‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 4 sur 180 · SUCCÈS DE L'ANTISEPSIE EN THÉRAPEUTIQUE LOCALE · texte numérisé non relu

SUCCÈS DE L'ANTISEPSIE EN THÉRAPEUTIQUE LOCALE

sous vos yeux et si vite ; il faut pour en apprécier toute la grandeur avoir vu, comme les hommes de ma génération, avoir connu un état de choses si différent.

Et que de hardiesses nouvelles! Les péritonites par perforation étaient considérées, il n'y a pas longtemps, comme des accidents au-dessus des ressources de l'art. Voici qu'on se décide à examiner le siège du mal; on ouvre l'abdomen, on le nettoie, on reconnaît le siège de la perforation, on y place une suture, on fait le pansement, la toilette du péritoine et, la cause du mal étant supprimée, on guérit le malade.

On agit de même pour la plèvre suppurante, pour les cavités normales ou accidentelles dans lesquelles existe une cause d'infection.

Paiierai-je du cancer? On a dit hier, on démontrera peut-être demain, qu'il est d'origine infectieuse. En attendant, il est traité comme s'il était de nature parasitaire; vous avez vu que les chirurgiens, dans leur dernier Congrès, recommandent, pour éviter les récidives, d'opérer avant la fin du deuxième mois du développement de la maladie, d'enlever la totalité de l'organe malade, d'enlever tous les ganglions, même s'ils paraissent sains.

On n'a pas vu le microbe, et déjà on se conduit comme s'il y en avait un. Voilà quelle est la conséquence des doctrines pathogéniques nouvelles. Je ne puis savoir, pour le cancer, si la conduite adoptée est la meilleure, le temps seul jugera la question; mais je sais que toutes ces autres interventions dont j'ai parlé ont marqué un progrès considérable en thérapeutique et que les résultats ainsi obtenus déposent unanimement en faveur de l'excellence d'une thérapeutique locale. Toutes les fois qu'on peut faire le traitement local, on a chance de guérir ce qui ne guérissait pas.

Or, remarquez que plus de la moitié des maladies pour lesquelles j'ai montré l'utilité du traitement local sont des maladies internes, ce que nous appelions des maladies médicales; elles deviennent ainsi des maladies chirurgicales; c'est-à-dire des maladies que le traitement général ne guérit pas et qui guéris-

sent avec le traitement local, des maladies qui résistent au médecin et qui cèdent au chirurgien. Ainsi, le départ des maladies entre la médecine et la chirurgie tel qu'on le concevait autrefois subit une modification profonde. Le chirurgien n'avait à soigner jadis que les traumatismes et les maladies des parties extérieures ou superficielles. Il y a longtemps qu'un barbier hardi s'est emparé de la vessie; la chirurgie ne s'occupait des viscères que lorsqu'une hernie les rendait superficiels; aujourd'hui elle va les saisir dans Iq profondeur des cavités. Son domaine s'étend parce que l'antisepsie a presque supprimé les limites de son action, parce qu'elle arrive à porter partout le remède sur le siège du mal. Tout ce qu'il devient possible de traiter localement devient chirurgical.

Cette évolution singulière, la pathologie générale la constate et ne la regrette pas.

Mais que les médecins y prennent garde; je me demande s'ils n'ont pas à se préoccuper de cet état de choses et si l'enseignement ne doit pas tenir compte de cette situation nouvelle.

Quand toutes les maladies tendent à devenir chirurgicales, il serait bon que le médecin devînt un peu chirurgien. Le vrai médecin, demain, ce sera le chirurgien; car le chirurgien possède tous les secrets de son ancien domaine, auquel vous avez voulu rester étrangers ; de plus, appelé à traiter les maladies que vous aviez cru vous réserver, il a appris à les connaître. Il les diagnostique peut-être avec plus de précision. Il n'a plus besoin de votre assistance pour reconnaître l'hydro-néphrose, les pyélites calculeuses, les tumeurs du rein ; il différencie aussi bien que vous le kyste hydatique du cancer du foie et de la cirrhose hypertrophique; les épanchements pleuraux lui sont familiers, même les épanchements péricardiques. Il délimite les cavernes pulmonaires et détermine leur nature. Il excelle à diagnostiquer exactement une lésion intra-cranienne dans les cas d'épilepsie jacksonnienne. En quoi le chirurgien va-t-il donc différer du médecin? En un point ! Il est adroit de ses mains et vous vous obstinez à rester maladroits. Il sait mieux que vous appliquer

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