LA TUBERCULOSE NE VACCINE PAS CONTRE ELLE-MÊME
servation clinique proteste contre une telle affirmation. Tout le monde a vu des tuberculoses cutanées, osseuses ou articulaires guéries, être suivies de phthisie pulmonaire au bout de plusieurs années; les individus qui ont eu ces lésions tuberculeuses localisées font souvent souche de phthisiques, et, chaque jour, on remarque des cicatrices écrouelleuses sur le cou des parents de jeunes gens tuberculeux.
D'ailleurs, avant cette affirmation de M. Marfan, en 1883, MM. Cornil et Babès, Falk ; en 1885, M. Charrin et M. Arloing avaient montré qu'on peut inoculer le tubercule à des animaux plusieurs fois avec succès. M. Gosselin (de Caen), en 1887, a donné la preuve expérimentale de ces infections successives.
I/expérience de M. Charrin est décisive. 11 inocule à des animaux une tuberculose qui devient générale, puis il fait une deuxième inoculation et constate bientôt l'évolution d'une lésion tuberculeuse locale au point inoculé; les lymphatiques, les ganglions du voisinage sont infectés.
M. Arloing a prouvé aussi que la tuberculose généralisée obtenue par inoculation ne met pas à l'abri d'une infection locale ultérieure. Autour de celle-ci la chaîne lymphatique se prend, et, quand l'animal a succombé, l'autopsie fait constater deux espèces de lésion, les anciennes diffuses, et d'autres lésions récentes dans la zone de la seconde inoculation.
MM. Cornil et Babès ont institué leurs expériences autrement; ils inoculent la matière morbide de ces tuberculoses locales (fongosités articulaires, ganglions caséeux) qu'on dit être capables de vacciner; inoculant ensuite de la matière tuberculeuse ordinaire, ils constatent que les animaux deviennent parfaitement tuberculeux.
Des expériences de M. Daremberg attestent que, dans les foyers ganglionnaires, on ne puise pas quelque chose qui diffère radicalement de la tuberculose ; seulement la maladie inoculée peut être plus ou moins lente dans son évolution. Il est vrai que des expériences de M. Arloing semblent établir que la virulence de la matière tuberculeuse n'est pas la même suivant qu'on la recueille dans un poumon atteint de tuberculose vulgaire, ou
dans des ganglions, dans des articulations affectées de ce qu'on appelait la scrofule. Cet observateur est trop scrupuleux pour qu'on puisse passer sous silence des faits annoncés par lui. La tuberculose dont il parle affecte des allures différentes de la tuberculose ordinaire; elle prend sur le lapin, non sur le cobaye.
En tout cas, s'il existe des différences de virulence entre les échantillons du virus tuberculeux suivant son lieu d'origine, il n'y a pas à compter qu'un seul d'entre eux puisse vacciner contre les autres.
Peut-on faire artificiellement des tuberculoses qui puissent vacciner? Peut-on imposer à l'agent pathogène cultivé hors de l'organisme un mode d'activité qui permette de l'utiliser comme vaccin? Falk pense que la putréfaction atténue la puissance virulente du tubercule ; un fragment de poumon tuberculeux déjà putréfié peut s'enkyster dans le péritoine d'un lapin et provoquer, dans une zone restreinte, une tuberculose qui semble rester localisée; mais, si on inocule à l'animal ainsi traité une nouvelle dose de virus tuberculeux ordinaire, on aboutit à une tuberculose à marche plus rapide.
M. Cavagnis a vacciné, dit-il, des animaux à l'aide de crachats tuberculeux traités au préalable par l'acide phénique. L'acide phénique à un degré concentré tue le bacille; à un degré moindre il pourrait atténuer sa virulence. Mais, en renouvelant les expériences de M. Cavagnis, on est arrivé à des résultats qui ne permettent pas d'espérer que cette pratique puisse conférer l'immunité.
Peut-on, comme Jenner a trouvé la vaccine contre la variole, opposer à la tuberculose un autre agent pathogène ou un autre micro-organisme? On l'a dit et on a hâtivement édifié une théorie et une thérapeutique dans ce sens.
Cantani a prétendu que le bacterium termo était l'ennemi du bacille de Koch ; aussitôt il a préconisé, dans la phthisie, les pulvérisations avec la culture de bacterium termo. Les premiers résultats ont paru satisfaisants comme toujours, mais le contrôle a démontré qu'on s'était abusé.
Avant d'administrer des antiseptiques aux phthisiques, on