste à la fois mécanique et médicamenteuse; en effet on peut faire le lavage de certaines parties du tube digestif avec des solutions antiseptiques, on peut donner pour obtenir la purgation des substances capables en même temps de produire un efl'et antiseptique. On a souvent recours à l'une ou à l'autre de ces deux méthodes mixtes. Il n'en reste pas moins que par elle seule l'antisepsie mécanique donne très souvent d'excellents résultats.