i lODUHES ALCALINS
il déterminerait d'abord une élévation de la pression avec ralentissement du cœur, et plus tard une diminution do la pression avec accélération du cœur. D'après les mêmes auteurs, les iodures ne sont pas de véritables dépresseurs de la circulation, mais des régulateurs du cœur. En produisant une vaso-dilatatlon générale étendue aux artères coronaires, ils' relèvent la nutrition du myocarde, car ils facilitent la circulation in Ira-cardiaque en ce sens que « le cœur pour chasser le sang dans ses propres artères et dans son propre tissu n'est plus obligé de fournir la môme somme de travail que dans l'état préalable ». Enfin, comme dernier résultat, la nutrition du myocarde étant meilleure, il s'ensuivrait une augmentation dans l'énergie du travail du cœur : les iodures seraient donc des agents systoliques. D'après Mayem, ce seraient là simplement des vues théoriques en désaccord avec la clinique.
Nous venons de dire que les iodures étaient surtout des médicaments vasculaires, ils s'adressent, en olfel, de préférence aux dégénérescences scléreuses et athéromàteuses des vaisseaux avec ou sans dilatation consécutive. Ils agissent avec une eflicacilé toute particulière chez les sujets à pouls dur et tendu, avec tension artérielle exagérée, ainsi que dans les altérations de l'aorte et des artères coronaires.
D'un autre côté, la médication iodurée est prescrite journellement dans les maladies organiques du cœur, dans le but de favoriser la réduction des êjmissiasements et des indurations vcdrii^aires. Cette médication est malheureusement Jrop souvent insuffisante ; on se rappellera cependant qii'ôir^ a vu des lésions valvulaires en apparence foiugraves disparaître absolument sous l'intluence de cette médication ». (Potain.)
ACTIOX PHYSIOLOGIQUE loo
Celte action, les anciens l'expliquaient en disant que les iodures sont des modificateurs directs du sang. G. Sée {Joe. cit.) en a fourni une explication plus physiologique. Pour lui, l'iode en circulation dans le sang possède une action spéciale sur les globules blancs de la lymphe et du sang (leucocytes). D'un autre côté, on admet que l'iode en circulation devient libre dans certains points, puis, repris par les alcalis du sang, il repasse à l'état d'iodure et ainsi de suite. Or, à faible dose, l'iode, dès qu'il rencontre les leucocytes, excite leur activité, stimule les larges diapédèses, les transferts, les morcellements, les disparitions de déchets et de matériaux transformables (phagocytose). Dans le muscle cardiaque luimême, l'iode provoque un mouvement de lymphe, évacuateur des déchets accumulés dans les espaces connectifs, d'où la propriété fondante, résolutive des iodures sur les néoformations.
Enûn, à un autre point de vue, on sait avec quel succès les iodures combattent les accès de pseudoasthme, si fréquents dans les affections aortiques notamment. Cette propriété eupnéique des iodures les rend extrêmement précieux dans la thérapeutique des maladies cardio-aortiques.
Une question importante, et qui n'est pas résolue encore, est celle de la préférence à accorder à Viodure de .sodium ou à Viodure de potassium.
. Pour G. Sée, l'iodure de sodium ne possède qu'une « activité médiocre » ; pour C. Paul, l'iodure so- <lium est plus riche en iode; d'un autre côté, pour beaucoup de clinicierts, l'usage des sels de potassium est dangereux, à cause de l'action nocive exercée par la potasse sur les fibres musculaires. En fait, je crois (jue l'iodure de potassium est un peu plus actif que
lOUURES ALCALINS
1 iodure de sodium, néanmoins, ce dernier doit être le médicament de choix , d'abord parce qu'il esl mieux supporté par l'estomac que l'iodure potassique, ensuite parce que ce dernier peut devenir nuisible pour le cœur, lorsqu'il est administré pendant un long temps, et provoquer d'autre part des phénomènes d'intoxication générale, par accumulation dans l'économie, dans les cas de fonctionnement imparfait du rein.
Indications tuérapeiitioues. — Les iodures sont indiqués dans les aflections valvulaires chroniques ou en voie d'organisation , dans l'angine de poitrine, dans l'artério-sclérose, dans les myocardites scléreuses, dans les aortites, dans les anévrysmes d(> l'aorte.
On a discuté fort longtemps sur l'action utile des iodures dans ces dernières affections : pour G. Sée, les iodures ne sauraient agir sur les parois artérielles sclérosées ou alhéromateuses, mais leur action porterait autour bien plus que sur le vaisseau luimême ; au contraire, Potain admet que les iodures agissent à'nnQ façon directe sur la paroi artérielle.
PHARMACOLOGIE. POSOLOGIE. —La médication iodurée dans le traitement des cardiopathies doit être de fort longue durée; on la prescrira par séries de plusieurs semaines, séparées par des périodes de repos intercalaires, et le traitement se poursuivra ainsi pendant plusieurs mois, et même plusieurs années (dans l'angine de poitrine par exemple).
La dose d'iodure variera de 60 centigrammes à
2 grammes par jour. Le médicament sera donné sous la forme la plus simple, c'est-à-dire en solution dans de l'eau distillée par exemple
POSOLOGIE
Eau distillée
lodure de potassium ou de sodium
100 gr.
Une cuillerée à ra/é représentant 50 centigrammes d'iodure, on en prescrira de 1 à 6 par jour, dans une lassed'infusion aromatique, telle que la feuille d'oranger par exemple, ou dans du lait, ou encore mélangées à du sirop de quinquina, de gentiane, d'écorces d'oranges anières, ou encore dans de la bière, un peu d'eau vineuse, ou encore dans une infusion légère de café torréfié édulcoré de sirop de sucre. Afin de faciliter l'absorption du médicament et de ménager la susceptibilité de l'estomac, on le fera prendre en deux ou trois fois au milieu des repas, lorsqu'il est donné en solution. S'il est mélangé avec du sirop ou simplement avec du lait, on boira le mélange au commencement même des deux repas. 11 sera pris ainsi durant vingt jours consécutifs, puis repds d'une semaine avec cessation absolue du médicament, pour y revenir plus tard si cela est nécessaire.
Pour déguiser la saveur de la solution, on a proposé la préparation suivante :
lodure de potassium ou de sodium 10 gr.
Eau distillée 10
Rhum 80
A prendre jxir cuillerées à soupe dans une tasse de thé^ OH mieux de tilleul.
On prescrit encore les iodures en pastilles^ en tablettes ou en dragées^ mélangés quelquefois avec du chocolat.
Chacune d'elles renferme 0 gr. 10, 0 gr. 13 ou 0 gr. 20 d'iodure de sodium.
Leclerc.
158 lOni'RES ALCALINS
Knlîn on prépare aussi des biscuits iodurés.
lodure de polassiuni ou de sodium 10 gr.
Pàtc à bisciiils Q. s.
Pour cent bixn/ils de \() f/ramnm chacun. Chaque biscuit contient 0 ///•. 10 iVioclure.
DORVAI LT.
Pour éviter les troubles digestifs, fréquents avec l'usage soutenu des iodures,on pourrait essayer de donner l'iodure de calcium qui « ménage bien mieux l'estomac que tous les autres iodures ». On le prescrira à la dose de 50 centigrammes à I gramme.
Si l'on s'en lient aux iodures de sodium ou de potassium, on pourra toujours, dans le but d'éviter les troubles digestifs, recourir à la formide suivaide :
Swlation iodurée et arscuîpnic.
Eau distilli'c 300 gr.
lodure de sodium 3
Arséniate de soude 0,0.-i
Dose : 2 à 3 cuillerées à soupe par jour.
HUCUAIU).
Je lui préfère l'association de l'iodure avec l'opium à très petites doses ; dans ce but j'ai imaginé la [iréparation suivante dont je recommande les bons eCfets.
Pour éviter le dégoût et la saveur métallique des solutions aqueuses, j'ai donné à la préparation la forme pilulaire, et, malgré la déliquescence des iodures alcalins, je suis arrivé à préparer une masse pilulaire d'une conservation parfaite, qui au bout de plusieurs semaines possède encore toute sa consis- "
l'OSOLOGIE
Uince et toutes ses propriétés thérapeutiques. J'emploie l'iodure de sodium, mais comme il paraît plus déliquescent que l'iodure de potassium, on devra au préalable le faire dessécher k l'étuve; on l'associe (Misuite, non à l'extrait thébaïque qui renferme toujours une petite quantité d'eau qui ramollirait la masse, mais à l'opium brut. L'excipient peut être fait avec la térébenthine de Bordeaux (environ o centi- }<rammes par pilule), ou avec un peu d'extrait de .gentiane ou d'extrait de rhubarbe. Enfin l'enrobage ])eut se faire, soit au mastic dissous dans l'éther, ou mieux au baume de tolu. Je prescris ainsi :
Pilules d'iodiire de sodium opiacé.
lodure de sodium 0 gr. 15
Térébcntbinc do Bordoaus 0,0o
Opium brut 0,01
Pour unepilide.
Dose : de A à 6 ou 8 par jovr.
J'emploie cette médication dans les affections aorliques seulement, car il est préférable d'éviter l'opium dans les maladies mitrales.
Association des ioiu hi^s avec d'autres médicaments CARDIAQUES. — Daiis Certains cas d'artériosclérose, lorsque le muscle cardiaque commence à faiblir, qu'il y a hyposystolie, et qu'apparaissent déjà des stases et des œdèmes périphériques, continuer l'iodure, dépresseur de la tension, ce serait dépasser la mesure utile, car déjà la tension artérielle est au-dessous de la normale. C'est alors qu'on peut recourir aux toniques du cœur : digitale ou spartéine par exemple, associées à l'iodure ; les premiers soutiendront le cœur, le dernier combattra les lésions artérielles. Dans ce but Huchard a proposé les formules sui-
160 ÉLIMINATION DKS lOnURES
vantes; je n'ai pas eu l'occasion d'en vérifier l;i valeur.
PilnloM d'iodiirc fie soilium et de digitale.
Poudre de feuilles de digitale 2 gr.
lodure de sodium 4
Faire 40 pilules. Dose : 3 à \ par jour.
Pilule!» d'iodurc du sodium et de spartéine.
lodure de sodium 4 gr.
Sulfate de spartéine 1
Poudre de rcorlisse Q. s.
Faire AOjnluJes. Dose .- A à & par jour.
Élimination. — Dès que les iodures sont introduits dans l'estomac, ils sont absorbés et éliminés très rapidement : on les retrouve dans la salive, l'urine, les larmes, et peut-être le lait de la nourrice. Lorsqu'ils sont donnés à dose un peu forte, on peiil les retrouver dans l'urine au bout de quelques minutes seulement, deux à trois minutes en moyenne (A. Gautier). Il suffit pour cela d'introduire un morceau de papier blanc amidonné ou non, ou encore un fragment de linge usé dans le verre à expérience rempli d'urine et d'y verser ensuite de l'acide nitrique; celui-ci met l'iode en liberté, et le papier ou le linge prennent une coloration bleu foncé (iodure d'amidon). Celte recherche est nécessaire, car elle indique si le médicament est bien absorbé, et si les reins fonctionnent d'une façon satisfaisante. Mais ce n'est pas seulement par leur présence dans la salive et dans les urines que les iodures se manifestent, ils donnent lieu encore à du ptyalisme el ii une diurèse assez marqués. Enfin les iodures s'éliminent encore probablement par le mucus nasal.
ÉLIMINATION DES lODURES
l'appareil siuloral , el les glandes sébacées de la peau. Les iodures abandonneiiL presque enLièremenI, réconomie en vingt.-qualre heures ; quant à l'éliminalion totale, elle demanderait quarante-cinq à cinquante heures après la dernière dose.
Chez l'homme à l'état de santé, la durée de l'éliminalion des iodures est de trente-six heures au moins pour les doses moyennes ; dans des cas où le traitement ioduré dépassait 2 grammes, on a encore retrouvé la trace de l'iode dans les urines douze jours après la cessation du traitement. A l'état de maladie, l'élimination des iodures est ralentie, notamment dans la fièvre (Gubler), et dans les maladies du cœur à la période de compensation (Geisler, Contrib. à l'éliminât, de Vioch par les reins. (TA. Saint-Pétersbourg 1888); quelle que soit d'ailleurs la durée de cette élimination, l'iode s'élimine dans les urines, non à l'état d'iode ni d'iodates, mais d'iodure.
Dans des recherches expérimentales récentes, Lafay [Étiid. clin. chim. sur l'cUminat. urinaire de Viode, Paris, 1893), s'appuyant sur les travaux antérieurs de Berlioz, d'Éloy et autres, a montré nettement que, après V absorption d'iodure de potassium., si la quantité d'iodure est faible et le chlorure de sodium de l'économie en proportion normale, il y a échange complet : tout Viode s'élimine à l'état d'iodure de sodium, et la potasse à l'état de chlorure, avec l'excès, de chlorure de sodium.
Si la quantité d'iodure absorbée est moyenne et voisine de la dose de chlorure de sodium, le partage est limité, et il s'élimine d'autant plus d'iodure à l'état de sel de potassium, que ce sel se trouve luimême en proportion plus élevée.
102 loinsME
Si l'iodure de potassium esl administré à liaulo <lose, il s'élimine pvosque tout entier sans décomjx)sition.
Il n'est pas possible de fixer d'une façon générale la quantité d'ioduro de potassium juste sufïisanle pour (Mre transformée en sel correspondant de sodium: elle est subordonnée à la dose d'iodure de potassium absorbée et à la richesse en chlorure des li quides de l'économie.
Enfin les arridenf.s d' io(ii>ime s ohnervent indifféremment avec les sels de potassium ou de sodium : ils résulfeni simplement d' une èUmination nulle ou incomplète.
loDiSME. — Le traitement ioduré, qui se prolonge souvent pendant plusieurs mois ou même plusieui-s années, entraîne souvent des accidents toxiques oudes (roubles fonctionnels plus ou moinsgraves dont l'ensemble constitue Viodisme. Du côté des voies digestives il se traduit par un peu d'angine, de l'anorexie entretenue par la saveur métallique du médicament, par de la gastralgie, des nausées. Vers les autres appareils les troubles fonctionnels consistent surtout en poussées congestives, en fluxion catarrhale, et à leur degré extrême, en liémorrhagies muqueuses et sous-cutanées.
On note du coryza, des épistaxis, de la conjonctivite avec larmoiement, photophobie légère, de la rougeur de la gorge et de la luette, de la laryngite avec toux et raucitéde la voix; on a noté aussi, dans quelques circonstances heureusement rares, de l'œdème des replis ary-épiglottiques, avec accidents d'œdème de la glotte, et menace de suffocation ayant nécessité quelquefois la trachéotomie immédiate.
Du côté de la peau,' les manifestations sont extrêmement fréquentes : elles consistent le plus souvent
lODISME 163
on des éry thèmes, des varicosités, des poussées d'acné rosacée sur la face, le Iront, le menton, les joues, le nez, la région scapulo-dorsale, etc. D'autres ibis on a observé du purpura (Fournier). Chez quelques ma^ lades, j'ai noté un peu d'œdème de la face, spécialement au niveau des paupières. Enfin les poussées congeslives peuvent se manifester, du côté des voies respiratoires, par des liémorrhagies bronchiques; toutefois ces hémoptysies sont exceptionnelles, et se manifestent sans doute de préférence chez les malades, menacés de tuberculose. Ou a noté quelquefois l'augmentation du flux menstruel ou môme des mélrorrhagies, c'est pourquoi la cessation du médicament au moment des règles est recommandée par plusieurs cliniciens. On a dit encore que l'iodure de potassium pouvait donner naissance à des hémorrhagies cérébrales. Ce ne peut être là qu'une corn- [)lication exceptionnelle.
Enfin l'usage prolongé des iodures produit l'amaigrissement du sujet. Ces divers accidents d'iodisme sont extrêmement variables d'un malade à l'autre et la question de tolérance est purement individuelle ; on a dit quelquefois que les doses massives du médicament exposaientmoins à l'intoxication iodique que les doses moyennes ou même petites; cela est possible, mais non définitivement établi.
Lorsque l'iode est pur, c'est-à-dire lorsqu'il n'est pas mélangé avec l'acide iodique et les iodates, les accidents d'intoléi'ance sont assez rares ; toutefois, lorsqu'ils se montrent, il suffit de supprimer le médicament pour les voir disparaître. On a proposé encore, dans le but d'atténuer ou même de supprimer la toxicité des iodures, de les associer au bicarbo-
INTOLKllANClî
nale de soude, mais ce uioyen est souvent infidèle.
Quoique Vintolérctiirc absolue pour les iodures alcalins, soit heureusement rare, il n'en est pas moins vrai qu'elle existe chez certains malades. Dans ce cas, on a proposé récemment (Kobner, lS81»j de donner des iodures en lavements, mais c'est là un procédé qui ne peut suppléer la voie stomacale, surtout pour un médicament qui doit être longuement continué ! On cherchera alors à reniphirer les iodures alcalins par d'autres préparations.
On prescrira :
Solution iodo-lanniqne.
Eau distillée Tannin
Faire dissoudre^ puis ajouter :
Iode 1 f/r.
Faire dissoudre et filtrer. Dose ; 5 « 8 gouttes dans i^y) grammes d' eau distillée , édulcorée avec sirojj de sucre ou de groseilles^ cerises , etc.
Ou encore le Sirop iodo-ianniqae (de Guillermond) qui renferme 4 centigrammes d'iode par cuillerée à soupe. On donne aussi le sirop d'iodure de fer du Codex et même tout simplement la. teinture d'iode : 5 à 6 gouttes à chaque repas dans un verre de vin de Banyuls ou de Malaga.
Un a proposé récemment, comme étant mieux tolérée et plus rapidement absorbée que les solutions iodurées alcalines, une potion glyco-iodo-ioduréo. qui utilise la propriété de l'iode de se combiner à la glycose ; A^oici la formule :
10 gr..
MTUiTK h'amyi-iî lOS
l'otion {rlj'Cit-iofln-indiiréc.
Iode 0 gi-. ;iO
loclure de sodium 4
Eau distilloe 40
Sirop de glycose 120
Essence de Winlovi;feon Q. s.
On donne d'abord 1 cuiliaréc à rci/é, dans un quart de rerre d'eau, apr'es chaque repas. Lorsqtie la tolérance est assurée, on porte chaque dose à 1 cuillerée à soupe.
MOUKA.
]%îlt»*îte «l's»ii»yle.
Le .Nilrile d'amyle ou élher amylnilreux, découvert par Balard (1814), a été étudié surtout en Angleterre, au point de vue de ses propriétés thérapeuli([ues. Celles-ci nous sont bien connues grâce surtout aux travaux de Guthrie (1859), de Richardson, de Ganlgee, de Lauder Brunton et de Wood (1871). En Allemagne, elles ont été le sujet de recherches importantes de la part de Pick (1874), (Àuttmanet Eulenbourg et de l'ilehne. En France, il faut signaler surtout le travail étendu d'Amez-Droz [Arrh. de Physiolog.. 1873;. de Bourneville, el de C. Paul (1875), les thèses de Veyrières (187'i), de Marsat (1875), de Dugon (1879), etc.
Le Nitrite d'amyle est un liquide d'un jaune pâle, il réaction acide, extrêmement volatil, insoluble dans ' l'eau, soluble dans l'alcool rectiOé, rappelant l'odeur des poires mûres, ou encore de la pomme de reinette ; il s'altère rapidement quand il est exposé à l'air et renferme alors une certaine quantité d'acide cyanhydriquc. C'est pourquoi il faut leconserver à l'abri de la lumière dans un flacon hermétiquement bouché
lt)(> MÏHITK i/aMYLI-:
OU. mieux, dans de petites capsules fermées à la lampe.
ACTION PllYSIOLO(;iOrK. — Loisqu on verse sur un nioiiclioir ou dans la paume de la uiain quehiiKîs gouttes de nitrite d'amyle et qu'on le respire iiumédiatemeiii, on éprouve d'abord une sorte de seusaliou de i'raîchcur dans les fosses nasales et un peu tW (chatouillement dans l'arrière-gorge pouvant provoquer un peu de toux; puis il se produit presque de suite une congestion extrême de la face. Celle-ci se colore d'un rouge vif, les yeux s'injectent, la peaudevient chaude, et quelquefois le malade accuse un peu de vertige.
La congestion n'est point seulement limitée aux capillaires, mais tous les vaisseaux de la face, artères, veines, participent à cet état ; les carotides battent avec force; bien plus, la turgescence s'étend aux vaisseaux de la pie-mère et même au cerveau, ainsi qu'on l'a vu chez les animaux trépanés iSchiiller). Par contre, cette poussée congestive ne dépasse guère la face, et les autres régions restent, ou peu s'en faut, tout à fait indemnes; tout au plus note-t-on un peu de rougeur de la partie supérieure du tronc, et quelques taches marbrées sur l'abdomen.
Cette excitation céphalique est d'ailleurs d'assez courte durée, et au bout de trois à cinq minutes elle a complètement disparu. Pendant tout le temps qu'elle dure, la respiration devient plus libre et plus fréquente.
Mais en même temps qu'il y a dilatation congestive des vaisseaux de la face, il se produit du côté de l'appareil circulatoire trois phénomènes impor-
ACTION l'IlYSIOLOGIQUE 167
lanls : le pouls augmenle de fréquence et la tension artérielle s'abaisse, non par affaiblissement du muscle cardiaque, mais comme conséquence directe de la dilatation vasculaire. En outre, par suite de la dilatation des vaisseaux périphériques, le travail du cœur diminue et les contractions du muscle augmentent d'énergie; il y a là une action tonique du cœur, très manifeste, mais de courte durée.
Quant au mécanisme de la dilatation vasculaire sous l'influence de l'action du nitrite d'amyle, il reste encore le sujet de discussions nombreuses de la part des physiologistes ; nous indiquerons rapidement les meilleures théories "proposées : Richardson pense que la dilatation vasculaire est le résultat de la suractivité du muscle cardiaque engendrée directetementpar le nitrite d'amyle qui serait un tonique du cœur. Lauder Brunton et Pick sont d'avis que le nitrite d'amyle est un poison du muscle et agit localement sur les fibres musculaires lisses des vaisseaux et les paralyse ; ce dernier auteur appuie cette opinion sur l'expérience suivante : un muscle de grenouille curarisé, qui se contracte sous l'influence d'un courant électrique, reste absolument inerte si on le laisse pendantquelques minutes sous une cloche remplie de vapeurs amyliques. Enfin cette action dilatatrice sur les vaisseaux a été expliquée tour à tour par la paralysie des vaso-moteurs (Filehne, Mosso), ou par l'action directe produite sur les nerfs vasodilatateurs par le sang altéré sous l'influence du nitrite d'amyle (diminution de l'oxygénation des globules et augmentation de l'acide carbonique) (Gamgee).
Indications du nitritu n'AiiVLE. — Quelle que soit la théorie adoptée, il est certain que le nitrite
l'OSOLOGIIÎ
d'amyle l'ail, dilater les arlères et. en lait cesser spasme; celte action vaso-dilatatrice et i>ar suiti' dépressive de la tension vasculaire a été ajypliqiiéiun traitement des accès d'anfçine de poitrine par Lauder Briinton, et son exemple a été snivi depuis avec succès par un faraud nombre de médecins. Il agirait surtout en activant la circulation dans le myocarde, entravée par la contraction spasmodique ou par l'oblilération des artères coronaires. Le nitrite d'amyle pourra encore être utilisé avec quel- ([ue succès chez les aortiques sujets aux lipolliymies et aux vertiges; chez ces malades il favorisera la circulation cérébrale et luttera avantageusement contre les accidents d'anémie encéphalique, si fréquente dans les maladies de l'aorlo.
CoNTHE-iNniCATiONS. — D'après Duiardin-Beaumelz, il faut proscrire le nitrite d'amyle chez les hystériques et les épileptiques, car il pourrait provoquer des attaques violentes au moment de sonadminis- Iration. De même il faudra s'abstenir chez les individus prédisposés par l'hérédité aux attatiues apoplectiques, ou possédant des vaisseaux altérés, car la congestion intense qu'engendre le nitrite d'amyle pourrait entraîner des ruptures vasculaires.
PHARMACOLOGIE. — POSOLO(ilE. — Le nitrite d'amyle a été employé en injections sous-culanécs (VVood), mais les résultats obtenus sont douteux. On peut encore l'administrer par la bouche, mais le procédé le plus sûr est l'inhalation. Pour cela il sulTit de briser une des extrémités de l'ampoule de verre dans laquelle on a l'habitude de renfermer le nitrite d'amyle, puis de verser rapidement de 3 à 10 gouttes de celui-ci sur un mouchoir et de le faire respirer doucement par le
NlTHO-GLYCÉRIMi
malade, au moment de l'accès iVaiif/or pedoris. Sous l'inlluence de cette inhalation, l'angoisse précordialo si douloui'euse, qui caractérise l'angine de poitrine, ne tarde pas à s'amender. Ce mode d'emploi du médicament est très heureux, car il permet au malad(> de porter sur lui, dans une petite Ijoite, quelquesunes de ces ampoules, etd'en faire usage àlapremièi-e menace d'accès angineux; il est cependant indispensable que le nitrile d'amyle soit toujours iraîcliemenl préparé.
A faible dose, l'effet du nitrite d'amyle est utile et rapide; à dose élevée, cet agent est nuisible, il paralyse ou affaiblit l'action cardiaque. Déplus, c'est un poison hématique : il rend le sang noir, asphyxique, puis brimàtre par transformation de l'hémoglobint'. en méthémoglobine. Plus tard, le sang devient impropre à l'hématose et la mort survi.ent par asphyxie.
jVîtro-glycéiMiie.
La nitro-glycérine, outri/dtriiie (Berthelot), onghinoïne delà Pharmacopée homéopathique, est un liquide huileux, incolore, de saveur douce; elle se mélange à l'eau dans la proportion de 1 pour 800 seulement, mais s'associe facilement à un mélange d'eau et d'alcool. Elle a été découverte par Sobrero en 18-47 et étudiée avec soin par Field (1858-1839) et surtout par Meyer.
ACTION PHYSIOLOGIQUE. — D'après les recherches de Lauder Brunton, elle agirait sur le sang de la même manière que les nitrites. Son action est très énergique chez l'homme : trois ou quatre gouttes introduites sous la peau produisent immédiatement
MO ACTION ni VSIOI.O(;iOL'K
(les efl'ets congcsUrs analogues h ceux engendrés par lenilrile d'aniyle : congestion de la lace, peau chaude et couverte de sueurs, yeux injectés, bourdonnements d'oreille et céphalalgie; le cœur bat avec Force. Cette action s'étend également à la circulation ])rofonde, ainsi (juele démontre l'examen àl'ophtlialmoscope.
La trinitrine est un poison vaso-dilatateur, très voisin du nitrite d'amyle; d'après Hay, la trinitrine mise en présence des alcalis se décom[)f»serail en nitrile pour les 2/3 et pour le dernier tiers en nitrate. A dose thérapeutique, la trinitrine agirait sur le sang d'une façon plus énergique que les nitriles qui seraient décomposés presque entièrement ]jar les acides de l'estomac. La nitro-glycérine est une substance douée d'une grande activité, mais toxique; elle a été appliquée à l'industrie sous le nom de di/iiamite par l'ingénieur suédois Alfred Nobel, en 1KU4, et sa toxicité rend compte de la plupart des accidents (ju'on observe chez ceux qui préparent cet explosif, et qui ont été bien étudiés par Bourru.
Outre les effets congestifs encéphaliques qu'elle engendre, la trinitrine dilate les vaisseaux périphériques et abaisse la tension artérielle : son action est donc comparable à celle du nitrite d'amyle, mais son effet utile serait plus durable et pourrait persister (le deux à trois heures, alors que celui de l'éther amylnitreux ne dépasse guère trois à quatre minutes. Par contre, son action demande quatre à cinq minutes avant de se produire, alors qu'elle se manifeste au bout de quelques secondes seulement avec le nitrite d'amyle.
Indications tuérapeutioues. — La trinitrine, expérimentée d'abord par Hering, de Philadelphie (1848),
POSOLOGIE
dans la congestion et l'apoplexie cérébrales, a été appliquée avec succès dans les accès d'angine de poitrine par Muri-ell, de Londres (1879j, en premier; puis par Jameson (1880), Mac C. Anderson (1881), elc, et en France par Huchard {BuIIet. thèrap., 1883). Dans l'angine de poitrine, elle peut être prescrite dans l'intervalle des accès angineux durant une douzaine de jours, où elle continue les effets utiles du nitrite d'amyle que l'on doit réserver pour le traitement de la crise angineuse proprement dite. Enfin, de même que ce dernier médicament, la trinitrine est conseillée encore dans les afiiections de l'aorte accompagnées de vertiges, lipothymies, syncopes, conséquences de l'ischémie cérébrale.
Résumé. — La trinitrine est un médicament qui mérite d'être expérimenté; je dois dire toutefois que jusqu'ici ses eflFets ne m'ont pas paru extrêmement sensibles, dans l'angine de poitrine notamment.
PHARMACOLOGIE. POSOLOGIE. —Lorsqu'on emploie la trinitrine, on a presque toujours recours aux formules suivantes.
Solution alcoolique de trinitrine.
Eau distillée 300 gr.
Solution alcoolique de trinitrine au centième , XXX gouttes
Dose : 3 à A cuillerées à dessert par jour Huchard. Solution de trinitrine pour injections sous-cutanées
Eau distillée de laurier-cerise 10 gr.
Solution alcoolique do trinitrine au centième XXX à XL gouttes
Injecter un quart de seri/ir/ice de Fravaz, au moment des accès; renouveler ces injections 2 à h fois dans les vingtquatre heures.
MTIUTK DE SOIJICM
IMili-il<^ de 8<>«liiiiii.
\jQ niU'ile de sodium et le niLrile de potassium produisent dans le sang, d'après Gamgee, desmodilicalions analogues à celles engendrées par le nilrile d'amyle ; c'est pourquoi quelques médecins onl pensé ([ue ce dernier |)ouvail, être remplacé par les nitrites métalliques. Matliew Hay, d'Édimbourg (18S3), d'a- Ijord, W. Collier (18S3) et Schweinburg (1885) ensuite, ont employé, les premiers, le nitrite de sodium. Toutefois, malgré la similitude de leurs effets, on doit relever quelques différences importantes entre les différents nitrites.
Les nitrites métalliques (sodium ou potassium), outre la propriété de transformer l'hémoglobine en méthémoglobine, comme le nitrite d'amyle, sont plus toxiques que lui, car ils détruisent un certain liombre de globules rouges. En outre, ils se distinguent encore de l'étlier amylnitreux, en ce que, injectés dans les vaisseaux, ils produisent un effet narcotique marqué, et une parésie des extrémités nerveuses.
Hay et Lublinski prétendent avoir retiré de l'emploi de ce médicament, dansl'angine de poitrine, des effets supérieurs à ceux du nitrite d'amyle, mais le fait aurait besoin d'être appuyé par des observations plus nombreuses.
PHARMACOLOGIE . POSOLOGIE. — Si l'on se décide à employer le nitrite de sodium, on pourrait recourir à ces deux formules :
Solution de nitrite de sodinni.
Eau distillée
Nitrite de sodium