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ON PEUT TUER LE MICROBE SANS TUER LE MALADE

Peu à peu nos adversaires arrivent à nous concéder que l'antisepsie est réalisable sur toutes les surfaces et dans les cavités; ils nous ont fait ces concessions non sans résistances, il est vrai; mais ils s'obstinent à ne pas vouloir admettre la possibilité de l'antisepsie générale. C'est à elle qu'ils opposent l'éternel sopbisme d'après lequel l'antiseptique tuera toujours le malade avanf de tuer le microbe. Je m'élève une dernière fois contre cette formule, dont j'ai à plusieurs reprises montré la fausseté.

Nous ne cherchons pas à tuer Je microbe; ce n'est pas à nous que cette tâche incombe, mais à l'organisme vivant, qui est outillé assez puissamment pour effectuer l'occision des microbes. Nous cherchons uniquement à influencer leur pullulation et leur fonctionnement. Nous entravons la vitesse de leur multiplication, pour que l'économie en ait un moins grand nombre à détruire. Or le nombre des agents infectieux importe au point de vue de la gravité des maladies et de l'intensité de leurs symptômes. On peut, d'autre part, modifier les fonctions des microbes. De même qu'on enlève aux microbes chromogènes la propriété de fabriquer des matières colorantes, de même on peut enlever aux microbes pathogènes la faculté de sécréter quelque chose de nuisible. En un mot nous pouvons, en diminuant la violence des agents infectieux, donner à l'organisme malade le temps de réagir contre eux et de leur résister victorieusement.

Si nous ne nous proposons pas de tuer les microbes, ce n'est pas à dire qu'il nous soit impossible de le faire. Je vous ai cité certaines substances antiseptiques dont le pouvoir toxique sur l'organisme des animaux est moindre que leur pouvoir toxique sur les microbes; en d'autres termes, il existe des corps qui, tuant à une dose déterminée 1 kilogramme de matière vivante, stérilisent à cette même dose plus de 1 kilogramme de matière fermentescible. J'ai prouvé que c'est le cas pour certaines essences; c'est aussi le cas pour le naphtol a, comme l'a montré M. Maximowitch. On entrevoit donc, pour certains microbes spéciaux et avec certains antiseptiques, la possibilité

de tuer les cellules des parasites avant de léser les cellules humaines au milieu desquelles se trouvent ces parasites.

Mais, en laissant même dans l'ombre ce côté de la question, nous ne manquons pas de moyens de secourir l'organisme efficacement dans sa lutte contre les microbes qui ont pénétré dans sa profondeur.

Nous savons que les microbes sont surtout nuisibles par les poisons solubles, auxquels donne naissance leur vie au sein de l'organisme humain infecté. Mais ces poisons, nous pouvons obtenir qu'ils soient retenus ou détruits parle foie, qu'ils soient brûlés dans le sang, qu'ils soient éliminés par les reins.

Il y a des microbes qui sont tués par l'hyperthermie ; la fièvre est donc théoriquement dans certaines maladies un acte de l'organisme utile et dès lors respectable. Dans d'autres cas c'est l'abaissement de la température du corps, l'hypothermie, ou du moins le retour à la température normale, qui constituera un acte thérapeutique. En effet l'hyperthermie a pour résultat de suspendre la fonction glycogénique du foie, et cet organe, en perdant sa fonction de transformer la glycose en glycogène, perd aussi celle de transformer les autres matières qui le traversent, les matières toxiques en particulier. Nous pouvons restituer au foie sa fonction perdue en diminuant l'hyperthermie. Tel est, je pense, dans la fièvre typhoïde, un des plus réels avantages des bains froids, auxquels je préfère pour ma part les bains tièdes graduellement refroidis, sans que jamais leur température soit abaissée au-dessous de 30°. Je ne crois pas que la réfrigération par les bains soit avantageuse seulement parce qu'elle soustrait du calorique à l'organisme; il me semble qu'un de ses effets non moins utile est le rétablissement de la fonction qu'a le foie de détruire beaucoup de poisons.

Cette fonction du foie est entravée aussi par l'asphyxie lente. Nous pouvons lutter contre l'asphyxie résultant si souvent de la congestion pulmonaire; l'emploi des inhalations d'oxygène .pur ou additionné d'acide carbonique peut y porter remède en augmentant la masse de l'oxygène absorbé et en rendant la respiration plus profonde et plus rapide.

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