I.,ait
Le lait est un des meilleurs diurétiques que nous possédions : son action puissante contre les hydrupisies est connue de toute antiquité et indiquée dans les livres hippocratiques. Mais ses indications n'étaient point réglées : on le donnait d'une façon empirique, et ce n'est guère que vers la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, quOu essaya de préciser les règles de l'administration du lait dans les hydropisies. Le premier travail sur ce sujet paraît être celui de l'abbé Tessier [Sur un»hydrop. guérie par Vempl. du lait. Mém. Soc. Roy. Mèd. 177G), puis vinrent les mémoires de Petit-Radol (1786), de Chrestien, de Montpellier [De VtdU. du lui/ administré comme remède et comme uNm. dans le trait, df rhydrop. ascit. [Arch. Mèd. 1831)],deMauser (1834), de
SCI LIE 179
Serres (d'Alais, .1854), de tiiiinier (1857), deClaudol (1858), de Chaii'ou (1859), de Karell {Arrh.de jVéd. 18(iG), de Cordier (Des modifie, imprimées aux hi/drop. d//srras.parU lait. Th. 1871), de ?>ivedey (TraiL de l'a tiasarq. de Vascite.etc.^ par le lait. Journ. mèd. etcMrur. prat'iq. 1872), de Lemoyne (i^iè/e lactée contre Jen hijilrop.^ 1873); etc.
Associé à la digitale, le régime lacté est cerlainemont le diurétique le plus puissant à employer dans l^hydropisie et Fanasarque consécutives à une maladie du cœur. Il doit être prescrit à l'exclusion de tout autre aliment si l'on veut obtenir le maximum d'elVet utile : on le donnera à la dose de deux à trois litres par vingt-quatre heures, en doses fractionnées prises toutes les heures ou toutes les heures et demie.
Mais ce n'est point seulement comme médicament diurétique que le lait peut rendre de grands services dans les maladies du cœur, ses indications sont plus vastes. Nous reviendrons sur ce sujet important, en traitant du ré(/ime des cardiaques] nous indiquerons alors les règles, ainsi que les moyens pratiques pour la mise en œuvre du régime lacté dans les maladies du cœur. (Voir p. 198.)
Lu scille {Unjiiia ou encore iSci lia maritima^ Liliacéesi est un diurétique assez puissant dont la partie employée est le bulbe. Celui-ci, qui a la forme d'une très grosse poire, est garni dé squames ou d'écaillés.
' Celles qui sont à l'extérieur ainsi que les plus profondes sont rejetées, celles du milieu sont gardées,
' coupées en bandes étroites, séchées au soleil et conservées en vase clos et sec. La scille ne produit la
180 SCII.LK
diiinîsc ([ue duns les mèpies coiidilions palliolof^itiiics oaladigilalcagilcgaleincnlcoininc agent diuréliiiiic ; comme celle dernière, elle n'est point diurétique clicz l'homme en bonne santé. La scille est souvent employée concurremment avec la digitale, et à proi)i)sdt' celle-ci. nous avons indiqué les préparations pliarmaceuli(iues de scille et de digitale le plus souvent lurmulées (voir p. 68); on l'associe encore au calomd.
PIIARMâCOLO(;IE. posologie. — Seule, ou unie il la digitale, la scille est prescrite seulement sous forme d'extrait alcoolique à la dose de i2 à 13 cenligrammes; de poudre, à la dose de 10 à 30 ceniigrammes; de teinture, 1 à grammes; de vin, à la dose de 10 à 50 grammes. Après leur ingestion la plupart des préparations de scille sont irritantes id peuvent donner lieu à des nausées, des vomissements, de la diarrhée. Leur emploi demande donc quel([ues précautions.
On a retiré de la scille un extrait, la sa////////', principe actif de la plante, insoluble dans l'eau, mais . soluble dans l'alcool et l'éther; sa saveur est amère, à la dose de 5 centigrammes elle serait toxique, (hi a extrait encore de la scille un glucoside : la scilhïne, et un autre produit, la scillitoxiiie, d'une coloration noire, d'une saveur amère, peu soluble dans I cau, et un peu plus dans l'alcool. Ces produits déterminent des eiïels analogues à ceux de la digitaline. Administrée à une grenouille à la dose d'un demi-milligramme, la scillaïne amène l'arrêt du cœur en systole: la scillitoxine n'exige pour agir qu'un cinquième de milligramme. Enfin, après l'arrêt du cœur, on note une paralysie des muscles striés. Chez le lapin, on voit survenir une faiblesse musculaire considérable
LA CTO s li 181
avec tremblements fibrillaircs très marqués. Les doses faibles ralentissent les battements du cœur et ('lèvent la tension artérielle ; les doses fortes accél<}.rent d'abord les battements; plus tard surviennent le ralentissement et la mort qui arrive sans convulsions (Hayem).
La lactose ou sucre de lait a été vivement recommandée par G. Sée comme puissant diurétique; d'après lui la diurèse produite par le lait serait causée [lar la lactose. Il la prescrit à la dose de 100 grammes répartis dans 2 litres d'eau à prendre pendant les repas, ou dans l'intervalle à n'importe quel moment de la digestion. On pourra ajouter au mélange un peu de vin blanc ou rouge, ou l'aromatiser avec un peu de rhum ou d'eau de menthe.
L'action diurétique de la lactose ne se manifeste pas chez les brightiques, ce qui indiquerait qu'elle est un diurétique direct, agissant sur l'épi thélium rénal. Quoi qu'il en soit, l'urination au bout de vingt-quatre à quarante-huit heures se traduit par 2 à 4 litres d'urine claire, limpide, sans glycoazoturie, puis elle reste stationnaire et retombe a 2 litres pendant quelques jours. Le médicament pourrait donc remplacer le lait chez les malades auxquels celui-ci produit un dégoût insurmontable; de plus il aurait encore l'avantage de permettre une alimentation mixte et même l'usage de la viande. Sans nier les résultats diurétiques obtenus par la lactose, il est certain que la grande quantité d'eau ou de tisane nécessaire pour les provoquer est un obstacle sérieux qui en empêche l'emploi auprès de
IJ^^ TIIÉOBHOMINK
l)eaucoup de rnaliulcs. Je n'en ai rcliré ([ue des oircts douteux. Ou a proposé de réduire la quantité d'eau il un litre, tout en augmentant la puissance diurétique par l'ad.jonclion du vin diuvéti(|ue de Trousseau.
On formulera :
Lactose f-''"-
Kau 1" ? .
Vin diurélique de Trousseau :>
.4 prendre par dmi-verre dans la journée'.
Tliéobi-omine.
La théobromine, principe actif du mcav, est très voisine de la caféine ; cependant, malgré leur analogie étroite,ellesprésenlent une action physiologique distincte. Toutes deux sont diurétiques, mais la théobromine produit une diurèse cinq fois plus forte, eu agissant directement sur l'élément sécréteur du rein, sans le secours de l'élément nerveux vaso-moteur ((i. Sée. Acad. de nml. août 1893). Cet auteur déclare que l'action de la théobromine se manifeste nettement dans les hydropisies d'origine cardiaque, même les plus avancées, qu'elles soient dues à une lésion de l'aorte ou de la valvule mitrale ou à une dégénérescence du muscle cardiaque, qu'elles s'accompagnent ou non d'ascite. Dans tous ces cas, son action serail la môme.
Dans plusieurs cas où la digitaline, la caféuu', le strophantus avaient échoué, la diurèse s'éleva progressivement en trois à quatre jours jusqu'à 0 litres. La polyurie se produisait même quand il y avait un certain degré d'albuminurie, et se traduisait non seulement par l'excès d'eau, mais de tous les principes normaux de l'urine, entre autres de l'urée. La supe-
TIIÉOBKOMIM';
l'iorilé de la théobromine i)rovionl de son action directe sur le rein, alors que les autres diurétiques n"afi;issent qu'en excitant les A'aisseaux et en renl'ort;aut l'action cardiaque, action qui ne saurait se soutenir longtemps sans inconvénient. De plus, sauf )|uelques nausées, d'ailleurs rares, la théobromine ne produirait pas le moindre signe d'intoxication (1), alors que la caféine s'accompagne quelquefois d'excilalion cérébrale et même de délire.
lia théobromine est insoluble dans l'eau, l'alcool cl l'éther; elle s'absorbe probablement par l'intestin, lîllle n'exige point l'ingestion d'une grande quantité de liquide et sous ce rapport présente un avantage marqué sur la lactose, à cause des deux litres d'eau ' que cette dernière réclame. Il y a donc pour la théo- !i)i'()mine cet avantage qu'elle peut se prescrire à sec, I pour ainsi parler, c'est-à-dire en laissant le malade iS.iuYïe le régime ordinaire d'une façon modérée.
La théobromine peut être prescrite dans les liydrol|)isies autres que celles d'origine cardiaque, dans le I mal de Bright, par exemple, mais son effet est vaii'iablc.
i^HARMACOLO(ilE: POSOLOGIE — A cause de son iiisolubilité, la théobromine ne peut être prescrite ique sous forme de pastilles, de capsules ou de cachets. ILe malade devra garder le repos; puis on fait prendre Ile premier jour deux ou trois pastilles ou cachets de M gramme chaque, ou quatre à six capsules de 50 icenligrammmes. Le deuxième jour il prendra 3 à 4 >!{^rammes et le troisième Jour i à 5 grammes. On
1 ) Dans un cas cependant où une malade avait pris 3 grammes di' théobromine en 16 heures, on observa des sulïocations -iirasres et dos lipothymies (Hallopcau, 1893).
184 OALOMEL
(•ess(! alors le médicamenL pendant plusieurs jours pour le reprendre plus lard si cela est nécessaire. Dès le premier jour, les urines augmcnlcraienL de quantité, et la diurèse s'accuse encore les jours suivants.
Diuréline.
La diui-étine (KnoU) est du salicylate de théobromine. Cette substance paraît troubler les voies digestives; son emploi ne s'est point répandu jusqu'ici. Son action dépend de ses effets sur l'épithélium rénal.
C»loiuel.
Dans des cas graves d'asystolie où les diurétiques habituels ont échoué, on s'est bien trouvé quelque- Ibis du calomel, « diurétique de la dernière heure ». I.J à20 centigrammes répétés deux fois par jour pendant un à deux jours peuvent provoquer, au bout de 24 à 48 heures, une diurèse notable. Son efiet s'expliquerait par une action directe « excito-rénale » sur l'épithélium du rein. Cette médication, en tous cas, ne doit pas être suivie pendant plus de deux jours, à cause des accidents hydrargyriques qu'elle peut produire. J'ai eu rarement l'occasion de recourir au calomel, mais son action m'a toujours paru incertaine.
Enfin parmi les diurétiques susceptibles d'être employés dans le traitement des maladies du cœur nous signalerons encore comjne moyens adjuvants, d'une efficacité moindre en tous cas, les infusions dinréiiqncs de fleurs de (/enêt, de clmndent^ de qmma de cerise^ ù'uva-wsi, de racines de fraisier, etc., dans
CllIMAPDILA 185
lesquelles on pourra ajouter les sels de potasse, nitrate, acétate, àla dose de 2 à 3 grammes par litre, (^n ne devra cependant employer ces derniers qu'avec ménagement, pour éviter l'action nocive des sels potassiques sur la musculature cardiaque.
Cette revue serait incomplète si nous ne signalions le Chimapliîla umbcllata, dont Abet [Bull. de tUrap.^ 1889) a étudié les propriétés diurétiques très puissantes. Cette plante, qu'on rencontre en Russie, en Alsace, en Dauphiné, mais surtout dans l'Amérique du Nord, est désignée par les Américains sous le nom de pip^issetva, et d'herie à pisser par les Canadiens. En Amérique, on utilise surtout la décoction et la macération. Abet préfère l'extrait par épuisement dans l'alcool à 90 degrés, de 300 grammes de rouilles ; voici sa formule :
Extrait mou hydro-alcoolique de chi-
maphila 10 à 15 ^r.
Sirop d'écorces d'oranges amères. ... 23
Rhum 10
Eau 80
A p7-endre dans une journée.
Sur onze cardiaques infiltrés, avec anurie et dyspnée, dix fois le médicament fut couronné de succès; tous les malades urinèrent et chez plusieurs la quantité d'urine dépassa 5 litres en vingt-quatre heures ; les malades prirent le médicament pendant un mois et demi. En résumé, le chimaphila ne produit pas d'effet accumulatif, la diurèse arrive dès le deuxième jour et se maintient jusqu'à disparition complète de l'œdème, puis la quantité redevient normale. Ce médicament, qui d'ailleurs ne paraît pas avoir d'action sur le cœur, serait un diurétique excellent.
SAI'ONINlî