ROLE DU MÉDECIN EN FACE DE LA MALADIE MICROBIENNE
qui ont été si longtemps rebelles aux idées nouvelles. Malheureusement il leur manque peut-être une éducation première et leur thérapeutique est souvent aveugle.
Aussi devais-je montrer que les questions relatives à l'infection sont complexes, et qu'il est fâcheux de voir beaucoup de médecins qui ont donné leur adhésion à la doctrine de l'infection, ne plus se préoccuper que de tuer le microbe ; si bien que cette formule qu'on nous jetait comme un sarcasme et un défi est devenue pour beaucoup une pratique. Je devais protester contre Terreur de ces adhérents de la dernière heure à la doctrine pastorienne qui ont pu croire que, pour guérir la maladie, il suffit de jeter un antiseptique à la face du microbe. Cette manière d'envisager les choses est par trop simpliste. Tuer le microbe, c'est l'affaire de l'économie et non celle du médecin. Le chirurgien fait quelquefois cette besogne; quand il détruit par le cautère actuel les tissus envahis par un chancre simple phagédénique, il détruit en même temps les agents infectieux pathogènes; mais c'est un cas exceptionnel. En règle générale notre rôle est plus modeste.
Nous avons un double devoir : nous devons venir en aide à l'économie envahie par les microbes, lui donner par l'hygiène et la matière médicale le temps et la force de détruire les envahisseurs; nous devons aussi entraver le développement du microbe. J'ai affirmé qu'à ce dernier point de vue nous ne sommes pas impuissants. Nous sommes les maîtres du microbe, vous ai-je dit, nous pouvons le tuer ou amoindrir sa vitalité, restreindre sa pullulation, changer sa forme, modifier ses fonctions, exalter, restreindre, supprimer, restaurer sa virulence d'une façon passagère ou durable. Je crois vous avoir prouvé que nous pouvons faire tout cela, et ainsi je crois avoir démontré la possibilité de faire dans les maladies infectieuses une intervention thérapeutique à la fois rationnelle, efficace et inoffensive. Je ne perdais donc pas de vue l'objet que je poursuis. Avant de vous donner des recettes et des formules pour traiter les maladies, je dois, c'est mon premier devoir, vous communiquer une certaine discipline de l'esprit, vous habituer
100 DE l'immunité naturelle
à vous rendre compte de ce que vous faites et de ce que vous devez faire, à discerner le pourquoi et le comment de votre intervention.
Parmi les fonctions des microbes que nous pouvons influencer, celle qui nous intéresse surtout, c'est la virulence. Il fallait donc analyser cette fonction complexe, étudier les procédés par lesquels les microbes peuvent détériorer l'organisme, afin de trouver les moyens d'y mettre obstacle.
C'est encore pour poser les indications d'une intervention thérapeutique que j'ai dû vous montrer comment Forganisme réagit et travaille lui-même à sa sauvegarde; il est indispensable que vous sachiez analyser les phénomènes réactionnels pour discerner où l'effort curateur peut fléchir, et comment vous pouvez venir en aide à l'économie défaillante.
Comment pourriez-vous concourir à la guérison, si vous ignorez comment l'organisme se guérit sans vous? Aussi ai-je étudié ce qu'on peut appeler l'histoire naturelle de la guérison spontanée dans les maladies infectieuses. Nous devons poursuivre dans cette voie. La notion étiologique est nulle au point de vue thérapeutique, mais la notion pathogénique est précieuse. C'est une étude laborieuse que celle de la pathogénie. Celle des infections est particulièrement complexe, mais cette complexité, il ne faut pas que vous l'ignoriez. Je ne puis l'éluder. Traiter une maladie infectieuse n'est pas aussi simple que de répandre la mort aux rats. Mais je n'ai pas à vous faire de la thérapeutique simple.
J'ai résumé les conditions de la guérison spontanée en vous disant que ses procédés sont d'abord le phagocytisme exercé par les épithéliums, les cellules fixes du tissu conjonctif, les cellules migratrices, les cellules lymphatiques, les leucocytes du sang, les endothéliums vasculaires; — puis les mouvements du sang, les oxydations qui s'y opèrent, la concurrence vitale au sein des tissus entre les cellules et les microbes, concurrence qui a, je crois, une influence peu fâcheuse sur l'organisme, mais dont les effets sur les microbes isolés peuvent être désastreux.