‹ Thérapeutique des maladies des l'intestinChapitre 38 sur 79 · LAVAGE DE L'INTESTIN · texte numérisé non relu

LAVAGE DE L'INTESTIN

Voyons d'abord L'antisepsie par lavage. Par l'orifice buccal, on peut pratiquer le lavage de la bouche elle-même et de t?estomaé. Le lavage de la bouche n'es! pas à dédaigner, caria salive renferme toujours des microbes, toujours même des microbes pathogènes. La bouche, l'interstice des dents, les cavités dentaires deviennent facilement le siège de la décomposition putride. La propreté minutieuse de la bouche et des dents est un élément qui compte certainement dans l'antisepsie générale du tube digestif. Nous ne reviendrons pas sur le lavage de Vestomac; nous avons dit d'ailleurs ce qu'il convenait d'en dire. Nous le considérons comme le procédé de beaucoup le plus important d'antisepsie stomacale, et, si l'on a parfois abusé en théorie pathologique eL pathogénique de l'influence de l'auto-intoxication stomacale directe, il ne faut pas oublier que l'état de l'estomac peut, au point de vue infectieux et toxique, influencer l'état de l'intestin de plusieurs façons, directement ou indirectement. Directement en y déversant d'abondantes colonies microbiennes; indirectement en ne fournissant à l'intestin qu'un chyme insuflisamment élaboré, peu ou trop imprégné d'acide chlorhydrique, d'une acidité insuffisante ou excessive. Tout cela peut retentir sur l'état microbien et la toxicité du contenu intestinal, en rendant ce contenu plus ou moins acide, plus ou moins apte à la pullulation des microbes, en accélérant ou en retardant la progression des matières.

Pour la technique môme du lavage de l'estomac, bous renverrons au précédent volume.

Le tube digestif est accessible aussi par l'orifice anal et le lavage du gros intestin, depuis longtemps partiellement exécuté par les lavements, donnés il

est vrai surtout à titre do laxatifs, tient à prendre dans la thérapeutique une importance de plus eu plus considérable grâce aux théories régnantes, et, surtout à une technique perfectionnée.

L'entèrorljjse inventée par Cantani, a été préconisée par plusieurs auteurs, et, en particulier, en France, par Dujardin-Beaumetz. Nous donnons ici le dessin d'un appareil spécial qu'il a fait construire par Galante.

Cantani avait surtout recommandé de (aire dans le choléra l'enléroclyse avec une solution de tanin. Il donnait aussi de grands Lavements allant jusqu'à deux litres. Bourcy, dans la dernière épidémie de choléra, s'est servi lui aussi de l'entéroclyse : il a porte la quantité de liquide injecté jusqu'à 6 litres, et s'est déclaré très satisfait des résultats obtenus (1). H se servait d'eau bouillie.

Quel était le degré de pénétration des grands lavements de Cantani? Pénétraient-ils dans l'intestin grêle? franchissaient-ils la valvule de Bauhin, la fameuse barrière des apothicaires? La chose était restée douteuse.

Or voici que MM. Dauriac et Lesage 2) viennent de démontrer que, grâce à une technique particulière, on pouvait exécuter un lavage total de l'intestin de bas en haut, de l'anus a l'œsophage. Voici le manuel opératoire tels qu'il le décrivent 3 .

(1) Société médicale des hôpitaux, 1892. 2 Des grands lavages de l'intestin grêle. - ContnbuUon a l'étude de l'antisepsie intestinale. Gaz. des hôpitaux, 17 octobre

Augerault, Des grands lavages de Vintestin. Thèse de Paris, 1894. . , . ...

(3) Un médecin allemand, M. de Genersich, était, de son côte, parvenu en même temps à des conclusions analogues a la suite d'expériences semblables. Progrès médical, 30 septembre 1893

LAVAGE DE L'iNïESTIN

Pi,r. i. — Entcroclyseur de Galante.

« Le malade est placé horizontalement sur le lit, pt hanche gauche légèrement relevée par un coussin,

de façon à mettre le crecum dans une situation déclive. Cette position spéciale a pour but de permettre au liquide de chasser du caecum les gaz qui s'y accumulent en grande abondance. Ceci fait, on introduit dans le rectum une sonde en caoukcbouc, telle que la sonde de Debove, jusqu'au milieu du côlon transverse. On peut sentir par la palpation à cet endroit l'extrémité mobile de la sonde qui vient buter contre la paroi abdominale. L'autre extrémité de l'instrument en dehors de l'anus est réunie, par un tube de caoutchouc d'un mètre muni d'un robinet, h un bock rempli de 8 à 40 litres de liquide chauffé à 40° environ. Ce réservoir est élevé à peine au-dessus du plan horizontal du malade (de 20 à 30 centimètres environ) On laisse couler le liquide qui, doucement, et sous une très faible pression, vient remplir le caecum, ainsi que le colon transverse. 11 est évident que. pour éviter la sortie du liquide par l'anus, on devra obturer complètement cet orifice à l'aide d'un tampon de coton, ou d'un appareil approprié que l'un de nous lait construire actuellement chez Galante. »

« Lorsque 3 litres se sont écoulés, l'aide qui tient le bock (placé à 20 ou 30 centimètres de hauteur) regarde le niveau d'eau. Si le niveau continue à baisser, il maintient cette situation ; si, au contraire le niveau reste staf ionnaire, il élèvera doucement le bock, et d'une faible hauteur, pour augmenter un peu la pression, et ainsi de suile jusqu'à l'écoulement du liquide. Il faut, en effet, suivre attentivement à l'aide du niveau d'eau les variations de l'hydrostatique intestinale. La pénétration du liquide dans l'intestin ne se fait pas aussi facilement qu'on pourrait l'imaginer : il faut tenir grand

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compte de la présence du gaz. Dans chaque anse intestinale, le liquide vient occuper la partie déclive, et les gaz La partie culminante. En suivant les indications données par le niveau d'eau, on attend la répartition spontanée du liquide dans tout l'intestin grêle. Dès que celui-ci se remplit, on voit apparaître la matité sur le côté droit et au-dessus de la vessie, puis sur les côtés du ventre. Au contraire, autour de l'ombilic, l'abdomen proémine légèrement et devient sonore. Ceci est dû au refoulement des gaz qui viennent former un coussinet aérien pèriombilical. Par suite de la situation horizontale du malade, le liquide s'étale dans tout l'intestin grêle etcela sans le distendre, si bien que, à partir du sixième litre, le liquide pénètre dans l'estomac. Immédiatement, le malade a des nausées ou des vomissements qui consistent en le rejet du liquide injecté, souillé plus ou moins de matières fécales. »

En introduisant un tube œsophagien par la bouche, cette fois, on peut l'amorcer et le liquide parvenu dans l'estomac est ainsi évacué d'une façon continue : la circulation du liquide est complète de l'anus à la bouche, le lavage de l'intestin peut être ainsi réalisé dans toute son étendue.

Les auteurs en expérimentant sur le cadavre avec du liquide coloré se sont rendu plus nettement compte du mode de répartition du liquide, de sa pénétration progressive dans le caecum, l'intestin grêle, puis, enlin, dans l'estomac. La tension produite ne serait pas très considérable; ils insistent, beaucoup, il est vrai, sur la nécessité de procéder très lentement, avec une faible pression. Le liquide injecté ne doit pas pénétrer de force, il doit s'étaler

doucement, en s'écoulant progressivement du réservoir dans le tube digestif.

A partir de clou- litres, le liquide pénètre dans l'intestin grêle; à partir de six litres, il parvient dans l'estomac. Voilà des chiffres qu'il faut en tout cas retenir. Quel est l'avenir de cette méthode? Nous l'ignorons, il faut attendre les résultats d'une expérimentation clinique qu'il y aura lieu de faire avec prudence.

Nous avouons ne pas être sans prévention contre le grand lavage de l'intestin grêle, de l'anus à la houche, et nous ne voyons pas sans une certaine appréhension les matières fécales ainsi ramenées de bas en haut, à contre-sens.

Peut-être la véritable indication du remplissage île l'intestin grêle serait-elle l'occlusion intestinale par iléus. Peut-être aussi y aura-t-il avantage à faire pénétrer, dans quelques cas, des liquides antiseptiques dans l'extrémité inférieure de l'intestin grêle. Ce que nous trouvons pour le moment de plus précieux dans les recherches de Lesage et Dauriac, c'esl qu'ils nous apprennent exactement comment il faut s'y prendre pour laver convenablement le gros intestin. 11 faut, en se servant d'une faible pression (20 à 30 centimètres), en agissant 1res lentement, injecter deux litres de liquide, l'anus étant maintenu fermé. On peut alors, l'anus étant débouché, laisser s'écouler le liquide et recommencer.

Les douches ascendantes, telles qu'elles sont d> innées dans certaines stations minérales (Plombières, Aix-les-Bains, Luxeuil, etc.), ne sont, en somme, qu'une variété d'entéroclyse. Pour la douche ascendante, le malade est assis sur un siège machine ad hoc, une canule est introduite dans le rectum, et mi

LAVAGE DE L'iNTESTIN

ouvre progressivement le robinet d'un tube qui amène l'eau d'un réservoir élevé. Au bout d'un certain temps, le liquide en surplus s'échappe entre le sphincter et la canule, et il se fait ainsi une irrigation continue du gros intestin, ou tout au moins .de la partie inférieure du gros intestin. Il est douteux en effet que l'eau de la douche ascendante pénètre très loin dans le côlon à cause de la situation assise du patient et de l'intensité de la pression du jet d'eau. On s'explique ainsi que la douche ascendan te ramène encore au bout de plusieurs jours des matières dures non expulsées dès les premières séances.

La douche ascendante doit avoir l'avantage de stimuler la motricité du gros intestin, mais elle est certainement inférieure à l'entéroclyse appoint de vue de l'antisepsie.

L'entéroclyse peut être purement mécanique, on emploiera alors l'eau bouillie, ou à la fois mécanique et chimique. On l'a pratiquée avec de l'eau naphtolée (Ogr. 20 à 0 gr. 2o de naphtol pour 1000 d'eau. — Dujardin-Beaumetz), avec de l'eau saturée de sulfure de carbone (eau sulfo-carbonée du môme auteur), avec des solutions faibles de permanganate de potasse et de nitrate d'argent 0, 10 à 0, 50 et même, dans certains cas, 1 pour 1000). Cantani, comme nous l'avons dit déjà, a employé dans le choléra l'entéroclyse avec une solution de tanin.

Tanin 3 à 6 gr.

Gomme arabique 50 —

Eau distillée 2.000 —

Quelquefois il ajoutait un peu de teinture d'opium.

Dujardin-Beaumetz contre l'entérite muco-membraneuse a conseillé l'eau iodée (10 grammes de teinture d'iode pour un litre d'eau) et l'eau naphtolée.

L'eau boriquée a été souvent aussi employée. Bouchard la considère, avec raison, croyons-nous, comme irritante pour la muqueuse du gros intestin, et il met en garde contre son emploi trop prolongé.

Quand les lésions siègent surtout à la partie inférieure du gros intestin, il n'est pas besoin de porter bien loin l'agent modificateur; on peut alors employer des lavements moins abondants et des solutions plus concentrées; c'est ce qui a lieu pour la dysenterie, au traitement de laquelle un chapitre particulier sera consacré plus loin.

La réalité de l'antisepsie intestinale par purgation est rendue vraisemblable par quelques expériences de laboratoire, et quelques observations cliniques dans lesquelles on a vu les acides sulfo-conjugués diminuer dans les urines après l'administration des purgatifs.

Les résultats obtenus ne sontcependanl pas exclusivement positifs. Il semble résulter des faits publiés que l'antisepsie n'a lieu que lorsque la purgation est suffisante. L'ingestion d'une quantité de substance purgative insuffisante pour amener une évacuation abondante, a pu, au contraire, amener une élévation des acides sulfo-conjugués : il en a été ainsi particulièrement avec l'huile de ricin. (Morax, Bartoschewitsch.)

L'action antiseptique antitoxique des purgations suffisantes ne peut faire aucun doute pour le clinicien. On sait quelle heureuse influence a souvent un purgatif dans les cas d'embarras gastrique avec ou sans diarrhée. On sait aussi les bons effets d une purgation énergique et répétée dens le traitement de l'urémie. 11 suffit souvent, à l'aide de drastiques, (scammonée, eau-de-vie allemande) de provoquer

une diarrhée assez abondante, sans être excessive, bour que les accidents urémiques, comateux ouconvulsifs diminuent ou même disparaissent complètement. Cette influence presque constante de la purgalion sur l'urémie est une des choses qui démontrent le mieux tout ensemble, et l'origine intestinale du poison urémique, d'une partie notable de ce poison tout au moins, et l'influence antiseptique de lapurgation.

Dans les cas d'embarras gastrique et de diarrhée, ce qui réussit le mieux, ce sont les purgatifs salins. On sait que les purgations salines sont souvent suivies de constipation et qu'elles représentent un des moyens les meilleurs de combattre la diarrhée, surtout la diarrhée par indigestion intestinale. Au contraire, contre l'urémie, les drastiques valent mieux, sans doute parce qu'ils provoquent une évacuation liquide plus abondante.

Certaines substances paraissent être à la fois purgatives et antiseptiques ; c'est l'idéal, en théorie tout au moins. Le calomel et le salicylate de magnésie remplissent ces conditions ; dans quelle mesure réalisent-ils l'antisepsie intestinale ? Cela reste incertain encore

Le calomel est à la fois un purgatif et un sel de mercure. Il donne naissance dans le tube digestif à une petite quantité de bichlorure et à une quantité plus considérable de sulfure; le bichlorure et le sulfure sont des antiseptiques. On a donc pensé foui naturellement que le calomel était le purgatif de choix lorsqu'il s'agit de refréner les fermentations Intestinales. Il faut ajouter h cela que son usage commode chez les enfants, les bons effets qu'il produit contre leur diarrhée avaient prévenu favorablement les médecins en sa faveur.

D'après Morax (cité par R. v. Pfungenj, le calomel ne diminuerait les fermentations intestinales chez le chien que lorsque cet animal serait mis à la diète.

D'après Baumann (1), au contraire, par des purgations successives par le calomel, on arrive à supprimer complètement les fermentations intestinales chez le chien et à faire disparaître les acides suif (H conjugués de l'urine.

D'après Bartoschewitsch (2), les acides sulfo-conjugués diminuent dans l'urine lorsqu'il y a diarrhée, cl même diarrhée par purgation. Ils diminuent beaucoup plus lorsqu'il y a purgation par le calomel que par l'huile de ricin.

En présence de ces résultats positifs, les résultats négatifs annoncés par d'autres auteurs perdent certainement de leur valeur. Il esl probable que. pour ([ne le calomel produise une action antiseptique perceptible sur l'intestin, il est nécessaire que les évacuations alvines aient été suffisamment copieuses, suffisamment répétées. On peut se demander, dans ces conditions, si le calomel agit autrement que mécaniquement, et si l'antisepsie chimique, due à La formation d'une petite quantité de sublimé, entre pour quelque chose dans son action; la chose esl possible et même vraisemblable.

C) Antisepsie médicamenteuse.

A ce point de vue les recherches de M. Bouchard font époque.

Au congrès de Copenhague, il a donné la formule générale de ce que devait être l'antisepsie gastro-intestinale ; il a indiqué les qualités que doit posséder un bon antiseptique.

(1) Ztschr. f.physioiog. Cliemie, Bd. X p. 123. 1816.

(2) Ztschr. f. physiolog. Cliemie, Bd. XVII. lift. I.

ANTISEPSIE MÉDICAMENTEUSE

1° Il doit être insoluble.

2° Il doit être donné en poudre impalpable.

3° 11 sera donné par doses fractionnées.

Il sera insoluble, ou tout au moins fort peu soluble, tle façon à n'être résorbé qu'en minime proportion et à ne pas pouvoir causer d'accidents toxiques; il sera divisé en poudre impalpable, de façon à pénétrer dans tous les replis de la muqueuse, et à se mélanger entièrement à la masse des matières fécales ; il sera donné par doses fractionnées, de façon à se répartir aussi également que possible sur toute la longueur du tube digestif.

Ce n'est pas qu'il n'existe des antiseptiques solubles, susceptibles d'être donnés sous une forme liquide, qui n'aient quelque valeur; nous en citerons tout à l'heure des exemples. Cela n'enlève rien à la portée de la théorie générale des antiseptiques pulvérulents et insolubles de M. Bouchard.

Cet auteur a successivement essayé un nombre considérable d'antiseptiques avant de s'arrêter au naphtol-^ et au salicyiate de bismuth, qui sont ses agents préférés.

Il n'a rien obtenu avec les sulfites, leshyposulfites, l'acide phénique, la créosote, l'acide borique. L'eau sulfocarbonée de Dujardin-Beaumetz aurait une valeur plus grande. Le salicyiate de bismuth avait été Iréconisé par Vulpian, la naphtaline par Rossbach, le sulfure noir de mercure par Serres et Becquerel. On a conseillé encore l'acide chlorhydrique, l'acide lactique, le salol, le thymol, le bétol, l'eucalyptol, l'ioioforme, le dermatol, la résorcine, le benzonaphlol , le charbon végétal et la liste n'est pas complète.

Il nous faut faire un choix et mettre quelque peu d'ordre dans cette énumération.

Éliminons d'abord, avec M. Bouchard, deux substances dangereuses par leur toxicité : le sulfure noir de mercure, susceptible d'être résorbé en proportion nocive, et la naphtaline, qui donne lieu volontiers à des accidents d'irritation vésicale et uréthrale.

Un certain nombre de substances dois eut leur propriété antiseptique à l'acide salicylique libre ou combiné ; ce sont :

Le salicylate de bismuth,

Le salicylate de magnésie,

Le salol,

Le bétol,

L'eucalyptol.

On leur fait un reproche commun : l'acide salicylique serait irritant pour la muqueuse, capable de produire des accidents sérieux chez les malades dont les reins ne fonctionnent pas bien.

Le salicylate de bismuth, préconisé par Vulpian, se dédouble en acide salicylique et en oxyde de bismuth. C'est une substance d'une réelle utilité, souvent employée isolément ou unie à d'autres substances antiseptiques ou anlidiarrhéiques. On le donne à la dose de 2 à 10 grammes par jour, par prises successives de 0,50 à 1 gramme.

Nous avons recommandé déjà un mélange de salicylate de bismuth, de benzonaphtol et de résorcine pure, clù à Ewald, qui nous a donné de bons résultats dans le traitement de la diarrhée.

Salicylate de bismuth j „

Benzonaphtol ■ aa 0 gr. 50

Résorcine pure )

pour un cachet. Trois par jour espacés.

Nous avons vu deux fois les urines devenir noires sous l'influence de ce mélange; il faut donc en sur-

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veiller l'action et ne pas trop en prolonger l'administration.

Le salicylate de magnésie est souventjoint au naphtol lorsqu'il y a constipation, de même qu'on y joint le salicylate de bismuth lorsqu'il y a diarrhée : on le prescrit à la dose de 2 à 5 grammes. 11 a été recommandé par Huchard dans le traitement de la fièvre typhoïde.

Le salol est formé par la combinaison du phénol et de l'acide salicylique; il se dédouble dans l'intestin, sous l'influence du suc pancréatique; il atteindrait l'intestin sans avoir été attaqué; cependant, pour Reale et Grande, il serait déjà décomposé dans l'estomac. Le salol est souvent employé comme désinfectant de l'intestin. Il a donné de bons résultats dans un certain nombre de cas de diarrhée infectieuse.

Il se donne à la dose de lgr 50 à 3 et 4 grammes par jour, par prises espacées, de 0gr25 à0gr 50. On a quelquefois dépassé ces doses. Il faut ne le faire qu'avec prudence à cause de l'apparition possible de phénomènes toxiques.

Le bétol est, en somme, du salicylate de naphtol complètement insoluble dans l'estomac. Il se décompose dans l'intestin en naphtol et en acide salicylique. D'après Hayem, il produit momentanément, au début de son emploi, un abaissement de l'acide chlorhydrique libre et combiné, et retarde l'évolution du chimisme stomacal. D'autre part, il donne lieu par dédoublement dans l'intestin à de l'acide salicylique, aussi doit-on lui préférer le benzonaphtol, dont nous parlerons tout à l'heure.

V eucalyptol n'est qu'un mélange d'acide salicylique, d'acide phénique et d'essence d'eucalyptus.

Acide salicylique 6 gr.

Acide pliénique / g.

Essence d'eucalyptus )

Sa richesse en acide salicylique, sa saveur brûlante, en font un assez mauvais antiseptique du tube digestif. On le donne à la dose de 5 ù 6 grammes par jour.

Le charbon végétal est un bon antiseptique, que M. Bouchard a assez longtemps employé dans le traitement de la fièvre typhoïde 11 obtenait avec lui la désodoration complète des matières fécales, ce qui est l'indice certain d'une réelle action antiputride. 111e donnait à la dose de 100 grammes par joui-, additionné d'iodoforme (1 gramme) dans la glycérine. Son auteur avoue lui-même qu'il fallait un réel courage pour avaler cette mixture ; aussi y a-t-il renoncé malgré ses qualités antiseptiques.

Le naphtol-$ est l'antiseptique qu'a le plus vivement préconisé M. Bouchard ; grâce à lui, il est rapidement entré dans la pratique, il y tenait le premier rang ; le benzonaphtol tend à l'en déposséder.

Voici la formule habituellement prescrite par

M. Bouchard :

Naphtol-p 13 ?r-

Salicylate de bismuth 7 gr. 50

Mêlez et divisez en 30 cachets. En prendre de 3 a 12 dans 24 heures.

Pris de cette façon, le naphtol amène aussi très bien la désodoration des matières fécales. 11 porte son action à la fois sur l'intestin et sur L'estomac; mais ce ne sérail pas un avantage d'après les expériences de M. Hayem. Pour lui, le naphtol exerce sur l'estomac une action irritante des plus vives, d'où, au début, exagération de la sécrétion chlorhy-

ANTISEPSIE MÉDICAMENTEUSE loi

clrique, et, plus tard,. épuisement de la muqueuse el tendance à l'anachlorhydrie. Le naphtol serait donc absolument interdit chez les hypérchlorhydriques ; chez les autres il ne devrait être donné qu'avec précaution, d'une façon peu prolongée.

Nous avons dit plus haut que le naphtol était souvent associé au salicylate de bismuth; il peut être donné aux mômes doses, suivant l'effet que l'onveul obtenir, mélangé aubicarbonate de soude, à la craie préparée, à la magnésie, au salicylate de magnésie, à la rhubarbe etc.

La naphtol-a, moins toxique encore, jouirait de propriétés antiseptiques plus accentuées.

La, rêsorcùie est vantée comme antiseptique gastrointestinal par quelques médecins; elle se donne en solution à la dose de 2 à o grammes par jour.

Menche formule le mélange suivant pour l'antisepsie gastro-intestinale :

Acide chlorhydrique pur ^ aa 9 °r

Résorcine )

Sirop d'ëcorces d'oranges 20 —

Eau 130 -

Une grande cuillerée à bouche toutes les 2 ou l heures (I).

Le lenzonapMol préparé pour la première fois par Maikopar, en 1869, a été de nouveau étudié par Yvon et Berlioz en 1891 (52). A peu près insoluble dans l'eau, il traverse l'estomac sans être modifiéet se décompose dans l'intestin en naphtol et en acide benzoïque. L'acide benzoïque ajoute son action antiseptique à celle du naphtol; il est beaucoup moins

(1) Centralbl. f. Klinik Medic, 1891.

2] Sociétéde Thérapeut., 11 novembre 189! .

irritant que l'acide saiicylique, de là un avantage sur le bétol. L'acide benzoïque s'élimine du reste en grande partie par les urines à l'état d'acide hippurique.

D'après une intéressante étude de M. Gilbert 1 le bcnzonaphtol n'exerce aucune espèce d'action sur la sécrétion gastrique; c'est sur le naphtol une supériorité marquée. A la dose de 4 à 5 grammes par jour, en cachets de 0,50, il ne provoque aucune espèce d'action nocive, il n'entrave nullement la digestion, et il produit sur le contenu de l'intestin une action antiseptique égale à celle que l'on obtienl avec 2 gr. 50 de naphtol. Ce serait par excellence l'antiseptique de l'intestin. On pourrait sans inconvénient dépasser la dose de 5 grammes.

M. Le Gendre (2) est du même avis : ayant de son Côté expérimenté un certain nombre de substances antiseptiques, il a été amené à donner parmi elles la première place au benzonaphtol, dont il a du reste obtenu les meilleurs résultats dans toute une série de maladies de l'intestin.

Nous l'avons employé nous-même dans le choiera asiatique, le choléra nostras, les diarrhées estivale-, a dysenterie, dans des poussées aiguës d'entérite muco-membraneuse, et nous n'avons eu qu'à nous en louer.

Quand il s'agit avant tout de réaliser l'antisepsie intestinale, c'est donc du benzonaphtol qu'il faut se servir de préférence.

Tous les auteurs cependant n'ont pas sur cette substance une opinion aussi favorable. Fr. Kuhn (3),

(t) Société médicale des Hôpitaux, 6 mai 1892.

(2) Soc.médic. des Ilopit., 13 mai 1892.

(3) Deutsche medic. Wochenschr., n» 19, 1893.

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qui l'a étudié expérimentalement, résume son travail en disant que, d'après ses recherches sur l'action antifermentescible du benzonaphtol el sur ses applications cliniques en tant qu'antiseptique dans les maladies-de l'estomac, il lui a paru d'une valeur négative» Nous en appelons de ce jugement, qui nous paraît trop sévère et qui ne cadre pas avec ce que nous croyons avoir vu nous-même en clinique.

L'acide lactique est considéré par M. Hayem comme un excellent antiseptique gastro-intestinal. Après avoir, avec M. Lesage, constaté ses bons effets dans la diarrhée verte des enfants, il a été amené à l'employer successivement, avec succès du reste, dans des diarrhées de nature très variable (1). Il prescrit:

Acide lactique 10 à 15 gr.

Sirop de sucre. 200 —

Eau 800 —

Cette limonade, facile à prendre, a été beaucoup employée dans la dernière épidémie de choléra. La plupart des auteurs qui s'en sont servis, sans lui attribuer une importance capitale, ont été satisfaits de son emploi. On l'administre par demi-verres.

Il résulte des recherches récentes que l'acide lactique, comme les autres acides, tend à ralentir et même, à doses un peu élevées, à arrêter la sécrétion de l'acide dilorhydrique et la digestion stomacale.

On sait au contraire que les alcalins peuvent exciter cette sécrétion. Peut-être est-ce à cela que serait attribuable, indirectement, la diminution légère des acides sulfoconjugués que Baumann a constatée après l'ingestion de bicarbonate de soude etde craie.

(1) Centralbl. f. Klin. Meriic. 2 jul. 1892.

loi ANTISEPSIE INTESTINALE

Même résultai, d'après ce môme auteur, après la prise d'une certaine quantité d'HCl.

Au contraire, l'effet du sous-nitrate de bismuth a été à peu près nul ; cependant s'il ne diminue pas les acides sulfo-conjugués, la constipation qu'il provoque ne les augmenterait pas comme les augmente la constipation spontanée.

Avec un autre alcalin, le salicylatede sonde, i\ n'y aurait d'après Rovighi, comme avec l'acide salicylique, qu'une diminution très légère des acides sulfo-conjugués, et cela seulement lorsque l'ingestion de ces médicaments a été continuée pendantplusieurs jour».

Parvenu à la fin de cette étude, nous devons nous demander si l'antisepsie gastro-intestinale est justifiée, si elle donne des résultats appréciables.

Indépendamment de l'amélioration accusée par les malades, on a matériellement constaté par divers procédés la réalité de l'antisepsie du tube digestif.

On a vu disparaître ou diminuer d'une part la mauvaise odeur des matières fécales ; d'autre part on a constaté la diminution du pouvoir toxique des urines (Bouchard, Charin, Gilbert, etc.), de leur richesse en produits d'origine putride, et en particulier des acides sulfoconjugués, de l'acide kynurique (van Haagen).

L'antisepsie intestinale est donc une réalité palpable, susceptible d'être constatée et mesurée.

Cependant on l'a mise en doute.

Stern (1) fait remarquer que les acides sulfo-conjugués ne correspondent qu'au seul processus de putréfaction, qui n'est pas tout dans la pathogénie infectieuse et toxique de l'intestin.

(1) Zeitschr. f Klin. Med., Bd. XII.

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Jamais on ne stérilise complètement les matières fécales par L'antisepsie interne; elles donnent toujours lieu à des cultures positives sur des milieux nutritifs. Enfin, lorsqu'on fait ingérer à des animaux des cultures pures du iïacillus prodigiosus , on a beau employer les antiseptiques les plus énergiques à doses élevées, on le retrouve toujours dansles fèces.

A cela on peut répondre que l'antisepsie intestinale ne peut pas être totale, cela ne serait pas conciliable avec la vie ; les processus digestifs seraient tout d'abord suspendus. Il ne s'agit donc pas de stériliser l'intestin, mais de diminuer son pouvoir d'auto-intoxication dans la mesure du possible. Il n'y a pas de doute que les purgatifs, les lavages de l'estomac et du gros intestin, le régime et l'administration raisonnée des antiseptiques ne puissent permettre d'obtenir dans ce sens des résultats très réels.

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