LAVEMENTS FROIDS COMME DIURÉTIQUES
L'inanition qui accompagne toutes les maladies fébriles de quelque durée entrave et suspend également les fonctions du foie. Au 4 5e ou au 20e jour d'une lièvre typhoïde, sous la seule influence de l'impossibilité où est le malade de s'alimenter, son foie devient incapable de détruire les poisons qui le traversent. Nous pouvons remédier à l'impuissance du tube digestif en faisant prendre au malade certaines substances tout à fait digérées et propres à être assimilées sans l'intervention des sécrétions digestives; nous pouvons en particulier fournir au foie la glycose dont il ne peut se passer pour faire le glycogène qui lui est nécessaire aussi pour transformer les alcaloïdes.
Nous pouvons obliger les matières toxiques fabriquées par les microbes à se faire brûler dans le sang, en faisant respirer au malade un air plus riche en oxygène on en le plaçant dans l'air comprimé; le sang et les tissus peuvent alors oxyder plus énergiquement les poisons qui les imprègnent.
Ce qui est certain, en tout cas, c'est que nous avons la possibilité de stimuler l'émonctoire rénal. La diminution de la quantité d'urine sécrétée est un symptôme commun à toutes les fièvres. Nous avons plusieurs moyens de lutter contre l'oligurie et l'anurie : nous pouvons employer les boissons abondantes, les lavements froids, certains diurétiques.
Les lavements froids sont un moyen particulièrement puissant. L'introduction d'un liquide froid dans la cavité du gros intestin a pour effet de provoquer la constriction de ce réseau vasculaire si riche qui constitue les origines de la veine porte. Le resserrement de ces vaisseaux a pour résultat de rejeter dans la circulation générale une partie du sang qu'ils contiennent. La tension plus élevée du sang dans toutes les artères met en jeu la fonction du rein, qui est un des modérateurs de la tension artérielle et de la masse du sang.
Les urines n'emportent pas seulement les poisons normaux dont l'organisme doit se débarrasser ; elle entraîne aussi au dehors ceux que fabriquent les agents morbides. Nous en avons la preuve dans le choléra, puisque j'ai reproduit les symptômes essentiels de la maladie en injectant au lapin l'urine des cho-
lériques. J'invoque aussi l'expérience que j'ai faite avec l'urine d'animaux atteints de la maladie pyocyanique. En injectant cette urine des animaux malades à des animaux sains, je les ai vaccinés sans doute, mais je les ai aussi rendus malades et j'ai provoqué chez eux l'apparition des symptômes caractéristiques de la maladie pyocyanique. Si donc les urines emportent les poisons morbides, activer la sécrétion urinaire, c'est accélérer la dépuration et amoindrir la gravité de la maladie par la soustraction plus complète des poisons sécrétés par les microbes.
Tous ces procédés thérapeutiques dont je viens de parler, font partie indirectement de la médication antiseptique générale. Mais nous avons encore bien d'autres moyens de réaliser plus directement l'antisepsie générale.
Lorsque les agents infectieux ont envahi l'organisme, les accidents morbides qu'ils déterminent dépendent pour une part, nous l'avons vu, de l'action qu'exercent les poisons solubles sécrétés par eux. Ces poisons morbides imprègnent surtout le système nerveux, ou plutôt la délicatesse particulière des éléments nerveux rend plus manifeste chez eux l'influence de ces poisons; les symptômes morbides les plus graves, en effet, sont en rapport avec les troubles fonctionnels des centres incita te urs ou régulateurs de la circulation, de la respiration, de la calorification. Si le cœur faiblit et se ralentit, si la respiration se fait incomplètement, nous pouvons puiser dans la matière médicale des agents qui sont les antidotes des poisons morbides, qui vont régulariser les contractions cardiaques, rétablir le fonctionnement de l'appareil respiratoire. En recourant à ces médicaments, nous faisons non seulement ce qu'on appelle de la thérapeutique physiologique, mais nous faisons aussi indirectement de la thérapeutique antiseptique.
Sans toucher aux microbes, la méthode antiseptique peut encore peut-être neutraliser efficacement leurs effets nuisibles en utilisant les produits des microbes mêmes, afin de les combattre avec leurs propres armes.
Parmi les substances solubles sécrétées par les microbes, y