‹ Thérapeutique des maladies du cœur et de l'aorteChapitre 69 sur 112 · TRAITEMENT DES MALADIES MITRALES · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES MALADIES MITRALES

dire ainsi, bref tout ce qui constitue Y asthénie cardiovasculaire (Rigal).

Cette division, encore qu'elle réponde bien au tableau clinique des cardiopathies dans leur longue évolution, a pai'u à certains auteurs un peu artificielle et surtout trop compliquée; aussi a-t-on proposé de diviser les maladies organiques du cœur en maladies compensées et non compensées. Cette division cependant a le tort de n'être point assez précise, car il est bien évident que les malades en hyposystolie et en asystolie, quoique appartenant tous deux au même groupe des cardiaques non compensés, ne sauraient être confondus : le pronostic, les indications thérapeutiques, et le choix des agents médicamenteux n'est point identique dans les deux cas.

Nous considérerons donc, pour l'évolution des maladies organiques du cœur, quatre périodes distinctes, dont nous allons indiquer maintenant le mode général de traitement, en commençant par les maladies mitrales.

Traitement des maladies mitrales d'origine rcceute

Lorsque la lésion valvulaire est à la période aiguë, son traitement se confond avec celui de l'endocardite aiguë; nous renvoyons le lecteur au chapitre (voir page 323) où ce traitement est indiqué.

Il arrive malheureusement trop souvent que malgré le traitement énergique de la période aiguë, la lésion valvulaire se développe et passe à l'état chronique ; d'autres fois l'altération a pris cette forme d'emblée, et le résultat de ces deux processus est la création d'une lésion indélébile de l'appareil mitral. Mais pendant un temps, variable suivant chaque

TnÉHAPEUTIQUlî GÉNÉRALE

individu, mais en général assez long, si la lésion esi créée, la maladie ne l'est point encore, en ce sens que le sujet ne présente pas de troubles apparents, ou tout au moins sérieux, dans sa santé générale. On conçoit donc qu'à cette période, le traitement doit être, par-dessus tout, un traitement hygiénique.

Il convient d'établir de suite que désormais le cœur n'est plus fait que pour une petite besogne. Tous les efforts vigoureux ou prolongés, tous les exercices musculaires intenses et de longue durée, doivent être interdits rigoureusement.

Si le sujet est un enfant, il faut empêcher les jeux violents, les sauts, les courses, les marches prolongées et la plupart des exercices de gymnastique.

S'il s'agit d'un adolescent, il faut proscrire la danse et tous les exercices sportifs, dont on a beaucoup abusé dans ces dernières années, sous prétexte d'entraînement physique (marches forcées,

courses de vitesse, lawn-tennis, foot-ball, bicycle, etc.). L'abus de quelques-uns de ces exercices peut entraîner, chez ceux qui sont en bonne santé, des accidents graves de dilatation cardiaque aiguë avec asystolie transitoire: aussi conçoit-on quelles perturbations sérieuses il pourrait produire sur un cœur déjà malade.

Chez l'adulte, les mêmes recommandations sont de mise, mais ici se présente la question très importante de l'influence des professions sur les maladies du cœur. La fatigue et Teffort soutenu d'une part, dune autre, les émotions fréquemment renouvelées, activent l'évolution fâcheuse des cardiopathies; aussi dès qu'on est consulté sur le choix d'une carrière pour un jeune homme atteint de maladie du cœur, doit-on conseiller, sans hésitation, les professions qui no

TRAITEMIÎNT DES MALADIES MITRALES

réclament que peu de Iravail musculaire, permet lent de rester assis ou de ne faire que des mouvements doux pendant la plus grande partie du temps. Déjà, à propos de l'hi/r/ièm des cardiaques nous avons insisté sur ce point et montré que les cardiaques devaient renoncer aux travaux manuels un peu rudes, de même que, dans un autre ordre d'idées, aux affaires de spéculation et à la finance qui suscitent des émotions vives sans cesse renouvelées. De même l'état militaire, la marine, la profession médicale ne sauraient convenir aux cardiaques.

Parmi les professions manuelles, celles qu'il faut éviter surtout, sont la profession de forgeron, charpentier, maçon, déménageur, porteur aux halles, camionneur, mineur, homme d'équipe, livreur de marchandises, boulanger, facteur, placier, qui exigent de la force musculaire ou des marches prolongées. Il faut renoncer aussi à certains métiers qui exposent au froid humide et par suite au rhumatisme : blanchisseur, teinturier, corroyeur, batelier, etc.

Ces prescriptions d'hygiène seraient insuffisantes, si elles n'étaient appuyées de certaines précautions concernant le régime alimentaire : les sujets, au lieu de faire trois repas copieux, devront de préférence multiplier ceux-ci et les faire peu abondants; les aliments seront choisis parmi ceux dont la digestibilité est facile, pour éviter l'encombrement de l'estomac, et une distension qui retentirait sur le fonctionnement du cœur. On s'exposerait autrement à créer un état dyspeptique souvent fatal aux cardiaques (palpitations, dilatation du cœur droit, asystolie d'origine gastrique, etc.). L'usage habituel de l'alcool est à surveiller : on le permettra seulement,

2i6 ÏIIÉRAPKUTIOUE GÉNÉRALE

SOUS forme de vin, coupé d'eau simple ou laiblemenl minéralisée, aux repas. I n pelil verre de liqueur douce et aromatique, pris immédiatement après le principal repas, peut être toléré de loin en loin; quant aux spiritueux ou aux boissons alcooliques soi-disant apéritives, leur proscription est absolue. On ne permettra qu'à titre d'exception les infusions stimulantes de café, de thé, de maté, etc., leur action étant nuisible au cœur (palpitations); quant au tabac, il est interdit sans exception aucune. La régularité des garde-robes est encore un point sur lequel doivent veiller les malades; l'usage des laxatifs répondra à cette indication. Les cardiaques devront séjourner le moins souvent possible dans les lieux surcliaufi'és et mal aérés, tels que les salles de théâtre, de bal, de concert, car nous avons montré l'influence mauvaise de la chaleur sur les cardiopathies.

Tels sont, en résumé, les préceptes généraux du traitement essentiellement hygiénique, auquel doit se soumettre le malade atteint d'afl'ection mitrale d'origine récente; il complétera le traitement par un genre de vie réglé et méthodique, à l'abri des émotions morales, autant que faire se peut, en évitant les veilles prolongées et les excitations passionnelles que produisent le jeu et certains spectacles trop émouvants, cirques, ménageries, théâtre de drame, etc., en un mot toutce qui surexcite le cœur.

Traitement des maladies mitrales compensées

{hypersystolie)

La délimitation rigoureuse entre cette période el la précédente est chose difTicile : elle en est cepen-

IIYPERSYSTOLIE 247

danl la suite nécessaire, obligée pour ainsi dire. La période de compensation est l'expression d'un complexus pathologique déjà plus avancé; ce qui domine toutes ses manifestations pathologiques, c'est la dilatation hypertrophique du muscle cardiaque. Ici comme précédemment, le traitement sera purement hygiénique, et les agents médicamenteux n'y occupent qu'une place secondaire. Je ne reviendrai pas sur l'influence des professions, sur la réglementation du régime alimentaire, pas plus que sur les autres principes d'hygiène générale que nous avons rappelés précédemment; qu'on sache seulement que leur importance est au moins aussi grande à cette période que dans la précédente ; je ne veux insister seulement que sur quelques points particuliers.

Jusqu'au siècle dernier, suivant l'inspiration de Sénac, de Valsalva et de Corvisart, on s'attachait à traiter l'hypertrophie du cœur; la diète sévère était l'élément capital du traitement. Cette pratique était mauvaise et ne contribuait pas peu à hâter l'afl'aiblissement du myocarde. Aujourd'hui, au contraire, la thérapeutique des cardiaques s'efforce de conserver, puis de relever les forces du malade, dont il aura tant besoin dans l'avenir pour lutter contre le mauvais fonctionnement du cœur. Le régime alimentaire, loin d'être débilitant, sera donc substantiel et réparateur. Tout en évitant la fatigue et les longues courses, on permettra la marche, la promenade, quelques occupations manuelles peu fatigantes, et même quelques exercices appropriés. Par ces moyens, on tiendra l'appétit en éveil, et on évitera l'obésité qui succéderait h un long repos.

Cependant, malgré le traitement le plus rationnel, il arrive assez fréquemment, surtout à la suite d'un

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manquement aux prescriptions hygiéniques indiquées (écart de régime, tabac, surmenage, émotions vives, etc.), il arrive, disons-nous, que le cœur pré- (Sente un peu d'excitation passagère : le malade sent son cu'ur battre dans la poitrine, il éprouve une oppression inaccoutumée, ou quelques poussées congestives vei's la tôle, le teint est plus animé, la face est le siège de boufïees de chaleur, il y a de la céphalalgie, des battements dans les tempes, des bourdonnements d'oreille, et quelques épistaxis peuvent survenir; l'examen direct montre alors un choc énergique, violent, de la pointe du cœur, et des battements tumultueux. C'est alors qu'il faut recourir à un sédatif du cœur comme le bromure de potassium ou de sodium, à la dose quotidienne de 2 à 4 grammes à prendre pendant 5 à 6 jours consécutifs, puis cesser, et le reprendre de temps à autre pendant quelques jours si cela est nécessaire.

Chez les névropathes invétérés ou chez les malades dont le système nerveux a été momentanément ébranlé (émotions vives, par exemple), on aura recours, de préférence, aux antispasmodiques : l'éther, la valériane (poudre, extrait, teinture), ou mieux, au valérianate d'ammoniaque (1 gramme dans une potion édulcorée de loO grammes; chaque cuiller à soupe représente 10 centigrammes de sel; on en donnera de deux à trois par jour). On prescrira encore le valérianate d'ammoniaque cristallisé, en pilules de ri centigrammes à la dose de deux à trois, ou la solution de Pierlot, à la dose de deux à trois cuillerées à café par jour dans un peu d'eau, ou d'infusion de tilleul et de feuilles d'oranger au moment des repas. La digitale ne trouve pas, dans ce cas, son indication

HYPERSYSTOLIK 2-49

réelle, car il n'y a point à agir ici sur: les œdèmes, sur l'arythmie cardiaque, ou pour provoquer une diurèse évacuatrice; cependant, elle peut encore rendre service pour ralentir les mouvements cardiaques et en modérer l'éréthisme. On la donnera à la dose de 32 gouttes (10 centigrammes de poudre de feuilles), durant 4 à 5 jours au plus, pour éviter l'effet accumulatif et les troubles digestifs. La digitaline cliloroformique de Homolle et Quévenne peut trouver également son emploi à la dose d'un granule de 1 milligramme durant 3 à 4 jours au plus, mais, nous le répétons, ce sont les sédatifs et les nervins tels que les bromures, la valériane et ses composés, dont U faut attendre le meilleur résultat. Le traitement sera complété par le repos, un régime alimentaire doux, la proscription du thé, du café et du tabac. Il est indispensable de veiller également à la régularité des garde-robes, par des lavements laxatifs, des purgatifs légers : rhubarbe, podophyllin, evonymine, etc., et même à des intervalles plus ou moins éloignés, quelques verres d'eaux minérales de Montmirail, Pullna, Hunyadi-Janos, etc.

Dans d'autres circonstances, le malade présente • concurremment des signes évidents d'anémie, ce qu'on observe tout particulièrement dans le rétrécissement mitral pur des jeunes femmes, lequel est bien plutôt une maladie d'évolution qu'une cardiopathie organique proprement dite. On recommandera l'emploi quotidien des toniques, des amers, comme . le quinquina, sous forme d'extrait mou en pilules, ou I de macération aqueuse d'écorces, préférablement au ' vin, souvent excitant et pouvant faire naître des gas- I tralgies. Le fer, vanté surtout par Scott Alison [De i Vemfl. des ferrufjin. notam. dans le trait, des affeot. or-

!2uU TllliltAPJiUTlQUli GÉiNKHALL;

{icmiq. ducœur, 1851), peut 6lre utile dans le même cas, mais on sait, d'au Ire part, que les préparations martiales peuvent produire des accidents congestils. On ne prescrira donc le fer que dans des conditions bien déterminées, et encore avec les plus grandes précautions. Mais on fera mieux encore de s'en abstenir dans les maladies milrales véritables (d'origine rhumatismale) qui prédisposent plutôt aux congestions qu'à l'anémie. C'est pourquoi il a paru préférable à certains auteurs de substituer au fer, l'arsenic, qui, outre une action tonique sur le cœur, stimule les fonctions générales, active l'appétit, et par cela même diminue les désordres anémiques. Il ne faut pas oublier cependant que certains malades supportent mal ce médicament qui produit chez eux des troubles digestifs, notamment la diarrhée. Dans le même ordre d'idées, et aussi dans le but de retarder l'évolution de la cardiopathie mitrale vers l'hyposystolie, on a conseillé l'hydrothérapie. On a- prétendu que ce moyen était très favorable aux cardiaques anémiés avec grand abattement des forces, palpitalions, oppression, et Hirtz déclare avoir fait disparaître en six semaines tous les accidents secondaires, dans un cas d'insutlisance mitrale, par l'usage des douches froides journalières d'une demi-minute de durée. L'hydrothérapie est un moyen très efficace, mais très énergique, et déjà, nous avons dit (voir p. 222) qu'il faut, dans son emploi, les précautions les plus minutieuses. C'est qu'en effet on expose le malade à un double danger : ou bien on exagère, par un exercice trop actif, la réaction nécessaire qui favorise les bons effets de l'hydrothérapie, et alors on augmente l'excitabilité cardiaque, ou bien la réaction est insuffisante et l'action du froid humide peut pro-

UYPOS.YSTOLIE

duire une poussée rhumatismale désastreuse pour le cœur (Potain).

Lorsque l'éréthisme cardiaque sera calmé, on cessera tout médicament, puis on soumettra le malade durant plusieurs mois à la médication iodurée, l'iodure de sodium de préférence, parce qu'il est mieux supporté par l'estomac. On le prescrira à la dose de 60 centigrammes par jour, pi'is en deux fois, immédiatement avant chaque repas, dans un peu d'infusion de tilleul ou de feuilles d'oranger, ou suivant l'un des moyens que nous avons indiqués. Le traitement sera suivi pendant trois semaines par mois, interrompues par dix jours de repos, et cela durant plusieurs mois consécutifs, en tenant compte de la tolérance de l'estomac.

Cette médication a pour but de favoriser la résolution des épaississements et des indurations valvulaires; en fait, elle est trop souvent insuffisante, on devra toutefois ne pas perdre espoir et se rappeler que Potain a vu des lésions valvulaires, en apparence fort graves et consécutives à un rhumatisme articulaire aigu, disparaître sous l'influence de cette médication.

Traitement des maladies mitrales en liyposystolie

Cel[e période troublée des maladies mitrales [dyssystolie; Fernet) est caractérisée par la rupture des phénomènes de compensation qui assuraient jusqu'alors au malade une santé relativement bonne. Elle se montre à une époque variable, suivant l'apparition plus ou moins rapide de l'insuffisance du myocarde et de l'asthénie du système vasculaire (Rigal), suivant la résistance des divers organes et l'état de

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lonicilô de leur réseau capillaire, enfin suivant les condilions générales d'iiygiène et de régime propres à chaque malade (And. Petit). Ainsi que l'a monti-é Stokes, les accidents de cette période ont une évolution relativement indépendante du degré de la lésion oriflcielle ou valvulaire, qui leur a donné naissance;. Les troubles fonctionnelsysontnombreiix, mais transitoires : à de certaines périodes, sous l'iniluence de causes diverses ayant surmené le cœur, celui-ci, l'atigué de la lutte qu'il soutient depuis longtemps, finit par fléchir, il y a de la faiblesse et de l'arythmie dans ses contractions, et la petite circulation ne tarde guère à s'entraver; plus lard la gène s'étend à toute la circulation de retour, d'où des stases, des œdèmes périphériques, et des congestions viscérales, plus ou moins persistantes.

Le plus souvent sous l'influence du repos complet, du régime lacté et d'une médication appropriée où la digitale joue le rôle prépondérant, ces véritables petites attaques d'asystolie passagère, sont enrayées pour un temps plus ou moins long, le malade reprend un état de santé apparent, et les choses dureront ainsi d'autant plus longtemps que le sujet ménagera mieux son cœur. Peu à peu cependant et après une série d'attaques analogues à celles que nous venons de décrire, le cœur cède définitivement, il y a asystolie complète, et le malade entre dans la période ultime des maladies mitrales.

Pendant cette période d'hyposystolie, la médication ne s'éloigne pas sensiblement de celle qui ccnviendra plus tard dans l'asystolie finale ; aussi pour éviter les redites inutiles, nous confondrons son étude avec celle du traitement de l'asystolie auquel nous arrivons maintenant.

ASYSTOLIE

Traitement des maladie!* mitrales à la période asystolique.

( Traitement de VasystoUe)

Celte péi'iode est caractérisée, en premier lieu, par un aflaiblissement considérable de la force conti'actile du cœur, manil'estée cliniquement par une faiblesse et une arythmie des bruits cardiaques, par de la stase veineuse et de l'œdèmepériphérique, des hydropisies des séreuses, des congestions vers les principaux viscères : poumon, foie, rein, cerveau, de la rareté des urines et d'une façon générale par l'affaiblissement de la pression artérielle et l'augmentation de la tension veineuse.

Les conséquences de ces troubles complexes sont nombreuses et échappent à toute description régulière ; c'est qu'en effet chaque malade fait son asystolie à sa manière, si l'on peut dire ainsi ! Chaque organe lutte isolément suivant que son état d'intégrité ou de maladie antérieur augmente ou diminue sa résistance. Chez les alcooliques par exemple, les accidents de congestion et de stase veineuse commenceront de préférence par le foie, d'où ascite précoce avant que l'œdème des membres inférieurs et que les complications vers le poumon et le rein se soient manifestées. De même les bronchitiques, les emphysémateux, commenceront plus volontiers leur asyslolie par le poumon. De là, ces différences si grandes "utre les malades, les manifestations viscérales, indépendantes les unes des autres, présentant une répartition variable qui en fait de véritables asystolies locales. On conçoit cependant qu'on ne puisse étudier

'i.ji TltAlTliMli.NT Kl'; l'aSVSTOLIK

les indications lliérapouLiqucs que comportent les accidents asystoliqucs de chaque organe en pai'ticuiier ; il est préférable de les grouper en plusieurs classes; nous aurons donc dans le traitement «le l'asystolie à étudier les moyens thérapeuticpies ii employer contre :

Les troubles cardio-vasculaires,

Les hydropisies (œdème du tissu cellulaire souscutané, ascile, hydrotliorax, etc.,

Les congestions viscérales (poumon, foie, reins, cerveau),

Les accidents dyspnéiques.

Les troubles digestifs,

Les troubles nerveux.

a) Traïtéinenl du cœur asystolîque.

Les troubles cardiaques se décèlent par des signes variables : faiblesse des bruits, impulsion delà pointe imperceptible, battements tumultueux, désordonnés, avec arythmie (intermittences, irrégularités, etc.). Lp médicament par excellence de cette faiblesse arythmique est la digitale; son emploi est ici formellement indiqué. Or nous avons précédemment étudié, avec de longs détails, les indications de la digitale, son action thérapeutique et ses différents modes d'emploi (voir p. 89), le lecteur voudra bien se reporter à ce chapitre où il trouvera tous les renseignements nécessaires sur ce sujet. Il suffira de dire ici que le malade doit garder d'abord le repos absolu, condition nécessaire à la réussite du traitement ; il prendra ensuite un purgatif salin, pour débarrasser les voies digestives, puis sera soumis a la digitale sous l'une des formes indiquées précédera-

COEUR ASYSTOLIQUE •iO->

ment. On choisira de préférence l'infusion ou la macération de poudre de feuilles à la dose de 25 à 40 centigrammes par jour, édulcorées d'un sirop diurétique (sirop des cinq racines, sirop d'uva-ursi, etc.) prises en deux fois, surtout le matin à jeun. I.o médicament sera prescrit durant 4 à 6 jours au plus, à cause de ses effets accumulatifs et des troubles digestifs qu'il peut produire. Au bout de quelques jours de repos durant lesquels, d'ailleurs, l'action digitalique continue à se faire sentir, le médicament pourra être repris, s'il y a lieu. Pour éviter les troubles digestifs, ouïes accidents d'intolérance, quelques médecins conseillent de prescrire la digitale à dose décroissante durant 5 à 0 jours, ou préfèrent encore recourir èila digitaline suivant le conseil de Potain, On donnera par exemple, un matin, et en une seule fois, dans une tasse d'infusion diurétique ou simplement aromatique : 50 gouttes d'une solution alcoolique de digitaline cristallisée au millième, qui représentent un milligramme de digitaline cristallisée. On se contente de cette dose vmique; ou bien encore, on donne le lendemain 25 gouttes seulement de cette solution, puis on cesse durant 4 à 5 jours, pour revenir à la médication quelques jours après, s'il y a indication. La teinture alcoolique (55 gouttes d'emblée, c'est-à-dire 1 gramme de teinture équivalant à 17 centigrammes environ de poudre de feuilles) pourra également être choisie, quoique son action soit plus lente. Durant tout le' temps du traitement digitalique, le malade restera soumis au régime lacté absolu. Après suppression de la digitale, on pourra, s'il y a lieu, continuer son action diurétique en prescrivant durant quelques jours le Vin diurétique de la Charité qui ne

ASYSTOLII',

conlient pas de diKiliile, puis, après suppression de celui-ci, l'action loni(jue de la digitale sera lieui-eusenieiit complétée [)ar le slropliantiis durant une quinzaine de jours consécutifs. Ainsi réglé, le Irailemenl de l'a^ysLolie m'a donné des succès nombreux.

Lorsque, dès le début même, la digitale est mal tolérée, ou que, pour d'autres raisons, on ne peut avoir recoursàelle, le cœur asyslolique peut encore être modifié d'une façon heureuse par d'autres médicaments (cardiaques, dont nous avons également étudié les effets thérapeutiques. L'extrait de strophaiilus, à la dose de deux granules d'un milligramme chaque, le premier jour, puis à celle de trois à quatre durant les dix ou douze jours qui suivent, est un médicament précieux, qui se rapproche de la digitale, mais dont on n'a pas à craindre les effets accumulatifs. Le sulfate de spartéine (ij à 10 centigrammes par jour: relève le pouls et l'action du myocarde ; le muguet peut être aussi d'un bon emploi (extrait aqueux surtout), mais il faut bien reconnaître que la digitale reste encore le médicament, par excellence, de I hyposystolie et des états asystoliques, le seul qui ne donne point de déboires si on sait bien l'employer.

Dans la période avancée de Fasystolie, l'arythmie cardio-vasculaire est complète, les contractions du cœur sont très affaiblies (cardioplégie), le pouls est petit, misérable, l'indllration (œdémateuse des extrémités est considérable, il y a des plaques marbrées et de la cyanose des pieds, des mains; les joues, les lèvres sont violacées, le refroidissement l)ériphérique intense et le malade présente des tendances aux défaillances, aux lipothymies, etc. 11 s'agit alors de ranimer vivement et énergiquemcnt

cœini . ASYSTOLiQUE 257

le cœur et le système vasculaire, et pour cela il faut i\>courir aux cordiaux et aux stimulants. Loin de proscrire l'alcool, comme au début et pendant la période compensée, il faut le faire intervenir : on prescrira les vins de Porto, de Malaga, de Xérès, de Baiiyuls, l'élixir de Garus, ou plus simplement le cognac sous forme de grogs, les potions cordiales au vin rouge, au rhum, additionnées de teinturedecannelle, d'acétate d'ammoniaque et de liqueur d'Hoffmann. On peut s'adresser encore à certains cordiaux populaires, composés de vin blanc, de cannelle, d'écorce de citron, de clou de gii'otle et de sucre, qui se boivent chauds, et sont véritablement des stimulants très actifs. De môme on peut employer aussi les alcoolats aromatiques, désignés sous le nom de stimulants dilïusii)les, tels que l'alcoolat de menthe, de mélisse, etc. L'éther, qui stimule la circulation avec tant d'énergie, sera recommandé sous forme de sirop (trois à cinq cuillerées à soupe par jour) de perles de gélatine renfermant chacune deux gouttes, ou plus simplement èi la dose de dix à vingt gouttes dans une potion sucrée et aromatisée ; le café torréfié en infusion ou, mieux encoi-e, sous forme d'injections hypodermiques est encore un agent d'une grande énergie, à employer en pareil cas.

On se trouvera bien encore de prescrire les dififérentes préparations à base de kola, qui agit à la fois comme tonique du cœur et comme tonique général (Combemale. Bullet. tJièrap.^ 1892). On pourrait prescrire, par exemple, trois à quatre cuillerées à soupe par jour d'un vin généreux : Mâlaga, Marsala, Fronlignan, etc., dans lequel on ajoutera 20 à 30 grammes (par litre) de teinture de kola, de teinture de coca, et 6à8 grammes d'extrait monde quinquina; le tout

io8 ASYSTOUE

serait édulcoré avec du sirop de framboise, cerise, s^roseille, etc. On le prendrail coupé d'un peu d'eau.

Mais de tous ces moyens, les meilleurs et les plus énergiques de tous sont la sparléine et surtout la caféine qui offre une puissante ressource, alors que le muscle dégénéré a cessé de répondre aux toniques du cœur, et en particulier ii la digitale. Mais si l'on veut obtenir une action efficace, c'est à dose élevée qu'il faut prescrire la caféine (la caféine pure, préférablementaux sels de caféine), à la dose de 1 gramme. I gr. 20 même, dans les cas urgents, soit par la voie stomacale, dans une potion gommeuse, ou mieux, sous forme d'injections sous-cutanées dont nous avons indiqué les meilleures formules (voir page 114;.

Trailement des hydroplsics.

Un des premiers effets des cardiopathies en asystolie est de produire des hydropisies dans le tissu cellulaire (œdème des membres inférieurs surtout et des parois abdominales) et dans les cavités séreuses : ascite, hydrothorax. 11 importe cependant de remar- ([uer que le développement des hydropisies n'est point nécessairement un signe d'asystolie et dépend plutôt des obstacles mécaniques apportés à la circulation générale que de l'état de déchéance du myocarde ; inversement, il peut y avoir un affaiblissement considérable du cœur sans hydropisie marquée. Cependant la persistance de celle-ci indique forcément qu'à la longue, le muscle cardiaque est profondément altéré et les vaisseaux dans un état d'asthénie manifeste.

Pour faire disparaître ces épanchements, nous avons trois voies à notre disposition : le rein. Tintes-

TRAITEMENT DES llYDROPISIES

lin et la peau ; c'est donc aux diurétiques, aux purgatifs et à certains moyens d'excitation ou "de décharge cutanée que nous allons recourir.

Diurétiques. — C'est encore à la digitale qu'il faut s'adresser en premier lieu; son action diurétique est considérable. Dans ce but le médicament est presque toujours prescrit sous la foi*me liquide ; les meilleures préparations sont l'infusion et la macération. Dans les cas urgents, on aura recours à l'infusion qui peut être préparée sur-le-champ ; la macél ation, au contraire, demande au moins douze heures de préparation : quoi qu'il en soit, ces tisanes, données à la dose de 25 à 40 centigrammes suivant la méthode indiquée, produisent une diurèse abondante qui va persister encore trois ou quatre jours après la cessation du médicament. Pour continuer l'action diurétique, on pourra alors, après la cessation de la digitale, prescrire, ainsi que je l'ai dit déjà, l'extrait de muguet à la dose d'un gramme par' Jour, durant une huitaine, ou mieux l'extrait de strophantus, après avoir fait prendre durant trois à quatre jours deux ou trois cuillerées à soupe de Vin diurétique amer de la Charité (qui ne renferme point de digitale).

On a prétendu, et plusieurs auteurs soutiennent pucore, que si on veut obtenir la diurèse il faut s'adresser à la macération, de préférence à toute autre préparation digilalique, et en tout cas donner la préférence à la digitale sur la digitaline. Potain n'est point de cet avis ; il a montré que l'infiltration œdémateuse est la condition qui règle la polyurie digilalique. Pour lui, la préparation de digitale employée ne serait que secondaire, et chez les malades infiltrés on obtiendra toujours une diurèse identique, à la

ASYSTOLIE

condition que la dose du médicament soit la même et ingérée dans le même laps de temps. Quant au choix à faire entre la digitale et la digitaline, cette dernière semble maintenant avoir été adoptée par la majorité des médecins. On a vu ainsi, chez les asyslolirjucs avec œdème, l'administration de 1 milligramme de digitaline chloroibrmique de IlomoUe et Quévenno produire une diurèse tout aussi abondante que la digitale. Potain, depuis quelques années déjà, recommande tout spécialement la solution alcoolique de digitaline cristallisée au millième, à la dose do cinquante gouttes, prise en deux fois le matin, à jeun.

Chez certains malades dont l'infiltration œdémateuse énorme ai)roduit une sorte de sclérème éléphanliasique,il arrive que la digitale ne produit aucun etlet diurétique. Dans ce cas, les vaisseaux distendus par la stase sanguine considérable ont perdu toute contractilité, et restent dans une sorte d'état paralytique ; d'autre part, les lymphatiques comppimés par cette énorme infiltration ne peuvent plus accomplir leur travail de résorption. En pareille circonstance, il peut être utile de pratiquer une déplétion séreuse, en faisant sur les membres infiltrés quelques mouchetures avec une aiguille aseptique ou avec la pointe du thermocautère. D'autres fois, quand cette intiltralion énorme accompagnée de cyanose indique une surcharge considérable du système veineux, une saignée préalable aura le meilleur résultat : elle diminuera la réplétion vasculaire, et les vaisseaux soulagés reprendront leur contractilité ; c'est alors seulement que la digitale agira avec toute sa puissance diurétique.

La scille est un diurétique d'une puissance moindre ;

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