LÉSION LOCALE ET INFECTION GÉNÉRALE
lcc et à Zicc? Cette recherche a été faite : un lapin a reçu sous la peau 2CC de culture et est mort en liS heures 45 minutes, un autre a reçu 3CC et est mort en 45 heures; mais je ne puis pas intercaler les résultats dans la première série, parce que, pour ces nouvelles expériences, la culture a été prise à un autre moment. Pour avoir des résultats rigoureusement comparables, il eût fallu que toutes les injections fussent faites non seulement avec la même culture, mais au même moment; car, outre que la virulence varie suivant les cultures, elle varie aussi pour une même culture suivant son âge.
Toutes ces inoculations ayant été faites par la voie souscutanée, vous pourriez penser que les conclusions de ces expériences ne sont vraies que pour les maladies infectieuses locales. Mais il n'en est rien : chez nos lapins il n'y a eu aucune affection locale importante, ni tuméfaction, ni œdème, ni suppuration.
Je vous ai dit que telle maladie peut tuer tel animal sans déterminer de lésion locale, mais que, transporté dans une autre espèce animale, le même agent pathogène ne déterminera qu'une lésion locale. Je vous rappelle que M. Watson-Cheyne a montré, pour la septicémie des souris, qu'un seul bacille tue la souris sans provoquer d'action locale, qu'une quantité modérée de bacilles ne détermine qu'un abcès chez le cobaye, et qu'une grande quantité amène la mort sans faire d'abcès. J'ai multiplié les exemples où, suivant les quantités introduites, on obtient la lésion locale ou la maladie générale.
M. Charrin a obtenu des résultats analogues avec la maladie pyocyanique; s'il l'inocule à un cobaye par injection souscutanée, il produit un phlegmon gangréneux ou plutôt une gomme qui s'ulcère, se sphacèle et s'élimine lentement; or chez le lapin, on produit beaucoup moins facilement une lésion locale. Gela ne prouve pas nécessairement que la maladie n'est pas locale; le tissu cellulaire du lapin pourrait tolérer la présence des bacilles sans réagir, les conserver et les laisser pulluler; et il se pourrait aussi que, pendant ce temps, la matière sécrétée sur place par ces microbes fût reprise par absorption
et que, portée partout par la circulation, elle produisît une action générale d'intoxication, non d'infection.
L'hypothèse est possible; nous savons, en effet, que l'injection de 2Zicc de culture filtrée donne des accidents généraux, et il se pourrait que les bacilles vivant sous la peau y fabriquassent cette quantité de poison et au delà. L'expérience va nous prouver cependant que ce n'est pas à cette hypothèse qu'il faut s'arrêter. L'injection sous-cutanée introduit les microbes directement dans le système veineux et la circulation générale. Pour ce microbe, l'infection locale se complique toujours d'infection générale. Chez tous les animaux, on s'est assuré que les bacilles avaient passé dans le sang; des cultures faites avec le sang, les urines, les matières fécales ont prouvé que les microbes avaient pénétré dans toute l'économie et qu'ils s'éliminaient par les émonctoires (rein, intestin). Toutes ces cultures renfermaient la pyocyanine, dont les réactions si nettes dispensent de déterminer le microbe au microscope. Le chloroforme s'empare de la matière bleue que l'eau acidulée enlève ensuite au chloroforme en se teignant en rose.
Ainsi l'injection sous-cutanée n'est qu'une injection intraveineuse indirecte. Seulement les microbes entrent dans le sang lentement, graduellement, moins nombreux.
Il y a encore une autre dhïérence entre les deux modes d'introduction. Si Ton injecte, à plusieurs reprises, lcc ou même moins, sous la peau, on ne tue pas et on donne l'immunité, comme cela arrive pour la péripneumonie contagieuse. A quoi cela tient-il? Est-ce à la matière soluble vaccinante élaborée dans le tissu cellulaire par les microbes qu'on y a introduits? Je l'ignore. Ce n'est certainement pas au peu de matière soluble qui était contenu dans l'unique centimètre cube de culture injecté; la matière soluble vaccine, mais seulement quand on l'injecte à des doses assez importantes. On peut supposer que, après leur introduction dans le tissu cellulaire, les microbes ont continué à fabriquer cette matière soluble qui a fini par passer dans le sang en quantité suffisante pour vacciner et pour rendre inofFensifs les microbes