LES DEUX PHASES DE LA QUESTION
et Roux à l'Académie des sciences le 28 février 1881 sur l'atténuation du virus charbonneux.
Le 21 mars 1881 , M. Pasteur reprend la critique expérimentale des idées émises autrefois par M. Toussaint et réfute l'expérience de celui-ci avec le sang chauffé et le sang filtré. Les conclusions qui en découlent sont les suivantes : 1° le sang filtré sur filtres de papier tue parce que les bactéridies traversent le papier; 2° le sang chauffé à 55° pendant 10 minutes tue quelquefois, mais alors le sang de l'animal qui succombe est plein de bactéridies; si donc les bactéries avaient été tuées, il s'était formé des spores qui n'avaient pas été détruites par ce chauffage insuffisant; 3° il est des cas où le sang chauffé ne tue pas, mais alors il ne vaccine pas.
Est-ce à cela que se réduit l'expérience de Toussaint? Il est bien probable qu'il n'a pas tué les bactéridies, mais il en a fait peut-être un virus faible. Il se peut que cela soit arrivé dans quelques-unes des expériences de M. Toussaint, car il est impossible qu'il n'ait pas réellement obtenu quelquefois l'immunité. En tout cas, il n'a pas réalisé cette immunité avec une matière soluble fabriquée par les agents pathogènes.
Ici se clôt la première phase historique de la question du vaccin soluble. On peut la résumer ainsi : D'abord M. Pasteur formule la théorie à l'état de supposition, mais la combat; M. Toussaint l'affirme et croit la prouver expérimentalement, les faits qu'il cite font même illusion quelque temps. M. Toussaint abandonne son affirmation première, que M. Pasteur avait déjà réfutée. M. Chauveau reste seul défenseur de la théorie de la vaccination par substance soluble, mais ne poursuit pas la démonstration de son idée.
La question de la vaccination par les matières solubles renaît en 1887 et entre dans une nouvelle phase.
Le 25 janvier 1887, dans une lettre adressée à M. Duclaux et insérée dans le premier numéro des Annales de V Institut Pasteur, M. Pasteur a fait son évolution dans la question de l'immunité, il a abandonné sa première opinion, suivant laquelle l'immunité acquise serait due à ce que l'organisme ne
contient plus les matières nécessaires à la vie du microbe. C'est à propos de la rage que M. Pasteur a été amené à modifier sa manière de voir.
Le mécanisme de la vaccination contre la rage après morsure était et est encore fort obscur. Il diffère radicalement de tout ce que nous savons de l'immunité acquise pour les autres maladies virulentes. Les faits sur lesquels la méthode repose sont parfaitement réels, mais ils n'ont ni analogues ni précédents. Il s'agit d'ailleurs d'une maladie dont le microbe n'a pas «encore été vu; il existe certainement, mais on ne peut démontrer son existence que par les propriétés virulentes des tissus dans lesquels on suppose qu'il réside. Ici donc le matériel expérimental même sur lequel nous nous sommes appuyés dans l'étude de l'immunité des autres maladies virulentes nous fait défaut.
Nous savons que l'inoculation du virus rabique sous la duremère est toujours mortelle. Quand on fait l'inoculation sous la peau, on donne quelquefois la rage aux animaux; l'évolution de la maladie est alors un peu plus lente; parmi ceux qui survivent, plusieurs ont conquis l'immunité.
Ce qui est tout à fait singulier, c'est que ceux qui ne succombent pas, qu'ils deviennent réfractaires ou non, ne sont aucunement malades du fait de l'inoculation. On ne constate pas chez ceux qui vont avoir l'immunité les signes d'une maladie atténuée.
La virulence réside surtout dans le système nerveux central. Si on fait dessécher la moelle dans un air sec, il arrive un moment où, inoculée sous la peau, cette moelle tue rarement, et la plupart des animaux qui survivent ont conquis l'immunité, sans que cette immunité ait été précédée par la moindre apparence de maladie atténuée. Si on l'inocule sous la dure-même, elle tue habituellement et ceux qui ne meurent pas ne sont pas vaccinés. On tue d'autant moins et on vaccine d'autant mieux par l'inoculation sous-cutanée de moelle rabique desséchée, que les inoculations sont plus multipliées et que l'on commence par des moelles plus anciennes.