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ROLE DE L'ANTISEPSIE DANS LE TRAITEMENT DE LA TLRERCULOSE

Exemple de ce que promet l'antisepsie générale. Un cas de guérison du charbon expérimental par les injections intra- veineuses de biiodure de mercure.

Rôle considérable de l'antisepsie dans le traitement de la tuberculose. — Gurabilité spontanée de la phthisie : preuves qui la démontrent. — Nécessité de faire un diagnostic précoce pour que la thérapeutique réussisse.

— Peut-on espérer vacciner contre la tuberculose ? — Antagonisme prétendu entre certaines tuberculoses locales, ganglionnaires et la phthisie. — L'inoculation locale ne préserve pas contre l'infection générale. — Antagonisme prétendu entre le bacille tuberculeux et le bacterium termo.

Recherches relatives à l'influence des antiseptiques sur le bacille tuberculeux.

Procédés par lesquels on cherche à faire pénétrer des antiseptiques dans l'organisme des tuberculeux. Pulvérisations antiseptiques : biiodure (Miquel et Rueff). Objection à l'efficacité de toute pulvérisation comme moyen d'antisepsie locale du poumon. — Pulvérisation de naphtol et de, créosote.

— Inhalations d'acide fluorhydrique.

Injections intra-parenchymateuses pulmonaires : bichlorure (Hiller, Gougenheim); créosote (Lépine et Truc); acide phénique (Dieulafoy); iode phéniqué (White).

Possibilité d'introduire expérimentalement des antiseptiques insolubles dans le poumon.

Erreur qui consiste à croire que l'habitation des altitudes est favorable aux tuberculeux à cause de l'absence des bacilles. — Inutilité des injections rectales d'acide carbonique et d'hydrogène sulfuré.

J'ai répondu aux arguties ou aux sophismes dirigés contre l'antisepsie générale en montrant qu'elle est théoriquement possible, expérimentalement réalisable, et thérapeutiquement réalisée dans un certain nombre de cas. Elle n'est donc pas, comme on l'a dit, un vain rêve, une illusion généreuse.

J'aurais pu citer, comme exemple de ce que promet l'antisepsie générale, des expériences que j'ai commencées en 1886 à propos du charbon et qui sont encourageantes. Elles semblent indiquer que nous avons une action sur le virus charbonneux, même par injection intra-veineuse. Chez des lapins inoculés du charbon sous la peau, j'ai fait des injections intraveineuses de biiodure de mercure deux fois par jour. Les animaux succombaient toujours. Le liquide antiseptique n'arrivait-il pas en quantité suffisante dans le tissu œdémateux ou dans les ganglions correspondants? Mais si les animaux sont morts, leur cadavre avait une apparence singulière : au microscope leur rate n'était pas volumineuse ; on ne trouvait pas de bactéridies dans leur sang; ce sang ne transmettait pas le charbon aux animaux sains, et les bouillons où on l'ensemençait restaient stériles.

Les animaux ne mouraient donc pas du charbon; ils succombaient probablement sous le double assaut de l'intoxication thérapeutique succédant à l'infection, mais ils mouraient, en tout cas, guéris du charbon. Après beaucoup d'expériences terminées aussi par la mort des animaux, il s'en est trouvé une où Tanimal a survécu, l'injection thérapeutique ayant été faite avec plus de modération ; or il avait bien réellement eu le charbon, puisque, inoculé de nouveau douze jours après, il s'est montré réfractaire.

Mais je préfère terminer ces leçons en donnant comme exemple de ce que peut l'antisepsie pour la guérison des maladies infectieuses une maladie chronique de la pathologie humaine, la tuberculose.

La thérapeutique de la tuberculose est le principal souci des médecins contemporains. Si on est porté à multiplier les essais thérapeutiques contre elle, ce n'est pas seulement parce qu'elle s'acharne sur nous et décime l'humanité ; c'est aussi parce que nous savons qu'elle est curable, qu'elle guérit même dans le plus grand nombre des cas par des procédés naturels.

Cette affirmation semble paradoxale, elle est vraie cependant. Repose-t-elle sur le dénombrement comparatif des phthisies,

diagnostiquées et des phthisies guéries? Non, sans doute, mais cette opinion optimiste est fondée sur des documents cliniques et anatomo-pathologiques indiscutables.

Tout médecin a vu guérir des malades qui avaient été considérés comme phthisiques. S'agissait-il d'erreurs de diagnostic? Avait- on pris pour des tuberculoses des bronchites du sommet et des congestions? Non; car aujourd'hui qu'on peut faire la preuve du diagnostic par la constatation des bacilles, il existe des faits de guérison authentiques qu'on ne peut rétorquer. Ce sont des faits exceptionnels, j'en conviens; mais il faut s'incliner devant la preuve anatomo-pathologique que voici.

Sur l'ensemble des individus ayant dépassé trente-cinq ans et morts de mort violente dont il a autopsié les corps, M. Brouardel a trouvé des lésions tuberculeuses actuelles ou cicatrisées chez 75 p. 100, c'est dire que les trois quarts des adultes sont tuberculeux ou ont été tuberculeux; or, la statistique montre que le quart des adultes tout au plus succombe à la phthisie ; il faut donc conclure que les deux tiers des tuberculeux ne meurent pas de tuberculose, qu'ils guérissent. Je dis qu'ils guérissent, et non pas que nous les guérissons. Bien au contraire, je n'oserais, par pudeur, dire le nombre des phthisies que nous guérissons.

Ce sont les phthisies déjà reconnaissables, qui sont si rarement curables, ou si rarement guéries; celles qui ne sont pas encore faciles à diagnostiquer guérissent le plus souvent. La connaissance de ces faits nous impose l'obligation de faire le diagnostic le plus précoce possible et d'user des moyens les plus énergiques pour amener la guérison.

Je m'empresse de déclarer que ce sont les agents de l'hygiène qui doivent primer tous les autres dans le traitement de la phthisie; mais je n'en veux pas parler aujourd'hui, c'est un sujet qui sort de mon programme actuel et que d'ailleurs j'ai déjà traité.

Mais, après les agents de l'hygiène, il ne faut pas dédaigner les agents de la matière médicale.

Je mets à part ceux qui permettent de lutter contre les complications, les troubles digestifs, la diarrhée, les sueurs, la toux

et l'insomnie qui en est la conséquence, l'hyperthermie, et je vais m'occuper exclusivement des antiseptiques, c'est-à-dire de ceux qui ont la prétention de s'attaquer directement au bacille.

Parmi ces corps, il y en a un que nous avons commencé à étudier expérimentalement et cliniquement, il y a quatorze ans, M. Gimb.ert et moi, alors qu'il était tombé dans un injuste oubli, la créosote. Ce fut l'un des premiers essais de thérapeutique antiseptique de la phthisie. En employant la créosote, nous visions l'agent parasitaire du tubercule huit ans avant que Koch l'eût montré, mais huit ans aussi après que Villemin l'avait rendu indubitable. Depuis cette époque, un certain nombre d'autres médecins ont essayé la créosote, et plusieurs ont témoigné en sa faveur.

Mais une première question se pose. Peut-on faire la vaccination contre la tuberculose? Peut-on empêcher par un procédé quelconque un homme de contracter la tuberculose en lui inoculant le virus tuberculeux modifié ou non? Peut-on du moins supposer qu'une première atteinte de la maladie puisse conférer l'immunité?

Cela est extrêmement peu probable. Tout le monde a vu des cas dans lesquels quelques bacilles restés silencieux dans un point de l'organisme d'un phthisique en apparence guéri se réveillent et provoquent dans les points déjà atteints un nouveau processus tuberculeux; tout le monde a vu après une tuberculose locale guérie une nouvelle infection provoquer l'apparition de la tuberculose dans des régions qui jusque-là avaient été indemnes.

La phthisie pulmonaire n'empêche pas le développement d'une autre tuberculose. J'ai vu un phthisique guérir; deux ans après sa guérison, se développait une tuberculose vertébrale et il a succombé à un abcès ossifluent.

M. Marfan a émis en 1886 cette opinion que certaines tuberculoses locales préservent de la phthisie et vaccinent en quelque 'sorte ceux qui en sont porteurs; il donnait comme preuve de cette opinion la rareté de la phthisie chez les individus atteints de lupus, de tumeurs blanches, d'écrouelles. Je crois que Tob-

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