‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 3 sur 180 · TRIOMPHE RAPIDE DE LA DOCTRINE PASTORIENNE · texte numérisé non relu

TRIOMPHE RAPIDE DE LA DOCTRINE PASTORIENNE

démontrer la réalité de cette conception pathogénique des maladies infectieuses? Je ne le crois pas.

Vous appartenez tous à cette génération heureuse qui pourra se glorifier d'avoir vu les débuts de la doctrine, d'avoir été témoin de ses luttes, d'avoir assisté à son triomphe définitif.

Peut-être quelques-uns ont-ils trouvé que les résistances avaient été trop opiniâtres, les conversions trop rétives; il faut être plus équitable!

Peu de grandes découvertes ont eu une telle fortune. Harvey avait découvert la circulation du sang en 1619, et, en 1700, l'Académie des sciences écoutait encore les dissertations de Méry sur le trou ovale où se trouve une critique de l'œuvre du grand physiologiste. Je n'irai pas, pour cela, accuser l'Académie d'être rétrograde ni protester contre l'honneur qu'on a fait récemment à Méry en rééditant ses œuvres. La postérité rendra justice à notre époque et admirera que la révolution accomplie en médecine par l'œuvre de M. Pasteur ait pu se faire accepter universellement en si peu d'années.

Cette découverte a-t-elle quelques corollaires thérapeutiques? Plusieurs l'ont espéré, beaucoup l'ont nié, quelquesuns sont restés fidèles à leurs espérances.

Pour la chirurgie du moins, nul doute; si l'état lamentable où nous l'avons vue, il y a peu d'années, a fait place à une période si brillante, c'est qu'elle a su appliquer à son profit les doctrines pathogéniques nouvelles. C'est d'abord, il est vrai, de la prophylaxie que la chirurgie a faite en mettant si bien ses opérés à l'abri des germes que toute mort opératoire est imputable au chirurgien. Mais la chirurgie et la médecine s'attaquent aussi aux infections réalisées.

Rappellerai-je les progrès faits dans la thérapeutique des teignes depuis que Bazin a montré la nécessité d'enlever par l'épilation l'agent parasitaire avec le cheveu qu'il a infecté? — Parlerai-je de la transformation accomplie dans le traitement du lupus"? Le temps n'est pas si éloigné où cette maladie était réputée incurable; le malheureux qui en était atteint traînait depuis l'enfance une vie misérable, objet de dégoût pour les

autres et pour lui-même, hideusement défiguré, jusqu'au jour où la phtisie venait mettre un terme à son long supplice. Aujourd'hui on sait faire la thérapeutique locale du lupus, on agit par les scarifications, le curage, les applications locales de substances antiseptiques; on détruit sur place le germe morbifique, on l'empêche de se généraliser, on prévient les récidives qui suivaient toujours de si près autrefois d'apparentes guérisons.

Songez à ce qui est arrivé pour les abcès. Chassaignac, avant même de connaître et de comprendre ce qui cause et entretient les abcès, mais avec cette divination qui caractérise les hommes de génie, enseigne que, par le drainage, par un ensemble de mesures ingénieuses, on peut, en empêchant la stagnation du pus, prévenir les fermentations secondaires qui s'accomplissent dans les cavités suppurantes et qui aboutissent à l'intoxication ou à l'infection de tout l'organisme.

Nous savons aujourd'hui guérir les abcès froids, les gommes tuberculeuses. On ne peut se rappeler sans étonnement la dépense inutile et considérable de médicaments qu'on faisait jadis pour essayer de guérir ces maladies locales par des traitements généraux; que d'iodures, d'huile de foie de morue, d'amers et de toniques on faisait, sans succès, absorber aux malades, alors qu'aujourd'hui on fait avec tant de bonheur l'incision et le curage de ces abcès, ainsi que la destruction ou l'ablation des ganglions tuberculeux.

Ce qui se faisait pour les abcès froids se fait également pour les tuberculoses ganglionnaires; on pratique l'ablation de ces ganglions ou l'on détruit par des injections interstitielles l'agent infectieux.

Il en est de même pour la tuberculose osseuse; la rugination, l'évidement des os, les pansements antiseptiques à l'iodoforme produisent le plus souvent une guérison rapide, qu'on peut opposer à ces suppurations intarissables qui se terminaient souvent jadis par une tuberculose généralisée.

Ces progrès ne vous paraissent peut-être pas aussi surprenants qu'ils le sont en réalité, parce qu'ils se sont accomplis

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