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II. — TROUBLES FONCTIONNELS

Traitemeut des palpitations.

Les palpitations cardiaques ne sauraient être coufondues, ainsi qu'on le fait trop souvent, avec la tachycardie. Ce qui caractérise cette dernière, c'est l'accélération pure et simple des battements du cœur; mais cette accélération, même accompagnée d'augmentation de l'énergie des battements ou d'irrégularité de leur rythme, ne suffit pas à caractériser les palpitations. Ces dernières exigent que les battements du cœur soient perçus par le malade luimême, et éveillent chez lui une sensation pénible ou même douloureuse. Les causes qui peuvent produire des palpitations sont extrêmement nombreuses et des plus variées; celles-ci, au point de vue étiolo-

l'AM'ITATIONS

f^ique, oui. (Hé (Jivi.sé(!S en palpilalioiis syinplomali- ([ues et en palpilaLions essentielles ou inoi-ganiques.

Lcii palpitations .si/mpiomatiqim sont liées auxafleclions organi(|ues du cojur ou de l'aorte. On les observe à lasnil(î de la périoardite et de la symphyse cardiaque, dans les (indocardites et dans le cours des affections valvulaires ou orilicielles chroniques, dans les myocardites aiguës infectieuses des fièvres éruptives, de la dothiénenlérie, de la septicémie, dans les myocardites chi-(»ni(iues (goutteux, dial>éli(]ues), ainsi ([ue dans certain(;s malformations congénitales. On les rencontre encore dans certaines afleclions aortiques, telles que les anévrysmeS) enfin dans le cours . de l'angine de poitrine.

Contre ces palpitations, la thérapeutique sera ccllf qui convient aux cardiopathies organiques. Nous l'avons étudiée déjà avec tous les développements nécessaires.

Les païpifations essentielles (Tnt des origines très variées. Chez l'enfant, elles peuvent être produites par la présence de vers intestinaux; chez l'adolescent, elles sont la conséquence de la puberté et de l'hypertrophie dite de croissance, ou encore des habitudes d'onanisme ; chez les jeunes filles et les femmes, on les observe dans la chlorose, à l'instauration des règles, aux époques menstruelles et à la ménopause; elles peuvent être encore la conséquence de mélrorrhagies et d'affections utérines chroniques; chez l'adulte enfin, elles sont, le plus souvent, causées par une hygiène ou une alimentation défectueuse, et les plus fréquentes de toutes sont les palpitalioiis des dyspeptiques et des fameurs.

Les pal2ntations des dyspeptûjues, parfois très violentes, surviennent principalemeni après les repas

.1 saccompagnenL assez souvent de pesanteur a I estomac, de flatulence, de renvois gazeux; elles coïncident ou alternent assez souvent avec d'autres phénomènes réflexes, tels his bouflëes de chaUmr au visage, la rougeur des pommettes, les vertiges, la rcphalalgie, et mCune des troubles visuels passagers. Mais il s'en faut de beaucoup que tous ces troubles morbides se manifestent toujours avec netteté, et souvent les malados n'ont à se plaindre que de palpitations et viennent consulter le médecin, parce (lu'ils se croient atteints d'une maladie du cœur. Un oxamen attentif fait découvrir à celui-ci que les malades souffrent de l'estomac et ont depuis longtemps (les digestions laborieuses sans qu'ils aient cependant songé, le plus souvent, à les signaler d'eux-mêmes au médecin. Aussi, est-ce avec une certaine peine qu'on arrive à convaincre' les patients qu'ils n'ont point d'affection cardiaque et que leurs palpitations sont liées au mauvais état des voies digestives; c'est donc, chez eux, l'estomac et non le cœur qu'il faut soigner. Chez ces malades, faux cardiaques et vrais dyspeptiques, il existerait, d'après Bucquoy (1890), un signe important et mal connu jusqu'ici qui permettrait de faire le diagnostic instantanément, pour ainsi dire. Si on appuie fortement avec un doigt, pouce ou index, au niveau de la région précordiale, on rencontre, en général, dans le quatrième espace intercostal gauche, un point souvent très douloureux dont la pression arrache un cri au malade : c'est le .< point précordial des dyspeptiques ».

Les fumeurs sont sujets également à des palpitalions fréquentes; mais il existe, sur ce point, des différences fort grandes entre chaque individu; des fumeurs invétérés pourront ressentirai peine quelques

palpitations, qui soroni, au contrairo, très marqu<''('s chez d'autres personnes ne faisant du tabac qu'un usage fort ordinaire. D'ailleurs, ce n'est point seulement par la fumée qu'on s'intoxique; les priseurs cl les cluqueursde tabac sont exposés aux mêmes accidents que les fumeurs; bien plus, les palpitations se rencontrent également chez les personnes qui vivent avec les fumeurs dans des espaces confinés : cafés, cercles, estaminets, ou qui manipulent la planic elle-même, dans les manufactures, pour lui faire prendre les formes diverses sons lesquelles le la bac est livré à la consommation.

En dehors de ces causes habituelles de palpitai chez l'adulte, signalons encore les palpitations qui surviennent à la suite d'excès de thé, de café, et dans un autre ordre, celles qui suivent les accès génésiques. Puis viennent les causes générales; dans le domaine du système nerveux : le nervosisme qui esl souvent héréditaire, l'hystérie vraie, l'hypocondrie et la lypémanie, la maladie deBasedow, les émotions vives, la colère, et certaines lésions médullaires ou, plus exactement, bulbaires intéressant les nerfs pneumogastriques. Du côté des voies digestives : une crise de colique hépatique, la présence d"un ténia, sont quelquefois suivies de palpitations; signalons encore des palpitations réflexes qui accompagnent la tuberculose pulmonaire à son début.

A cette multiplicité de causes de palpitations, correspond nécessairement la multiplicité des moyens thérapeutiques; cependant, avant d'entrer dans le détail, rajipelons que, lorsqu'il s'agira de traiter un malade atteint de palpitations, on ne doit pas oublier que la digitale dont on use souvent sans mesure, ne peut être réellement -utile dans les palpitations de

nature organique qu'à la période Iroublée ou clans l'asystolie; quant aux palpitations essentielles, la digitale n'a sur elles aucune action appréciable; bien plus, elle peut même les aggraver en produisant des troubles digestifs graves, (^t augmenter la dyspepsie, cause fréquente de ces palpitations.

En supprimant l'usage du tabac, du thé, du café, on fait disparaître les palpitations d'ordre toxique ; de môme, l'hydrothérapie, les préparations ferrugineuses, les toniques, le quinquina, calmeront l'excitation cardiaque des chlorotiques. Quant aux palpitations d'origine génitale, on y mettra fin en facilitant l'évolution des menstrues au moment de leur apparition, à la puberté, et en surveillant les troubles complexes de la ménopause; de même, la guérison d'une affection utérine, la modération dans les rapports sexuels, la cessation des habitudes d'onanisme ramèneront le calme et Ja régularité dans les contractions cardiaques.

La tuberculose au début, la lithiase biliaire, causes de palpitations, nécessitent des soins particuliers que nous n'avons pas à indiquer ici.

Quant aux palpitations nerveuses, la médication qui leur convient est plus compliquée; elle comprend les nervins, les antispasmodiques, les bro:mures, la valériane ou le valérianate d'ammoniaque, l'éther, l'aconit, l'hydrothérapie (douche froide, douche écossaise, usage du tub anglais, enveloppement dans le drap mouillé) et les toniques. Les névropathes étant souvent des anémiques, le traitement gagnera à être complété par la série des préparations ferrugineuses. L'action modératrice de la quinine sur le cœur est admise depuis longtemps; Hayem, utilisant cette propriété, a proposé, dans les pal-

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pilalions nerveuses, le J)romhydrale de quinine.

Knfin, \o.s médicaments nouveaux, succédanés de la (ligilalo, onl élé conseillés par jjeaucoup d'auteurs dans les palpilalions essentielles, malheureusement les résultats obtenus sont contradictoires, et le médicament de choix n'est point fixé; chacun d'eux compte des partisans. Je ne saurais ici donner un avis motivé et me (tonlenierai de din; que Polk préconise surtout l'usage du muguet, alors que Clarke recommande la spai-léine, Alhertoni l'adonis, et qii<' le strophantus est préféré par Aulde. De nouvelles recherches sont nécessaires sur ce point.

J'ai réservé pour la lin, à cause de leur imporlance, les palpitations liées à la dyspepsie gastrique. Le régime approprié, la réglementation des boissons seront les premiers points à déterminer; la médicalion variera ensuite selon le caractère; des troubles digestifs : les anlis(q)liques, le naphtol, le benzoiiai)hlol, le bétol, les salicylales de bismuth ou de magnésie, le phosphate de chaux, la craie préparée, le charbon de peuplier, surtout dans les formes atoiiiques avec flatulence, et dans quehfues cas l'usage de quelques fermei^s : pe[)siiie, |)ancréatine, seront employés avec succès. Le bicarbonate de soude, à doses élevées, sera prescrit dans la dyspepsie acide; dans l'hypochlorhydrie, on conseillera l'acide chhu-hydrique officinal, dilué dans l'eau, pris après chaque repas. Dans les cas de dyspepsie douloureuse, l'eau chloroformée, le chlorhydrate de cocaïne, l'opium ou le chlorhydrate de morphine, l'extrait gras de cannabis indica, le menthol à l'intérieur, associés à ([uelques révulsifs cutanés, seront les meilleurs moyens à employer. L'usag(î de cerlaines eaux minéralisées faiblement, du vin blanc ou de la bière,

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subsUlués au vin roup;o, peuvent être également r..fl, utiles pour certains malades. L'inappétence sera combattue par les amers, la quassine, la noix vcmique, le sulfate de strychnine, la teinture de Haumé, la teinture d'ipéca, etc. D'autres manifestations pourront réclamer certains soins spéciaux : le lavage de l'estomac, le massage, l'hydrothérapie et les bains sulfureux qu'on pourraprescrire icipuisque le cœur ne présente aucune altération organique, ainsi que les frictions stimulantes sèches ou aromatiques. Si à ces dififérents moyens on ajoute la régularité des repas, l'exercice musculaire remplaçant des habitudes souvent sédentaires, il est bien rare (lu'on ne calme point l'état dyspeptique et, par suite, les palpitations dont il était la cause. Enfin, dans les cas où celles-ci n'auraient cédé à aucune médication, il faut penser à la possibilité d'un ver dans l'intestin, t'I prescrire les médicaments helminlhicides.

Traitement des tachycardies.

La tachycardie est caractérisée par l'accélération des battements du cœur; ici, de même que pour les palpitations, les indications thérapeutiques variept suivant les causes de la maladie.

En dehors de l'accélération des battements cardiaques dans les maladies fébriles, qui forment un groupe à part sur le(iuel nous n'insisterons pas, la tachycardie est, le plus souvent, si/mptomaMqi/e de troubles fonctionnels des voies digestives, spécialement de l'estomac, et de certains troubles de la menstruation. Au moment de la ménopause et sans lésions organiques du cœur, on voit survenir des accès de tachycardie, fugaces d'abord, puis plus ou

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moins pcrsislanls et accompagnes de bouffées (!<• chaleur au visage, d'éblouissements, de vertiges, «le céphalée. Celle lachycardie s'accompagne d'un pouls forl, plein, d'une régularilé parfaite, tantôt un contraire avec faiblesse et inégalités des pulsations (Clément).

Les tachycardies sont rencontrées encore dans certaines intoxications, dans les myocardites aiguës infectieuses (fièvre tyi)hoïde, etc.), dansla péricardib', plus rarement dans l'endocardite; de même, dans l'angine de poitrine, les affections orificielles ou valvulaires chroniques. Dans le domaine du système nerveux, la maladie de Basedow, les compressions ou les irritations du pneumogastrique, l'adénopalliic Irachéo-bronchique, surtout tuberculeuse, sont des causes fréquentes de tachycardie. Citons encore la dégénérescence graisseuse du cœur (Peter, Leyden) chez les obèses. Quelquefois l'hypertrophie du "cœur de la croissance se trahit souvent par de la lachvcardie et cela surtout chez les enfants au-dessous di' 12 ans.

De même, les maladies chroniques de la moelle épinière, à marche ascendante, peuvent produire de la tachycardie, lorsque l'affection arrive au voisinage du bulbe. Dans le tabès dorsal, la maladie peut s'annoncer dès le début par de la lachycardie ou des palpitations, avant môme la période des douleurs fulgurantes; le phénomène s'expliquerait par l'influence exercée par la moelle épinière sur les mouvements du cœur, par l'intermédiaire des nerfs vaso-moteurs. La tachycardie est également fréquente dans le domaine des névroses. On a décrit enfin une tachycardie essentielle paroxystique (Bouveret, 1889), née sous l'influence des émotions violentes ou du surme-

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nage physique ou cérébral, dans laquelle l'accéléralion procède par accès plus ou moins rapprochés; le cœur, sans cause apparente, passe du rythme normal au rythme tachycardique, avec 120, 160, 200 pulsations régulières avec abaissement de la tension artérielle et pouls imperceptible. La maladie s'accompagne également de crises dyspnéiques, de pseudo-asthme cardiaque, de congestions passives et d'œdème périphérique. Ces accès durent parfois plusieurs heures et même plusieurs semaines.

Le pronostic est grave, en général, et la mort est fréquemment la conséquence d'une syncope ou d'une attaque d'asyslolie.

La tachycardie qui dépend de troubles utérins demande un traitement local approprié ; liée à la ménopause elle réclame surtout les laxatifs et les antispasmodiques. Si les troubles digestifs sont la cause des troubles cardiaques, le traitement comprendra un régime sévèrement réglé, et des prescriptions variables pour combattre la flatulence, la dilatation stomacale, la gastralgie, la dyspepsie acide ou l'hypochlorhydrie. Lorsque la tachycardie dépend d'une maladie organique du cœur, le traitement est celui qui convient à la cardiopathie qui l'a fait naître. On peut y joindre l'usage des sédatifs du cœur, les bromures, la valériane et les toniques généraux. On a dit que les bromures de calcium et de strontium étaient indiqués dans les troubles rythmiques du (;œur d'origine génitale et gastrique, tandis que les bromures de sodium et de potassium affaibliraient tout le système nervo-moteur et surtout celui de l'estomac. L'expérience n'a pas établi encore cette affirmation; toutefois, si on a recours à ces deux bromures de calcium et de strontium, on les donnera

TACII YCARDIF,

H la dose de 3 grammes, en trois doses ])ar jour. Comme succédané de ces bromures, G. Sée emploie dans les tachycardies el les arythmies d'origine gas- Irique, l'extrait gras do cannabis indica, à la dose de ."') centigrammes par jour.

Contre la lacliycardie do croissance avec hypertrophie du cœur, on peut recommander la vie active avec les exercices musculaires sagement réglés, lors- (fu'il s'agit d'adolescents; chez les jeunes filles, au contraire, des exercices très modérés et l'absence de loute fatigue physi()ue et morale; les toniques et les préparations phosphatées sont également indi([ués dans les deux cas. Si l'accélération des battements du cœur est due à l'état de nervosisme, l'hydrothérapie, les bromures, l'élher, sont les moyens rpie l'on choisira.

La tachycardie essentielle pnroxt/stique, qui parait être une névrose bulbaire el spinale, doit être traitée pendant l'accès et dans l'intervalle de celui-ci. Pendant l'accès de tachycardie, le malade doit être soumis au repos physique et moral, il sera coxiché de |)référence sur le côté droit et la tête basse pour éviter une syncope possible, l-ia médication interne est iiiTidèle; la digitale, la valériane, le veratrum viride n'ont fourni que des réstdtals médiocres, et l'anti- |)yrine proposée n'a donné que des succès incertains. Les agents <ini semblent avoir procuré une sédation réelle des accidents, sont la belladone et surtout la morphine. Le traitement comprend encore des moyens locaux (|ui se résument en révulsifs [ventouses scariliées, pointes de feu, slypage et l'éfrigération (sac de glace)] sur la région précordiale. Les badigeonnages iodés, les pulvérisations d'éther sur la colonne verlébrale complètent le Iraitemonl.

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l/t'loclrisalion l'aradique des piioiimogastriquos cl la compression des artères carotides ont été préeonisi'es également (Oliver).

Dans l'intervalle des accès, le calme, le repos absolu, l'absence de toute ])réoccupation moralé ou de loul elTorl physique sont indiqués absolument; d'un ;iulre côté, on proscrira tout ce qui est susceptible d exciter le cœur : taJ)ac, café, alcool. L'arsenic pal'ait modifier l'état général d'une façon heureuse; quant à la diminution de la tension, si fréquente dans la maladie, elle sera combattue par la noix vomi ique et par l'association de la (quinine et de l'ergoline (Huchard).

Contre les accidents cardiaques et la tachycardie de la maladie de Basedow, on a proposé divers moyens : le bromure de potassium, qui produit presque toujours une sédation assez marquée; à l'é- I ranger, quelques médecins ont proposé le bromure <lc zinc (Hammond). La digitale a été recommandée Irès vivement par Trousseau, mais son action parait plutôt nuisible qu'utile, au début et pendant la période d'état de lia maladie; en effet, elle diminue à peine le nombre des ])ulsations et augmente fâcheusement la tension artiM-iclle, d'où accroissement de travail pour le cœur; mais, plus tard, lorsqu'il survient des phases temporaires d'affaiblissement du cœur, de même ([ue dans les accès d'asystolie passagère qui surviennent parfois (Debove, 1880) dans le cours du goitre exoplithalmique, ainsi que dans l'asystolie finale, la digitale peut rendre de réels services. Dans la période d'état, il est préférable de recourir à un dépresseur de la tension vasculaire, à l'aconit, par exemple, ou encore à la vératrine employée par Aran dans cpielques cii-constances. On

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