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CONDITIONS QUI FONT VARIER L'IMMUNITÉ

J'ajoute qu'il existe une dernière condition défensive de l'organisme, l'immunité naturelle contre telle maladie infectieuse ou acquise par une première atteinte de cette maladie.

Une première variole met à l'abri d'une seconde (sauf exception), la vaccine préserve de la variole et inversement. C'est l'état d'immunité acquise. L'immunité ne dépend pas toujours d'une première atteinte guérie; il y a certaines espèces, certaines races, certains individus qui sont réfractaires naturellement à certaines maladies.

Ces immunités ne sont ni absolues, ni invariables. Le chien adulte résiste au charbon, mais le jeune chien succombe; l'âge a donc une influence sur l'immunité.

La poule normale résiste au charbon, mais M. Pasteur a montré qu'elle succombe lorsqu'on rattache les pattes dans l'eau. Est-ce parce qu'on abaisse ainsi sa température? Est-ce parce qu'on diminue sa résistance nerveuse en lui imposant cette torture? Je ne sais.

L'immunité varie suivant les races. L'inoculation du charbon faite convenablement est presque fatalement mortelle aux moutons de France; mais les moutons algériens, qui vivent dans des conditions différentes de climat, sont réfractaires au charbon. Encore l'immunité des moutons d'Algérie cède-t-elle au nombre des agents infectieux, comme l'a montré M. Chauveau.

Dans une même race l'immunité varie suivant les individus. De temps en temps un lapin résiste à l'inoculation d'une culture de charbon qui tue les autres. Dans l'espèce humaine on trouve quelques enfants réfractaires à la vaccine; dans un cas j'ai vu vacciner douze fois un enfant sans résultat, bien que pendant sa grossesse la mère n'eût pas été vaccinée et n'eût pas contracté la variole.

Il y a des degrés dans l'aptitude à contracter les maladies infectieuses. Le degré le plus élevé, c'est la prédisposition; le plus bas, c'est l'immunité. Dans l'immunité il n'y a rien d'absolu, ni de définitif. Quelques années, quelques mois plus tard une inoculation qui avait échoué réussit; une modification s'est accomplie dans la vie qui fait réussir ce qui ne réussissait

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pas. Inversement telle aptitude morbide qu'on avait peut disparaître. Des individus qui étaient perpétuellement enclins à contracter férysipèle, cessent de l'être; la blennorrhagie, si fréquente chez les jeunes gens, est bien rare à un âge plus avancé, même quand on s'y expose autant.

L'enfant et le vieillard ont également de la prédisposition aux maladies infectieuses; cependant ces êtres sont bien différents au point de vue de l'intensité vitale : l'activité nutritive et la puissance formative sont plus grandes chez l'enfant, amoindries chez l'homme âgé. L'enfant n'est pas seulement plus vulnérable parce qu'il n'a pas encore eu de maladies, mais parce que ses jeunes cellules sont plus facilement impressionnées. Mais chez le vieillard comme chez l'enfant il y a un défaut de fixité de la molécule vivante; chez l'adulte au contraire celle-ci est plus stable, plus difficile à détruire.

Chez un même individu, à un même âge, existent des variations dans la prédisposition suivant l'état de sa santé physique et morale. L'affaiblissement qui résulte de la maladie augmente la prédisposition chez les convalescents; les soucis et les chagrins, les veilles, les secousses morales prédisposent à contracter les maladies infectieuses. Voyez ce qui se passe dans les hôpitaux pour les étudiants en médecine : les excès de travail comme les excès de plaisir, tout ce qui fatigue les jeunes gens les prépare à recevoir les germes infectieux; une seule nuit passée sans sommeil mène à contracter la diphthérie, c'est là une histoire journalière dans les hôpitaux d'enfants. Les microbes ont bien plus de prise sur la molécule vivante mal réparée, détériorée. Chez l'homme bien portant la résistance à l'infection est très grande ; la bonne santé est une immunité relative. J'ai quelquefois exprimé cette vérité sous une formule que n'eût pas désavouée La Palisse : le meilleur moyen de ne pas devenir malade, c'est de rester bien portant.

Si on envisage l'homme au point de vue historique, on constate que l'immunité varie suivant les siècles, elle augmente en général. Toutes les fois qu'on peut comparer la fréquence et la gravité d'une maladie chez un peuple suivant qu'il en est

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