VIRUS RABIQUE
Tous ces faits ont été observés par M. Pasteur chez le lapin. Si, au lieu de faire l'injection sous-cutanée, on fait l'injection intra-veineuse, non plus chez le lapin, mais chez les petits ruminants (chèvre, mouton) comme l'a fait M. Galtier (26 janvier 1881), on ne provoque jamais la mort, on n'observe pas de maladie, mais on a créé l'immunité. Tout récemment, M. Galtier a obtenu les mêmes résultats chez le bœuf.
Tel était à peu près l'état de la question. L'étude des autres maladies virulentes naturelles ou atténuées ne nous avait appris rien d'analogue. Dans cette obscurité, M. Pasteur fit jaillir un éclair.
Nous disions par habitude que le virus rabique de la moelle desséchée était un virus atténué. M. Pasteur affirma qu'il n'y avait pas là atténuation du virus, mais seulement diminution de sa quantité. En effet, prenez un lapin inoculé sous la duremère avec ce prétendu virus atténué, il meurt après 30 jours et plus au lieu de mourir au bout de 7 jours, comme tout lapin inoculé avec le virus fort. Inoculez son bulbe sous la dure-mère à un autre lapin, ce dernier mourra en 7 jours. Le premier lapin a donc eu, après une plus lente incubation, une rage forte qui a transmis la rage forte.
M. Pasteur fait remarquer qu'on observe à peu près les mêmes particularités dans les conditions suivantes : parmi les animaux inoculés sous la peau avec la rage forte il en est un bon nombre qui ne succombent pas. À un de ceux qui survivent, inoculez sous la dure-mère un virus fort, il résistera ou, s'il devient malade, l'incubation sera plus longue.
M. Pasteur fait alors une supposition hardie. Il admet qu'il y a deux choses côte à côte dans un bulbe rabique : le virus et la matière vaccinante. Il admet en outre que la dessiccation détruit plus vite le virus que le vaccin. Il en résulte que les moelles en dessiccation renferment de jour en jour moins de virus et restent pendant assez longtemps avec une quantité à peu près normale de matière vaccinante.
Comme la durée de l'incubation peut être proportionnelle à la quantité de virus introduit, l'inoculation de la moelle dessé-
chée, si elle doit donner la rage, ne la donnera qu'après une plus longue incubation; mais, le virus n'étant pas atténué, cette rage ne sera pas atténuée et se transmettra comme rage forte.
Quand dans l'expérience que je citais tout à l'heure on a inoculé sans succès sous la peau la rage forte, le virus n'a pas agi; mais la matière vaccinante qui accompagnait ce virus a agi, elle a pu faire l'immunité complète ou peut-être une immunité incomplète, et alors une réinoculation sous la dure-mère avec le virus fort a trouvé l'organisme plus résistant et l'incubation a été plus longue.
De même les inoculations de moelle desséchée produisent plus rarement la mort et aussi souvent l'immunité que les moelles fraîches, parce qu'elles renferment moins de virus et autant de matière vaccinante.
M. Pasteur ajoute d'autres faits qui sont réellement très suggestifs dans le sens de son hypothèse.
Plus on injecte de virus fort sous la peau, plus il y a de chances pour que l'animal survive et pour qu'il soit vacciné. En effet on introduit ainsi d'un coup et immédiatement une grande quantité de matière vaccinante et l'immunité est déjà acquise depuis longtemps quand, après l'incubation, l'action du virus devrait commencer à se faire sentir.
Autre fait : les moelles desséchées inoculées sous la duremère peuvent ne pas tuer; les mêmes injectées sous la peau vaccinent. La conclusion, c'est qu'elles n'étaient plus virulentes, mais qu'elles étaient encore vaccinantes. D'où cette conséquence : les deux qualités n'appartiennent pas à la même substance. Malheureusement M. Pasteur nous avertit que ces dernières expériences ont été contredites par d'autres.
Ce ne sont là assurément que des explications, des hypothèses, sans démonstration expérimentale; mais on ne saurait croire quelle influence exerça cette communication sur tous ceux qui se vouent aux études bactériologiques, et quelle impulsion elle donna aux travaux qui devaient enfin apporter la preuve décisive.
Neuf mois après, M. Charrin nous donnait cette preuve expé-