ABSORPTION LENTE DES POISONS PAR L'ESTOMAC
on observe à un moment donné un premier effet : avec l'atropine, c'est la dilatation pupillaire; avec l'alcool, la narcose; la dose qui a été injectée à ce moment précis, est l'équivalent thérapeutique. Je vais expliquer comment il m'a paru nécessaire d'employer la méthode des injections intra-veineuses pour déterminer les équivalents thérapeutiques et toxiques.
La dose qu'il importe de connaître, ce n'est pas celle qui a été introduite dans telle ou telle partie de l'économie, mais c'est la dose qui se trouve répartie dans l'ensemble des tissus au moment où apparaît le premier effet physiologique; nous avons intérêt à savoir non pas ce qui a été mis dans le corps ou ingéré, mais ce qui a été absorbé et se trouve actuellement présent quand surgissent les accidents d'intoxication.
Pour cette raison la voie digestive, excellente en thérapeutique, est absolument défectueuse en physiologie. Une substance introduite dans le tube digestif est absorbée quelquefois très lentement et, au fur et à mesure de l'absorption, elle est détruite ou éliminée; ainsi les petites quantités successivement absorbées et éliminées sont en partie perdues pour l'expérience. On ne sait jamais exactement quelle est la quantité totale contenue dans le sang, lorsque surviennent les premiers phénomènes physiologiques.
Voici un exemple de la lenteur avec laquelle des poisons sont quelquefois absorbés. M. Morel-Lavallée a communiqué il y a peu d'années le fait suivant à la Société Clinique : à 2 heures du matin un homme avait ingéré 60 grammes de laudanum; à 8 heures on pratique le lavage de l'estomac et on retire une quantité de laudanum qu'on a pu évaluer à 45 grammes par la méthode colorimétrique. Ainsi, en 6 heures, un quart seulement de la quantité de poison ingérée avait été absorbé.
On peut faire ingérer en quantité énorme du sucre ou des aliments transformables en sucre sans voir apparaître la glycosurie; car les quantités absorbées sont au fur et à mesure détruites; si au contraire on injecte 1 gramme de sucre dans les veines, une minute après, l'urine contient du sucre.
Un autre inconvénient qui entrave l'expérimentation des substances toxiques par la voie digestive, est la faculté avec laquelle le tube digestif expulse une partie de ce qu'on y introduit. Le chien vomit très aisément et les matières fécales chez tout animal entraînent une partie de la substance en expérience.
On a donc dû renoncer à la voie digestive et presque tous les expérimentateurs ont procédé à la recherche de la toxicité par la voie sous-cutanée. Celle-ci vaut certes mieux. D'abord avec elle rien n'est expulsé; tout ce qui quitte le tissu cellulaire est absorbé et passe dans le sang, mais l'absorption s'opère lentement et d'une façon variable suivant le point du corps où l'injection a été faite, la nature du médicament et le degré de concentration de la solution. L'absorption est quelquefois insignifiante par suite de la précipitation qui se fait dans les tissus. Depuis 1865 nous savons que le sulfate de quinine en solution acidifiée injectée sous la peau, dans des tissus qui présentent la réaction alcaline, est précipité à l'état neutre et se retrouve à l'autopsie à l'état de cristaux, comme cela a été constaté alors chez les cholériques.
J'ai fait des injections sous-cutanées de naphtol (3 dissous dans l'alcool; au contact de l'eau des tissus le naphtol se précipite. Ayant ainsi injecté lce d'une solution alcoolique saturée de naphtol sous la peau, j'ai retrouvé encore, au bouf de
6 jours, une partie du naphtol précipité sous forme de masse plâtreuse; l'absorption n'est guère complète qu'au bout de
7 jours et plus.
Avec la naphtaline on arrive à remplir par injection le tissu cellulaire sous-cutané, et, quand on incise les foyers d'injection, on voit quelque chose qui ressemble aux concrétions uratiques autour des jointures des vieux goutteux; l'animal a l'air d'être pris dans une carapace solide qui persiste pendant des semaines ; on ne voit pas dans ces conditions survenir la cataracte que j'ai fait connaître avec M. Charrin, et cependant, si l'animal absorbe seulement 1 gramme par jour de naphtaline, on voit bientôt apparaître la cataracte. L'absorption de cette substance est