LA FENÊTRE OUVERTE PENDANT LA NUIT
même l'hiver. Naturellement certaines précautions sont indispensables. Si le traitement est commencé pendant l'été, l'accoutumance sera plus facile à obtenir; en tout cas on commencera par laisser les persiennes closes, la fenêtre sera seulement entr'ouverte, plus ou moins selon le degré de la température extérieure; on pourra même, dans les premiers temps, tenir les rideaux fermés. C'est le moyen de dissiper les craintes plutôt que de conjurer les accidents. Pendant l'hiver, on obtient plus facilement la soumission des malades en faisant ouvrir les fenêtres d'une chambre contiguë, dont les portes de communication avec la chambre du malade seront largement ouvertes. Ce qu'il faut obtenir, c'est l'aération réelle et constante. Je ne crains pas un froid modéré pour les phthisiques; je ne veux pourtant pas que la température de la chambre s'abaisse audessous de -f- 8°; on y arrivera en maintenant, pendant l'hiver, du feu dans la chambre ou dans une chambre voisine. Mais, si je ne crains pas le froid, je redoute le refroidissement. Le malade y échappera en se tenant suffisamment couvert. Les couvertures ou l'édredon ne suffisent pas, car souvent les malades s'en débarrassent plus ou moins complètement pendant le sommeil. Ils doivent être vêtus dans leur lit, ils doivent être protégés contre le froid par des vêtements adhérents au corps qu'ils ne puissent pas dépouiller involontairement. La tête doit être couverte, au moins pendant l'hiver.
Cette méthode a de la peine à s'acclimater chez nous, malgré la pratique de Bennett et les enseignements de Brown-Séquard. Ceux qui se montrent le moins récalcitrants sont les malades; ceux qu'on a le plus de peine à convaincre sont les médecins d'abord, les familles ensuite. Et cependant cette pratique est en honneur partout où l'on guérit les phthisiques, à Falkenstein comme à GôrbersdorfT, même à Davos, malgré l'altitude et malgré les froids de l'hiver.
On a poussé à l'exagération en disant que les phthisiques doivent passer la nuit hors des maisons, vivre sous la tente. A dire vrai ils ont vécu sous la tente et ils ont guéri; ils ont vécu en pleine mer, sur le pont d'un navire, et ils ont guéri.
Pourtant je crains pour ces malades un froid excessif et surtout la pluie, le brouillard, l'humidité, le grand vent, la poussière. Ce qu'il faut choisir, c'est un climat à ciel pur. Si on recommande nos plages du Midi, ce n'est pas parce qu'il y fait chaud, il y fait très souvent froid ; c'est à cause de la pureté du ciel, de l'intensité de la lumière, de la sécheresse de l'air. Il n'y a pas de chaleur, mais il n'y a pas de brouillard; là il est possible presque chaque jour de vivre au grand air.
Dans le choix d'une station pour un phthisique ne vous laissez surtout pas guider par le désir de trouver des lieux qui jouissent de l'immunité, dont les habitants de deviennent jamais phthisiques. C est une chimère. Il n'y a d'immunité qu'au désert. Partout où il y a dix individus agglomérés, il n'y a plus d'immunité. D'ailleurs vos malades n'ont plus rien à attendre de l'immunité des lieux ; ils sont déjà contaminés. Demandez donc à l'altitude non pas l'absence de bacilles dans l'air, mais seulement la fraîcheur et la sécheresse qui excitent l'appétit, stimulent la digestion, relèvent la nutrition.
Ne demandez aux établissements spéciaux, sanatoria fermés, si bien étudiés par M. Frémy, dans le traité de MM. Hérard, Cornil et Hanot, que la surveillance médicale, la direction intelligente et la discipline sévère qui prémunit le malade contre les écarts hygiéniques.
Croyez par exemple à l'utilité d'une nourriture choisie, mais ne croyez pas qu'il soit bon de faire cinq repas par jour comme cela a lieu dans quelques-uns de ces établissements. Un tel régime peut être supporté par certains estomacs exceptionnellement tolérants; il ne le serait pas par les 80 p. 100 de nos phthisiques qui ont l'estomac dilaté.
C'est à l'ensemble de ces moyens hygiéniques que sont dues presque toutes les guérisons; ils aident puissamment l'antisepsie, qui probablement ne guérirait guère sans eux. Par l'alliance de l'hygiène et de l'antisepsie nous deviendrons, je l'espère, chaque jour plus puissants contre une maladie qui récemment encore était réputée incurable.
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