‹ Thérapeutique des maladies des l'intestinChapitre 47 sur 79 · RÉGIME ALIMENTAIRE · texte numérisé non relu

RÉGIME ALIMENTAIRE

les cas, des légumes verts crus ou cuits et des fruits. Les légumes et les fruits crus ne seront permis qu'à bon escient.

Dans les cas légers, et chez les enfants, on obtient souvent une remarquable et rapide amélioration par l'usage d'un régime dans lequel les fruits et les légumes tiennent une plus large place. Il n'est pas rare que des enfants élevés à la ville se trouvent rapidement améliorés, sinon même guéris, par un séjour à la campagne : cela, semble-t-il, en grande partie parce qu'ils y font un usage plus étendu de fruits et de légumes frais.

11 sera prudent, dans bien des cas, de donner les légumes en purée en commençant par la purée de pommes de terre et les purées de légumes secs, ou des féculents, pour aboutir enfin à des purées de légumes verts. Les fruits seront cuits.

Dans les formes graves, l'alimentation végétale est impossible. On est amené à ne donner que Ce que supportent bien les malades : du lait, des potages au lait, des panades, des œufs à la coque ou brouillés, de la viande en quantité modérée, finement divisée, de la purée de pommes de terre ou des purées de légumes secs.

Dans les formes aiguës, typhoïdes ou dysentériformes, on ne pourra donner que du lait, du laitage, des potages épais avec des œufs, dès que l'état du malade le permettra.

On s'efforcera toujours d'arriver à faire tolérer une alimentation mixte dans laquelle les aliments végétaux tiendront une place suffisante. Cet idéal, dans les formes chroniques graves, est parfois d'une réalisation bien difficile.

Pour ce qui est de l'hygiène, les malades évite-

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ront la fatigue, le surmenage intellectuel, les inquiétudes inovales, le refroidissement et surtout le refroidissement de l'abdomen.

Combattre les douleurs — Les douleurs peuvent être très vives dans l'entérite muco-membraneuse, et on sera obligé de chercher à les calmer le plus rapidement et le plus complètement possible ; on emploiera de préférence les moyens extérieurs : applications chaudes, petits lavements chauds d'eau ou d'huile. Les hains chauds sont souvent très utiles. Si cela ne suffit pas, on aura recours au menthol, au cannabis indica, au laudanum, à la morphine, à la codéine, à la belladone.

Les opiacés et la morphine ont l'inconvénient de provoquer La constipation. 11 est toutefois à remarquer qu'ici cette constipation est le résultat d'une véritable contracture de l'intestin et que le spasme et la douleur sont les éléments qu'il importe avant toul de calmer. Cette considération a amené quelques auteurs à employer sans crainte l'opium el ses dérivés à dose élevée et d'une façon prolongée. Ils déclarent ne pas s'en être repentis, au contraire.

Pour nia part, je donne la préférence à la codéine. J'en fais faire une solution au 50e d'après la formule suivante :

Codéine 20 centigr.

Alcool Q^S. pour dissoudre.

Eau distillée ' aa — Q. S.

Eau de laurier-cerise *

pour faire 10 centimètres cubes.

10 gouttes de cette solution correspondent à 1 centigramme de codéine. J'en fais prendre, pour commencer, plusieurs fois 5 gouttes dans les 24 heures. J'en ai donné jusqu'à 6 centigrammes par jour. En

général, avec 3 centigrammes, on obtient une sédation marquée des phénomènes douloureux spontanés et de la douleur provoquée par la palpation du gros intestin.

La belladone donne aussi de bons résultats dans les mêmes conditions; elle a l'avantage de produire une action laxative parfois très appréciable. Certains malades se trouvent mieux du laudanum, de la morphine ou de la codéine, d'autres se trouvent mieux de la belladone : c'est un essai à faire dans chaque cas particulier.

Les grands lavages provoquent parfois de la douleur en distendant l'intestin; en les donnant chauds et lentement, on n'évite pas toujours cet inconvénient. L'expérience m'a amené à penser qu'il vaut mieux réduire les lavements à une quantité telle que la douleur soit réduite au minimum; on n'augmente que progressivement le volume du liquide injecté au fur à mesure que le côlon devient plus tolérant.

Modifier l'état général . — Suivant quelques auteurs, M. Potain, en particulier, il y aurait lieu de s'attaquer beaucoup plutôt encore à l'état général qu'à l'état local. 11 semble, en effet,que lanévropathie joue un grand rôle chez un bon nombre de ces malades. Elle est exagérée encore par l'état morbide du- tube digestif.

Dans les cas légers, on recourra à l'hydrothérapie: hydrothérapie froide si c'est la faiblesse, la dépression générale qui dominent, hydrothérapie chaude s'il y a surtout des phénomènes d'irritabilité nerveuse et des douleurs abdominales. Dans aucun cas les douches ne seront directement dirigées sur l'abdomen.

Les frictions, le massage, la gymnastique suédoise

pourront aussi donner de bons résultats. Le massage abdominal est parfaitement indiqué dans les cas légers, au même titre que contre la constipation ; dans les cas intenses avec productions muqueuses abondantes et sensations douloureuses vives, c'est une autre affaire. 11 ne sera alors essayé qu'avec la plus grande réserve. On pourra donner à l'intérieur des préparations de glycéro-phosphates, faire des injections hypodermiques h base de phosphate de soude.

Les nerveux facilement excitables, les rhumatisants seront envoyés aux eaux chaudes calmantes de Néris, Plombières ou Luxeuil.

A des malades vigoureux, peu gravement atteints, conviendront les stations de Pougues, P>oyat, Bagnoles de l'Orne, dans lesquelles la climatothérapie joue un rôle au moins aussi important que l'hydrothérapie.

Les neurasthéniques vigoureux, momentanément déprimés, pourront se bien trouver des eaux sulfureuses, des boues de Saint-Amand, etc.

Il sera utile, pensons-nous, pour clore cet expo»', de donner le tableau succinct du traitement qui convient dans les différentes formes et les différents degrés de l'entérite muco-membraneuse.

Rappelons tout d'abord que cette affection se lie souvent aux diverses formes de la dyspepsie intestinale, et que souvent il conviendra de mener de front les indications gastriques et les indications intestinales. On n'oubliera pas non plus que l'entérite muco-membraneuse peut donner le change et faire, croire à une dyspepsie gastrique qui n'existe pas. Il est plus juste de dire du reste, dans la majorité des cas, que dans l'ensemble pathologique la partde l'intestin l'emporte sur celle de l'estomac. La façon dont

on appréciera cette participation des segments successifs du tube digestif aura naturellement son retentissement sur la thérapeutique que l'on sera amené à instituer.

Dans les formes bénignes, quand la colite mucomembraneuse n'est qu'un épiphénomène sans importance de la constipation, il s'agira le plus souvent .de malades atteints de dyspepsie nervo-motrice, caractérisée par la pesanteur, le gonflement, après les irepas, les renvois gazeux, les aigreurs. Souvent il y aura, en même temps un certain degré de névropathie vague ou de neurasthénie caractérisée.

On combattra la constipation sans beaucoup s'inquiéter de l'entérite glaireuse; on évitera seulement ll'emploi des purgatifs, des drastiques.

Les purgatifs salins pourraient être utiles par {périodes éloignées sous forme de véritables cures espacées; il ne faudra pas permettre leur usage continu, ininterrompu.

Quand la dyspepsie stomacale sera peu marquée, on pourra employer l'huile de ricin à petites doses; dans tous les cas, les lavements huileux seront de mise. L'hydrothéraphie froide et le massage abdomiîaial seront indiqués.

S'il y a entéroptose, on fera porter une sangle abdoîminale.

Au moment des exacerbations, des poussées subaiguës, grands lavements d'huile, d'eau bouillie, d'eau boratée, séné, belladone, phodophyllin, evonymin, poudre de magnésie composée, poudre de réglisse ■'imposée, et, de préférence encore, l'huile de ricin :i petites doses. Applications chaudes sur le ventre. Lavements au nitrate d'argent à faible dose.

Dans les poussées dysentèr if ormes, repos au lit,

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alimentation par Le lait, les potages au lait, avec ou sans œufs, applications chaudes sur l'abdomen, grands lavages borates chauds de l'intestin, et lavements au nitrate d'argent, lavements de Revilliod au sous-nitrate et au salicylate de bismuth.

Le traitement sera à peu près le même dans les formes typhoïdes. On pourra contre elles, mais d'une façon passagère, se servir des purgatifs salins et du benzonaphtol.

Dans les formes douloureuses avec contracture marquée du colon, corde colique accentuée, douleurs spontanées intenses, sensibilité unie à la palpatiou abdominale, on insistera surtout sur les calmants : applications chaudes, bains chauds. opiacés. codéine, belladone; comme laxatifs, huile de ricin à petites doses, lavements huileux. On ne fera pas d'emblée des injections trop volumineuses de liquide dans le gros intestin.

Dans les formes chroniques graves avec tendance à l'anémie, à la cachexie et à l'hypochondrie, comme alimentation, on donnera du lait, des potages épais; surtout des potages au lait, au tapioca, à la semoule, aux pâtes fines, au vermicelle fin, des panades payées, des œufs à la coque ou brouillés, de la viande crue, des purées. On donnera comme traitement de grands lavements huileux chauds dans les cas où il y aura beaucoup de matières fécales ovillées : des grands lavages sous forme d'entéroclyse, soit à l'eau bouillie, soit à l'eau boratée Lavements de 500 â 1500 grammes d'eau.) Contre la douleur, les applications chaudes sur l'abdomen, la codéine, la belladone, la jusquiame, le menthol, l'extrait de cannabis indica, a titre exceptionnel et passagèrement. le chlorhydrate de morphine. En cas de poussée dysentS

riforme, ou si les glaires sont très abondantes, les selles répétées plusieurs fois dans la journée, on aura recours pendant quelques jours aux grands lavements au nitrate d'argent (solution de 1 pour 3000 à 1 pour 1000), avec ou sans albumine de l'œuf, comme pour le traitement de la dysenterie.

Les malades seront maintenus au lit ou sur la chaise longue pendant les exacerbations. On leur fera des frictions sèches, du massage des membres. On pourra leur donner à titre de tonique du sulfate de quinine à petites doses (0 gr. 30 à 0, 50 par jour) en le suspendant de temps à autre.

Il ne faut pas oublier que, dans ses formes graves, l'entérite muco-membraneuse est une maladie très rebelle, qu'elle récidive avec une grande facilité et que la thérapeutique se montre souvent impuissante à la guérir complètement. Certains malades deviennent par son fait de véritables infirmes. Ce sont donc surtout les débuts qu'il faut surveiller ; il faut faire tout son possible pour que les formes légères ne persistent pas et ne s'accentuent pas. Dans certaines formes graves chroniques avec névropathie accentuée, le rôle du médecin devient quelquefois bien difficile : les malades sont d'une susceptibilité extrême, eux et leur intestin, et on risque souvent, par une intervention un peu active, d'amener une exacerbation de leurs souffrances abdominales qui les décourage et Les rend rebelles à la continuation de la médication suivie ou à l'institution d'un autre mode de traitement.

Enfin le même malade ne se présente pas toujours sous le même aspect. 11 y a des périodes d'aggravation et de rémission, même dans les formes continues graves; il y a aussi des alternatives de spasme et

d'atonie, la dilatation, la distension gazeuse du gros intestin succédant à son resserrement. 11 faut donc au médecin beaucoup de tact pour s'inspirer des indications variables fournies par un même malade à des périodes différentes de sa maladie, el pour lui faire accepter pendant très longtemps une médication et une hygiène bien comprises, bien appropriées à son cas.

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