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ANTISEPSIE DES ARTICULATIONS

On peut sans doute employer à la rigueur des antiseptiques solubles, à la condition de ne pas les introduire en quantité trop considérable dans les grandes séreuses, s'ils sont toxiques ou si leur action irritante peut éveiller des réflexes dangereux, ou de les choisir d'une faible toxicité. Mais ils sont passibles d'un reproche grave, celui de ne pas agir d'une façon continue et par conséquent de laisser les microbes pulluler dans l'intervalle des lavages antiseptiques.

D'ailleurs ces deux catégories d'antiseptiques ne s'excluent pas mutuellement. Quand on a pratiqué l'opération de l'empyème, on peut faire des irrigations détersives et antiseptiques multipliées, mais, quand on a entraîné ainsi tout le pus et tous les débris pseudo-membraneux, pour terminer on peut avec avantage introduire dans la plèvre un antiseptique insoluble destiné à y rester à demeure jusqu'au prochain pansement.

Dans une cavité close à replis multiples comme une séreuse, dans laquelle les produits morbides tendent à stagner et à se putréfier, parce que l'air y pénètre et que la température y est élevée, l'utilité d'un antiseptique insoluble, finement pulvérisé et assez fréquemment renouvelé, ne me paraît pas contestable.

Pour les articulations, la chirurgie a depuis quelque temps déjà tiré grand bénéfice de l'antisepsie; c'est grâce à cette méthode que le chirurgien a perdu cette frayeur extrême qu'il avait autrefois de toucher aux jointures : c'était un axiome en chirurgie, il y a peu d'années encore, qu'une articulation du genou ouverte avait pour corollaires l'amputation de la cuisse et, le plus souvent, la mort du malade.- Aujourd'hui on ouvre couramment l'articulation du genou, l'arthrotomie est même employée quelquefois comme simple moyen d'exploration, car elle est devenue innocente grâce à l'antisepsie; l'arthrotomie faite, on procède, s'il y a lieu, au nettoyage de la synoviale, au raclage de ses parties malades, on lave avec une solution d'acide phénique à 2 ou 5 p. 100 ou de sublimé à 1 p. 1000, on établit le drainage, et l'on obtient ainsi la guérison : le malade ne meurt pas et l'articulation conserve la liberté de ses mouvements.

J'ai cité dans la première leçon de ce cours un malade atteint de pseudo-rhumatisme infectieux dont plusieurs articulations avaient suppuré. Toutes ces collections purulentes furent évacuées et traitées par l'antisepsie, sauf une, celle de la hanche; toutes guérirent complètement, sauf cette dernière qui s'ankylosa, parce que le chirurgien qui m'assistait et moi nous avons manqué de hardiesse. Toutes les autres jointures avaient été largement ouvertes, lavées et drainées, sauf le genou droit pour lequel j'essayai de faire simplement une injection antiseptique intra-articulaire. — J'employai de la poudre d'iodoforme, que j'introduisis grâce à l'artifice de préparation que voici. La poudre d'iodoforme a été dissoute dans Téther dans la proportion de 1 p. 8; cette solution, diluée par une grande quantité d'alcool, est jetée brusquement dans une grande quantité d'eau bouillie filtrée. Aussitôt l'iodoforme est précipité sous forme de poussière ténue et forme une boue malléable et fluide, capable de passer par la canule capillaire d'une seringue de Pravaz. — L'articulation traitée par simple injection de cette boue d'iodoforme, puis immobilisée, a guéri comme celles qui avaient été largement ouvertes et drainées. Les chirurgiens ne me donneraient peut-être pas raison; mais, dans ma timidité de médecin, j'incline à préférer l'injection ainsi faite à l'arthrotomie.

L'antisepsie intra-articulaire peut s'appliquer à de nombreuses espèces d'arthrites, excepté la goutte et le rhumatisme articulaire aigu. J'ai cependant de la tendance à croire que les arthrites rhumatismales sont de nature infectieuse, mais il n'y a pas lieu jusqu'à nouvel ordre de leur appliquer un traitement antiseptique local, puisque le salicylate de soude les guérit 99 fois sur 100.

Mais l'antisepsie s'applique à toutes les arthrites purulentes, tuberculeuses, blennorrhagiques. J'ai sur la conscience, et je pense que beaucoup de mes confrères pourraient faire le même aveu, d'avoir laissé bien des impotences se constituer par suite d'arthrites blennorrhagiques abandonnées à leur marche naturelle, qui aboutit si souvent à l'ankylose. Mieux instruit désormais, je ne manquerai jamais d'intervenir en pareil cas et

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