‹ Thérapeutique des maladies du cœur et de l'aorteChapitre 10 sur 112 · ACTION SUR LE COEUR · texte numérisé non relu

ACTION SUR LE COEUR

laie; ceux-ci seraient dus à l'aclion du grand sympathique. D'après lui, l'excitation de ce nerf serait démontrée :

1° Parce que les manil'estations qui précèdent l'arrêt du cœur dans l'empoisonnement par la digitale ressemblent exactement à celles que produit la l'aradisation du sympathique, et non à celles qui suivent la section du vague ;

2» Par ce second fait que la digitale peut combattre l'arrêt du cœur que détermine l'aconit, lequel n'agit point sur le nerf pneumogastrique;

3" Par ce dernier fait que la digitale détermine aussi la contraction des artérioles, comme le fait l'excitation du grand sympathique.

Cette opinion, d'ailleurs, n'était point neuve, car I^egroux déjà, dans sa thèse [Essai sur la digitaline^ etc., 18G7), insista très vivement sur le rôle important que joue le sympathique dans l'action de la digitale sur les organes de la circulation. Cette théorie fut reprise et développée plus tard par Gourvat [Ad. jihijsiol. de la dUjilaU et de la di/jitaline, th. 1870) qui admet que la digitaline agit directement sur le grand sympathique, dont elle est un stimulant; par son intermédiaire, la digitaline donnée à petite dose dilate la pupille, fait contracter le système artériel, et par là, fortifie, régularise et en même temps ralentit l(^s mouvements cardiaques. Nous verrons tout à l'heure que le rôle du sympathique est en effet considérable et qu'il nous explique l'action manifeste de la digitale sur les vais.seaux périphériques par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs.

•/.. Far ViiUermédiaire des gamjlioiiH intra-cardiaques . — Cette opinion a été soutenue autrefois par G. Sée, qui depuis a sensiblement modilié son opinion; il

DIlilTALK

regardait les ganglions d(î la base du cœur comme le centre d'action do la digitale : celle-ci ralentit les mouvements du conir en excitant les nerfs modérateurs, et surtout le ganglion d'arrêt du cœur. Quand on sectionne les nerfs pneumogastriques, l actioii de la digitale ne se produit pas, et on n'observe point de ralentissement des battements du cœiir. Mégevand [Etud. de phi/siolori. o,.vpér. ; art. de la digitale., th. 1872*. dans un travail déjà ancien, admettait une action complexe du système nerveux, dans laquelle les ganglions intra-cardiaques jouent le i*ôle prépondérant : [lour lui, à dose thérapeutique, la digitale et la digitaline sont des médicaments névro-cardiaques, ([ui ralentissent les mouvements du cœur en agissant sur l'origine bulbaire du pneumogastrique, accroisseni l'énergie de ces mouvements par leur action sur les ganglions de Remak, élèvent la tension yasculairo en agissant sur les ganglions intra-cardiaques et les vaso-moteurs, à leur origine bulbaire. Ces actions combinées concourent à une sédation fonctionnolhgénérale.

3" Action si'r les vaisseaux péiupiiériques et les vASO-MOTEURS. — Dès l'année 1827, Hulchinson avail entrevu l'action de la digitale sur les rameaux vasculaires de la périphérie; Duncalfe (1859) soulini plus tard une opinion identique, mais pensait que cette action digitalique se résumait dans une sédation de la circulation capillaire, alors que la pluparl des auteurs attribuaient à la digitale une action stimulante sur les muscles vasculaires (Briquet, Beau. Leiion). Un peu plus tard, Galan [Com. physiol. sur Vad. de la diffit., th. n» 172, 1862) constatait, par des expériences multiples, que la digitale produit, chez la grenouille, une contraction des parois des vais-

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seaux capillaires et veineux. Plus lard encore, Legroux ayant administré un centigramme de digitaline à un lapin, constatait que l'artère centrale de l'oreille était devenue filiforme ; il en avait conclu que la digitale agit dès l'abord sur le grand sympathique ; puis il terminait par cette conclusion si importante : ,« A dose thérapeutique, la digitale excite primitivement la contractilité des vaisseaux capillaires, et n'influence que secondairement le centre circulatoire, en rétablissant l'équilibre de la circidation. » Plus loin, il ajoutait encore que l'influence de la digitale sur la température, les sécrétions, la nutrition, les hémorrhagies, ne peut s'expliquer que par son action excitante sur les filets terminaux du grand sympathique. Gourvat {loc. cit.) a fait, dans le môme sens, une série de recherches expérimentales très intéressantes.

Il constate que, sous l'influence de la digilale, les àrtérioles et les capillaires de la membrane interdigilale de la grenouille deviennent le siège de petits mouvements saccadés, comme spasmodiques : ils se resserrent d'abord au point de réduire du tiers ou de la moitié le calibre des vaisseaux. Puis cet état de resserrement est suivi d'un relâchement qui redonne au vai.sseau son calibre primitif; plus tard, la contraction se produit de nouveau. A la lin cependant, le vaisseau reste largement dilaté, il est comme paralysé.

L'action vaso-motrice de la digitale a été admise également par Hirtz [Nouv. Did. de Méd. et Ghirurg. ^rratiq.^ 1872) et par Klug {loc. cit.\ qui croit que la digitaline augmente la tension artérielle etrexcitabilitc des centres vaso-moteurs. Ringer etSainsbury (1883) se sont efforcés d'établir, par l'expérience suivante,

DIGITALK

que la digitale fait con trader les vaisseaux. Ils décapitent une tortue, introduisent dans l'aorte abdominale une canule communiquant avec un réservoir contenant une solution de chlorure de sodium, et la solution qui s'écoule à travers les artères et les tissus des membres postérieurs est recueillie et mesurée à la sortie des veines abdominales. Or en ajoutant de la digitale en faible quantité à la solution, on fait écouler des veines abdominales un quart seulement du liquide qui s'en écoulait avant (Courtade, Confrib. à Vét. thèr. de la dùjiiale. Th. 1888). Kaufmann {Eff. phij^. de la difjit. amorphe, etc. Rev. de Méd. p. 381, 1884) admet également cette action vaso-constrictive de la digitale. Cet effet est rendu évident chez les mammifères atropinisés, ou à pneumogastriques sectionnés, par l'élévation de la tension artérielle, sans modifications cardiaques. Sur des animaux ainsi préparés, le nombre des battements du cœur ne se modifie pas, et cependant la tension s'élève, il faut donc admettre une action vaso-constrictive périphérique. Mais ce resserrement vasculaire se produit-il par action sur le centre vaso-moteur, ou par action sur les vaisseaux eux-mêmes? Cette question est difficile à résoudre. Dans l'expérience suivante, Kaufmann a cherché à démontrer que la digitaline a surtout une action périphérique. Sur plusieurs chiens, il détruit l'action du centre vaso-moteur bulbaire par la section de la moelle entre l'occipital et l'atlas; il se produit immédiatement une chute considérable de la tension artérielle, qui se relève de suite si on pratique une injection intra-veineuse de digitaline. Celte expérience serait très concluante si le centre vaso-moteur bulbaire était unique ; mais on a démontré l'existence d'autres centres vaso-moteurs, moins importants, il

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est vrai, qui se trouvent échelonnés sur toute la longueur de la moelle; pour rendre la démonstration décisive, il faudrait, ce qui est impossible, détruire tous ces centres. « Il est donc probable que la contraction vasculaire est produite par une action à la fois ceii traie et périphérique. »

A vrai dire, cette action de la digitale a été très vivement disculée et combattue par plusieurs auteurs : Bernheim [Etude sur le mécan. de Vact. de la digit.^ etc. ; Rev. méd. de l'Est, 187.5) a déclaré nettement qu'il « n'est pas établi que la digitale agisse, soit sur les vaso-moteurs, soit sur les muscles vasculaires » . Bohm et Williams ont soutenu la même opinion. Le premier a montré qu'on peut sectionner les pneumogastriques, dilacérer le cerveau et la moelle chez l'animal empoisonné par la digitaline, sans produire de changements dans les phénomènes qu'on observe sans pratiquer ces mutilations. Dans un travail important Rummo et Ferrannini ont montré, après destruction préalable de la plus grande partie des centres vaso-moteurs, que la digitale, pas plus que les autres agents cardiaques, n'élève la pression sanguine en excitant directement les nerfs vaso-constricteurs périphériques ou les parois vasculaires elles-mêmes, et que l'augmentation de la pression artérielle résult(; de l'action combinée du myocarde et des centres vaso-constricteurs bulbaires.

Résumé. — Comme on le voit, malgré la simplicité apparente des phénomènes observés du côté du cœur et de l'appareil circulatoire tout entier sous l'inlluence de la digitale, le mode d'action de ce puissant médicament est encore controversé en bien des points; aussi nous paraît-il. nécessaire, avant de tirer de toutes ces discussions une conclusion pratique,

de résumer en quelques mots les principales théories ([ue nous avons passées en revue.

La diijitale est un liijposihènisant du cœur. — La digitale produit le ralentissement du cœur par une sorte d'action hyposlhénisante, paralytique, sur celuici (Bouillaud, Stannius). Théorie fausse, puisque lo cœur, tout en se ralentissant, augmente d'énergie, cl que, d'autre part, la tension artérielle est accrue.

La digitale est un tonique du centre moteur de la circulation (Hutchinson, Beau). Elle régularise et exagère les forces des contractions cardiaques, excite la cou- Iractilité des artères, et par suite élève la tension artérielle.

fjtt digitale n est ))oint tin hy])oslhènisanl de la circulation centrale, elle en est plutôt le régidateur elle tonique. Par suite, la digitale est moins l'opium du cœur (Bouillaud ; Gubler, {Comment, thèrap. du Codex, p.1-1 , 187i) qu'elle n'en est le quinquina (Beau).

La digitale agit primitivement sur les vaso-moteur.-^ (Legroux, Marey, Hirtz). — La digitale n'agit sur lo cœur que secondairement; il y a d'abord contraction des capillaires périphériques, d'où augmentation de la tension vasculaire et résistance au cours du sang, enfin, par suite de cet obstacle mécanique, le cœur se ralentit et ses battements augmentent de force. D'après cette théorie, l'action de la digitale serait primitivement périphérique, et non centrale; son action sur le cœur ne se manifesterait qu'après avoir agi préalablement sur les vaisseaux de la périphérie.

La digitale agit sur les ganglions automoteurs du cœur (G. Sée, Mégevand). — L'action de la digitale serait due à la modification fonctionnelle qu'elle produit sur les ganglions cardiaques.

La digitale agit directement sur le muscle cmdiaque

HÉSUMÉ PHYSIOLOGIQUE 2.1

(Vulpian, Sclimiedeberg, C. Paul). — La digitale est un poison du cœur qui porte son effet directement sur le muscle cardiaque. Or les recherches modernes semblent avoir démontré que le rythme cardiaque échappe à l'action des centres nerveux, et dépend seulement du myocarde qui travaille par sa propre Ibrce," sans recevoir aucune excitation nerveuse. A ce sujet, G. Sée [Thérap. j^hi/siolof/. du cœur, p. loi, 1893) admet que la digitale agit moins sur la contractilité du muscle que sur Vélastirité] c'est celle-ci qui a été modifiée, qui augmente d'énergie, et favorise « le renforcement de la diastole..., qui fait sortir plus de sang du cœur, pendant la systole suivante )>. Pour cet auteur, à cause de ses effets sur l'élasticité du cœur, sur l'ampliation du pouls, sur la « prolongation de la systole après celle de la diastole », la digitale est bien plutôt un rèijulateur de la circulation, un compensateur, qu'un tonique du cœur musculaire. La digitale, dit-il, est le type complet du médicament cardiaque régulateur agissant très peu sur la vaso-motricité et la pression, mais déterminant d'abord une légère diastole par l'intermédiaire de l'élasticité, puis une forte systole du ventricule rempli. Son action se porterait principalement sur le ventricule dtoit, dont elle « augmente le ressort ».

Vaclmi de la digitale apparaît primitivement sur le rœur lui-même, qmnd elle est donnée en une dose élevée et unique; au contraire, la circulation (jénérale est primitivement atteinte elle cœur secondairement, quand la digitale est prise à doses fractionnées (Bordier, Des nerfs vasomot. gangl. Th. 1808).

La digitale agit à ta fois sur le cœnr et sur le pneumogastrique (Bernhcim).

Cette théorie éclectique admet une action simul-

•IH DIGITAI-E

lanée de la digiUile sur le muscle cardiaque et sur les filets modérateurs du pneumogastrique, en outre; l aclion sur le cœur est variable suivant la dose employée : à dose moyenne, la digitale ralentit les ballements en excitant l'action modératrice des nerfs vagues, et stimule en môme temps la fibre musculaire (lu cœur. A dose toxique, le cœur meurt en diastole itu en systole suivant que l'excitation digitalique des nerfs vagues l'emporte sur celle du muscle cardiaque, ou que l'inverse se produit.

. La dicjitale est un galvanisant du système nerveux cur- (liaqm et vaso-motenr ^ et un excitant du myocarde lui-même, agissant à la fois sur les nerfs du cœur et sur son muscle (Dujardin-Beaumetz, Dict. de thèrcqmit.,, t. II. p. 256, 1885).

CONCLUSION. — La physiologie nenous a pas fourni jusqu'ici une base scientifique rigoureuse, pour établir l'action primitivement élective de la digitale, et il est impossible, ainsi que l'a déclaré Potain (Zfmis sur la digit. et ses indicat. tlièrap. ; Cliniq. hôjnt. Nerker, 1880), de limiter cette électivité sur un seul point du système nerveux. C'est donc au nom de la clinique qu'il faut conclure en disant que la digitale est un médicament cardio-vascidaire, qu'elle agit à la l'ois sur le cœur (directement, et par l'intermédiaire du système nerveux) et sur les vaisseaux. Son action se manifeste en augmentant l'énergie des conlraclions du cœur et la tonicité des capillaires généraux : elle agit donc sur le système circulatoire tout entier. Cependant il est très important de remarquer que la digitale n'est pas un tonique direct, mais un tonique secondaire du cœur, c'est-à-dire que son action porte d'abord sur les vaisseaux périphériques dont elle diminue la résistance en prQvoquant la diurèse, et ce

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