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TRENTE-CINQUIÈME LEÇON

(3 juillet 1888.) TRAITEMENT DE LA PHTHISIE

Antiseptiques qui ont une action sur le bacille tuberculeux : mercure, créosote, iode, hydrogène sulfuré, acide phénique.

Historique du traitement de la tuberculose par la créosote: Reichenbach; succès au début. — Abandon ultérieur et prolongé. — Mes travaux avec M. Gimbert (1874-1871); résultats favorables obtenus en Allemagne comme en France.

Démonstration expérimentale de l'action antiseptique de la créosote. — Détermination de la toxicité au moyen des injections sous-cutanées de solutions huileuses. Effets physiologiques produits sur les animaux et sur l'homme. — Obstacle mis au développement de la tuberculose inoculée par les injections quotidiennes de créosote.

Modes d'administration et doses que j'emploie. — Solutions alcoolisées. — Pilules. — Huile créosotée.

Injections sous-cutanées de créosote (Gimbert). — Atmosphère créosotée et pulvérisations de créosote (Gimbert, Tapret).

Résultats obtenus par M. Gimbert, par M. Tapret, par moi. Nos statistiques. — Statistique de Sommerbrodt.

Rôle considérable de l'hygiène dans le traitement de la phthisie.

Hygiène alimentaire. — Suralimentation. — Régime carné prédominant. — Glycérine. Nécessité d'une bonne digestion. Fréquence de la dyspepsie et de la dilatation de l'estomac chez les phthisiques.

Stimulants du système nerveux.

Exercice. Aération constante. Vie au grand air. — La fenêtre ouverte la nuit.

Parmi les antiseptiques qui exercent une action nuisible sur la vie du bacille de Ko-ch, on a distingué le mercure, la créosote, l'iode, l'hydrogène sulfuré, l'acide phénique. Mais un seul a donné des résultats, quand on a essayé d'arrêter la tuberculose chez les animaux : c'est la créosote. C'est d'elle seule que je parlerai. Je l'emploie avec M. Gimbert depuis ilx ans et, dans ces dernières années, l'usage s'en est

répandu universellement; les résultats que nous avions annoncés et qui avaient rencontré l'incrédulité, d'autres les ont également obtenus.

Reictienbach, en 1830, avait signalé les propriétés coagulante et astringente de la créosote et avait proposé de l'appliquer à la thérapeutique des hémorrhagies, de la diarrhée, accidents qui sont fréquents chez les phthisiques. Après avoir été employée contre les accidents de la phthisie, la créosote le fut contre la phthisie elle-même. Elle compta d'abord des succès; elle eut de la vogue en Allemagne, en Angleterre, en France.

Martin-Solon, chargé par l'Académie de médecine d'étudier expérimentalement le nouveau médicament, se servit des inhalations et avec des procédés primitifs; on plaçait auprès du malade des linges imbibés de créosote; or, si la créosote est extrêmement odorante, elle est très peu volatile. Les résultats obtenus furent nuls; Martin-Solon fit un rapport défavorable. Ce fut un enterrement et la dernière pelletée de terre fut jetée par Orfila, qui déclara que, pour tuer un chien, il suffit de "2 grammes de ce poison. Oui, 2 grammes suffisent, s'ils sont ingérés en nature, Faction caustique tue alors et non le pouvoir toxique; mais, quand la créosote est enrobée ou dissoute et diluée, et administrée par petites doses successives, on peut arriver, comme je l'ai fait, à en donner sans inconvénient jusqu'à /i§r,50 chez l'homme par la voie gastrique. Bref, la créosote fut abandonnée.

En 187Zi, lorsque, tourmentés par cette idée de la contagion Je la tuberculose, de sa transmissibilité par inoculation de microbes, — dont j'étais convaincu longtemps avant la découverte du bacille, — M. Gimbert et moi, nous avons voulu expérimenter à nouveau la créosote, il ne s'en trouvait pas un gramme dans les pharmacies de France : elle avait disparu de la matière médicale. Ce qu'on vendait sous ce nom n'était que de l'acide phénique impur. On en fabriquait pourtant beaucoup, mais elle avait un autre emploi : on s'en servait pour rendre imputrescibles les traverses de chemins de fer et pour fumer les jambons de Cincinnati.

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