ROLE DES ALTITUDES
quart de l'humanité est prédisposé à une tuberculose qui pourra devenir mortelle. Il en résulte qu'un nombre infime de privilégiés pourraient seuls bénéficier delà méthode, à moins qu'on ne veuille rompre tout lien social et ramener l'homme à l'état sauvage, parquer chaque individu sur un pic isolé ou dans une île déserte. Je conçois qu'à un individu issu de parents tuberculeux et libre de toute entrave, vous donniez le conseil de ne pas vivre au milieu des grandes agglomérations humaines; mais ce ne sera jamais qu'une mesure exceptionnelle, à moins qu'on ne veuille sérieusement réaliser cette ingénieuse proposition de transporter les villes à la campagne. Voulez-vous, d'autre part, pour les guérir, pousser les phthisiques vers ces sommets que n'habite pas le microbe? Mais ils l'apporteront avec eux. Chaque phthisique dans les villes absorbe par jour, je suppose, deux ou trois bacilles qui lui sont cédés par ses concitoyens; mais il a en lui des milliards de ces mêmes bacilles qui se multiplient sans cesse et qui continueront leur pullulation sur les altitudes et dans le désert ou sur l'océan comme dans les villes. Je reconnais que le voisinage des phthisiques est dangereux pour l'homme sain ; mais, quand l'homme est déjà phthisique, il m'est absolument indifférent qu'il vive dans la proximité d'autres tuberculeux.
Le rôle des altitudes dans le traitement de la phthisie doit être envisagé à un tout autre point de vue que celui de la bactériologie.
Il me reste à parler du traitement général de la phthisie. J'en citerai seulement un aujourd'hui, parce qu'il a la prétention d'agir localement sur le poumon : je veux parler des injections rectales de substances volatiles, acide carbonique additionné d'hydrogène sulfuré ou de vapeurs de sulfure de carbone, préconisées par M. Bergeon. Si celles-ci avaient quelque action, ce serait, je vous l'ai déjà dit, à la condition de ne pas s'éliminer totalement par les poumons et de pénétrer dans les tissus avec le sang artériel, d'agir, en un mot, à la façon des médicaments généraux. Mieux vaudrait, dès lors, les introduire par les bronches où l'absorption pulmonaire s'exercerait sur elles; mieux
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vaudrait encore les introduire par le tube digestif, ce qui se fait depuis longtemps avec une inefficacité presque égale à celle des injections rectales.
Je parlerai, à propos de la créosote, des essais de MM. Gimbert et Tapret qui font vivre des phthisiques dans une atmosphère créosotée. Ils font sans doute de cette façon une thérapeutique locale; ils font surtout, je crois, de la thérapeutique générale. C'est moins parla créosote mise au contact des ulcérations bronchiques ou pulmonaires qu'ils obtiennent des résultats, que par la créosote absorbée à la surface des alvéoles, introduite dans le sang et distribuée dans les tissus par les artères. C'est une manière de faire de la thérapeutique antiseptique générale en ménageant le tube digestif.