ANTISEPTIQUES ET SPÉCIFIQUES
tion un spécifique. Sans doute, dans l'immense majorité des cas, nous ne faisons que venir en aide à l'organisme malade, nous réprimons certains désordres physiologiques, incommodes ou dangereux, nous soutenons le malade par les aliments ou par les stimulants, et lui donnons ainsi le temps et la force de se guérir lui-même; mais, dans quelques maladies*, il est certain que nous imposons la guérison, que nous coupons court à l'évolution morbide, que nous jugulons le mal. C'est que, dans ces cas, nous possédons un spécifique. Ce spécifique, ce sera le colchique pour l'accès de goutte, qui n'est pas infectieux; ce sera le mercure pour la syphilis, qui est virulente. Tout antiseptique qui influence directement et spécialement la vitalité ou les fonctions, c'est-à-dire la virulence d'un microbe pathogène, est un spécifique. Parmi les substances antiseptiques, il en est qui agissent plus efficacement sur tel microbe; il en est qui peuvent être utiles dans plusieurs maladies.
Ce qui doit nous préoccuper désormais, c'est de rechercher l'action de chaque antiseptique sur chaque microbe, de déterminer ceux qui ont sur lui l'action la plus énergique et de choisir parmi ces derniers ceux qui sont le plus inoffensifs pour l'animal ou pour l'homme. Cela revient à dire qu'il faut pour chaque microbe pathogène dresser le tableau de la valeur thérapeutique de tous les antiseptiques. La méthode n'est malheureusement applicable qu'aux microbes qui se cultivent.
Empiriquement on a déterminé déjà le pouvoir antiseptique spécial de certains médicaments, leur action élective contre telle infection. Nous savons que la quinine est efficace contre une des formes de l'infection puerpérale ; elle l'est aussi, à un moindre degré, contre la grippe.
Expérimentalement, la quinine s'est montrée un des plus puissants antiseptiques contre le bacille typhique d'Eberth; c'est elle qui contrarie le mieux sa culture. La clinique avait déjà démontré que la quinine donne d'excellents résultats dans le traitement de la fièvre typhoïde. Yogt (de Berne) l'administrait méthodiquement à haute dose dans cette maladie, il y a plus de trente ans. Dans ces dernières années, M. Joffroy,
BOUCHARD. Maladies infectieuses. ' 21
M. Grancher Font employée comme une médication systématique à doses élevées et quotidiennes et n'ont eu qu'à s'en louer. Je l'emploie moi-même, mais suivant une méthode différente.
Quand la fièvre est très intense, c'est-à-dire quand la temperature centrale dépasse /i0° le matin ou hï° le soir, j'administre la quinine à doses massives; ce sont les seules qui soient agissantes. Dans le premier et le second septénaire, je donne 2 grammes à l'adulte, lgr,50 dans la troisième semaine, 1 gramme dans la quatrième et au delà. Ces doses sont administrées par fractions de 50 centigrammes avec des intervalles d'une demi-heure. J'obtiens ainsi des abaissements thermiques de 1, 2, 3 degrés qui persistent pendant 24 à 36 heures. Je puis, par conséquent, ne recourir à la quinine qu'après des intervalles de trois fois 24 heures. Grâce aux bains, je puis souvent, pendant toute la durée de la maladie, échapper à l'obligation d'administrer la quinine.
Les abaissements de température si remarquables qu'on obtient avec la quinine dans la fièvre typhoïde, j'ai grand'peine à les attribuer à une action antithermique de ce médicament. Dans la plupart des fièvres, la quinine n'abaisse pas la température et chez Thomme sain elle peut rélever de quelques dixièmes de degré.
Le mercure n'exerce pas seulement une action souveraine contre le virus syphilitique; son action n'est pas nulle dans la fièvre typhoïde. Les recherches expérimentales de Chantemesse et Widal le prouvent, et l'expérience clinique dépose dans le même sens. Le mercure a été bien des fois employé dans la fièvre typhoïde en Angleterre et en Allemagne. Serres, chez nous, s'est servi du sulfure noir de mercure; Becquerel administrait le calomel et faisait pratiquer des onctions mercurielles jusqu'à produire la salivation intentionnellement.
Wunderlich employait le calomel seul, Liebermeister aussi avant d'instituer sa méthode de balnéation systématique. L'un et l'autre ont vu que le calomel abrégeait la maladie et la rendait moins grave. Liebermeister attribuait au mercure l'abaissement de sa mortalité de 18 p. 100 à 11 p. 100.