AVENIR DE LA THÉRAPEUTIQUE PAR MATIÈRES VACCINANTES
a-t-il lieu de distinguer les matières morbifiques et les matières vaccinales? Les mêmes substances sont-elles, au contraire, à la fois morbifiques et vaccinantes? Si, comme je le crois, ces deux ordres de matières sont distincts, on pourrait utiliser les vaccinantes. En tout cas, nous savons que les produits solubles des microbes exercent une action vaccinante au cours même de la maladie, et que la guérison spontanée des maladies infectieuses dépend, dans quelques cas au moins, de l'immunité que confère peu à peu à l'organisme cette vaccination par les produits solubles.
Si nous prenons pour exemple la fièvre typhoïde, la vaccination apparaît quand les phénomènes morbides commencent à diminuer d'intensité, quand l'organisme, après avoir semblé accablé sous l'assaut des microbes, reprend Je dessus et en triomphe à son tour. Si nous possédions en quantité suffisante ces substances vaccinantes qui ont peu à peu donné l'immunité à l'organisme, et si nous pouvions, dès le début de la maladie, les introduire dans l'organisme à la dose nécessaire, n'est-il pas vraisemblable que nous hâterions de beaucoup le triomphe de l'organisme?
Cela semble n'être pas irréalisable. Quelques expériences entreprises dans ce sens n'ont pas encore, il est vrai, donné de résultats suffisants; pourtant j'ai quelques raisons de penser qu'on pourra réussir, à l'aide de substances solubles sécrétées par les agents infectieux, à donner à un animal, quelque temps après l'infection, une immunité plus précoce que celle qui est réalisée à la longue par la maladie elle-même quand l'animal n'y succombe pas.
Tout ce que je dis là semble être ecxlusivement du domaine de la théorie. Pourtant je crois avec M. Pasteur que la vaccination contre la rage après morsure est bien une thérapeutique faite avec la matière vaccinante. Seulement, par les procédés actuellement en usage, en même temps qu'il vaccine par les substances solubles, M. Pasteur introduit dans l'organisme de la matière infectieuse, virulente, vivante, qu'il s'efforcera sans doute, si sa théorie est exacte, de restreindre et de supprimer.
C'est là, si je ne me trompe, qu'est l'avenir de la thérapeutique antiseptique générale.
En attendant que les promesses dont je vous parle soient devenues des réalités, nous savons depuis longtemps faire, dans plusieurs maladies, la thérapeutique antiseptique générale au sens le plus littéral.
Yoilà plusieurs siècles qu'on guérit la syphilis par le mercure. Je ne pense pas que personue puisse soutenir aujourd'hui que le mercure guérit par sa vertu antiplastique. Astruc avait déjà émis cette idée que les globules de mercure introduits dans le sang allaient lutter en tous les points de l'organisme contre les particules virulentes.
Si la quinine triomphe si rapidement et si sûrement de la fièvre paludéenne, c'est bien, je pense, qu'elle possède une action nocive directe sur le flagellum infectieux, et non par le fait d'une prétendue vertu générale contre les fièvres, puisqu'il y a beaucoup de fièvres contre lesquelles la quinine est impuissante; ce n'est pas non plus par ses propriétés antithermiques, puisqu'elle n'abaisse pas la température de l'homme sain.
L'efficacité si remarquable de l'acide salicylique contre la fièvre rhumatismale — maladie que tant de raisons portent à faire considérer comme infectieuse — est, suivant toute vraisemblance, explicable par une action antiseptique.
Le copahu, qui guérit la blennorrhagie, exerce-t-il ce pouvoir curatif par une vertu anticatarrhale? Je ne crois pas que cette idée soit défendable. Le copahu encore, suivant toute vraisemblance, guérit par une action spécifique.
D'ailleurs je vais plus loin, je dis que les médicaments spécifiques sont les seuls qui guérissent et que la plupart des spécifiques sont des antiseptiques.
Assurément l'homme malade peut guérir de beaucoup de maladies sans que nous lui donnions des spécifiques ; mais alors il se guérit seul, et les moyens thérapeutiques que nous employons ne font que l'aider à se guérir. En revanche, quand la guérison est vraiment attribuable au médecin lui-même, quand le médecin fait œuvre de guérisseur, c'est qu'il a à sa disposi-