DYSPEPSIE DES CARDIAQUES
îillérée en quantité et en qualité; plus lard la molncité elle-même de l'estomac peut être atteinte, cl cet état favorise un certain degré de dilatation stomacale consécutive. Les altérations analomiques qui résultent de cet état, et sur lesquelles nous ne pouvons insister ici, se résument en des lésions d'ordre congestif : dilatation capillaire, pointillé ecchymotique, érosions hémorrhagiquesetquelquelVjis un début de travail scléreux dans les parois des capillaires et des veines.
Les troubles fonctionnels engendrés par ces altérations sont complexes (Muller, De la dyspepsie canl . , th. Paris, 1886; Hautecœur, Etucl. surles troubl. et les lés, de Vestom. chez les card., th. Paris, n" 187, 189J ). L'anorexie est variable, mais les digestions sont laborieuses surtout pour la viande ; il y a des pesanleursà l'épigastre, de la distension gazeuse, rarement des vomissements et plus rarement encore des hématémèses. On note encore de la constipation, el quelquefois, surtout chez les malades aortiques, des crises d'épigastralgie et d'entéralgie. De plus, on observe encore une perturbation dans le chimisme sldmacal : d'après Hiiffler, il y aurait diminution de l'acide chloi'hydrique dans le suc gastrique.
Pour lutter contre cette dyspepsie des cardiaques, il faut chercher d'abord à régulariser le fonctionnement du cœur, et par suite celui de l'estomac. Pendant la période de rupture de compensation et de stase viscérale avec œdème périphérique, la digitale serait évidemment indiquée, mais, vu l'état de l'estomac, elle court grand risque de n'être point tolérée. On essaiera néanmoins la macération, les boissons froides étant généralement mieux supportées ; elle sera donnée de préférence par cuillerée, en la
DYSPlil'SlE DES CARDIAQUES 309
faisant précéder au besoin d'un peu de glace ; on allernera avec la potion de Rivière. Les purgatifs sont absolument indiqués, et seront employés avant l'administration de la digitale, facilitant ainsi la tolérance gastrique. Un peu plus tard, contre l'hypochlorliydrie, on prescrira l'acide chlorhydrique officinal, à la dose de quelques gouttes dans l'eau ; on pourrait formuler : eau distillée 200 grammes, acide chlorhydrique 2 grammes (une à deux cuillerées à soupe dans un demi-verre d'eau, en deux ibis après le repas). Chez d'autres malades, l'acide peut être incorporé dans une limonade, ou dans une potion au sirop de limon par exemple.
A vrai dire, FJiypochlorhydrie n'est pas absolue ; je l'ai souvent cherchée en vain, et dans d'autres circonstances il semble au contraire que ce soitl'hyperchlorhydrie qui domine ; dans ce cas on aura recours au bicarbonate de soude, non à doses massives comme on le fait souvent, mais à doses petites et répétées.
La gastralgie sera combattue par l'opium, surtout sous forme de laudanum, par le chlorhydrate de morphine, en solution telle que les gouttes blanches de Lrallard (chlorhydrate de morphine, 10 centigrammes, eau de laurier-cerise, 5 grammes; une à deux gouttes au commencement de chaque repas) ; par l'eau chloroformée saturée, additionnée de 1 à 2 centigrammes de chlorhydrate de cocaïne ; les gouttes noires anglaises (vinaigre d'opium), deux à trois gouttes dans un peu d'eau. L'inappétence cédera devant l'emploi des amers, colombo, gentiane, quassia amara, associés ou non à la noix vomique. Le régime lacté sera prescrit, de préférence à tout autre ; on en rendra la digestion plus facile, en le faisant suivre d'une petite quantité de pancréatine, après chaque
SAIGNKK
lasse. Plus lard viendront les laitages, les œufs, les légumes, les herbes el les salades cuites. L'usage de la viande ne sera permis que lardiA^ement, et encommençanlloujours par des viandes blanches très cuites.
Des éuiiiHsioiis sanguinni^ (kans le Iraiteincnl des maladies du cœur.
Dans la longue évolution des cardiopathies, les hypérémies el les accidents congestifs envahissent, simultanément ou isolément, laplupart des viscères : c'est pourquoi, en vue de diminuer ce trop-plein vasculaire, les cliniciens se sont adressés, de tout lem[ts, aux saignées générales ou locales.
Saignée.
Pendant longtemps la méthode des sahinécx n été prùnée et appliquée avec excès, puis, par suite d'une réaction inévitable, est tombée dans un discrédit immérité. 11 importe maintenant, pour nous, de rendre à la saignée la place qu'elle mérite — ni trop ni trop peu — et d'établir les ressources véritables qu'elle nous offre dans le traitement des maladies du cœur. Pour cela, rappelons d'abord brièvement les effets généraux de la saignée générale, quoique l'accord ne soit pas fait à ce sujet sur tous les points. Le premier effet de la saignée est de produire une déplétion considérable du système veineux dont elle diminue la tension, et comme corollaire, d'augmenter la tension artérielle (Raynaud . .Au contraire, d'après Vinay et Arloing, la saignée veineuse produirait indirectement une décharge considérable des vaisseaux artériels correspondants, dont elle abaisserait la tension. Ce qu'il y a de cer-
INDICATIONS m l.A SAIGNÉE 311"
tain, c'est que la saignée produit une déplétion générale de tout l'appareil circulatoire, en donnant issue à cette surabondance de liquide sanguin qui encombre les vaisseaux congestionnés. En diminuant ainsi la masse du liquide en circulation, elle favorise le travail du cœur : après la saignée, le pouls s'accélère et augmente d'amplitude. Entin, la saignée produit encore des changements dans la constitution du sang, vicié par les produits excrémentitiels dont il n'a pu se délivrer ; elle amène ainsi des moditi cations importantes dans la nutrition générale.
Indications de la saignée dans les maladies du cœur.
Affections aiguës. — Corvisart et Bouillaud surtout ont beaucoup vanté l'emploi de la saignée dans la péricardite et l'endocardite aiguë; Hope la croyait très utile au début. Cependant, sur les conseils de <}endrin,de Friedreich et de Stokes,elle n'apas tardé il tomber dans l'oubli. Peter la réserve seulement pour les individus vigoureux, et lui préfère presque toujours- une saignée locale sous forme de ventouses scarifiées ou même de sangsues sur la région précordiale, dans les cas franchement fébriles, avecéréthisme cardiaque.
Affections valvulaires chroniques. — La saignée .ne lire point son indication de la localisation partimeulière de la maladie vers tel orifice particulier, mais .de la période spéciale à laquelle est parvenue l'affection cardiaque. Dans le stade d'hypersystolie, il •existe fréquemment des signes d'éréthisme du cœur : la face est rouge, l'œil brillant et injecté, le malade «e plaint de mal de tête, de vertiges, de bourdonnements d'oreille ; dans le but de calmer ces accidents