‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 56 sur 180 · EXPÉRIENCE DÉMONSTRATIVE DE M. CHARRIN · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE DÉMONSTRATIVE DE M. CHARRIN

rimentale, la première, puisque les faits de M. Toussaint ne sont plus valables. Le 2!i octobre 1887, dans cette communication qui m'a déjà servi à prouver que certains accidents des maladies infectieuses sont produits par des poisons que sécrètent les microbes, M. Charrin établit que l'injection sous-cutanée de la culture filtrée du bacille pyocyanique rend le lapin réfractaire à l'inoculation intra-veineuse de ce même bacille.

Peut-être avant M. Charrin aurais-je dû citer MM. Salmon et Smith qui, en septembre 1887, ont communiqué au Congrès médical de Washington des expériences sur la production de Timmunitépar injections hypodermiques de cultures stérilisées. Cette communication n'est pas encore publiée, je crois, au moment où je parle; je ne la connais que par un extrait inséré dans \&Centralblatt fur Bactériologie. Du bouillon peptonisé est ensemensé avec la bactérie du choléra des porcs (Schweine choiera); après séjour à l'étuve pendant quelques jours, il est chauffé pendant une heure entre 56° et 60°. Les auteurs en injectent sous la peau à un pigeon lcc à lcc,5. Cette injection est répétée une ou deux fois. Quelques jours après la dernière, ils inoculent trois quarts de centimètre cube de culture virulente. Tous les vaccinés survivent, tous les témoins meurent.

Cette expérience ressemble singulièrement à celle de M. Toussaint. Elle s'en distingue cependant par cette précaution, c'est que les auteurs ont démontré par des ensemencements demeurés infructueux que leur culture après chautfage à 56° était devenue stérile, que leur vaccin ne contenait plus de microbes vivants. Des recherches faites dans mon laboratoire m'autorisent à considérer cette preuve comme insuffisante. M. Maximowitch a prouvé en effet que, lorsque les microbes ont subi des causes graves de détérioration, ils peuvent être incapables de se multiplier dans des milieux inertes et se développer cependant dans le corps de l'animal. Il a vu que la bactéridie charbonneuse, après un séjour de 15 minutes dans une solution de naphtol a à 1 pour 5000, ne se développe plus sur la gélatine nutritive et donne pourtant encore chez le lapin une inoculation positive. Il aurait donc fallu ou filtrer les cultures au lieu de les chauffer, ou

cultiver les tissus des animaux injectés. Le succès de la culture prouverait que ces auteurs avaient seulement réussi à faire un vaccin ordinaire, à atténuer la virulence de leur microbe. Mais tout cela a peut-être été fait; je ne parle que d'après une analyse insuffisante et suis tout prêt à reconnaître, s'il y a lieu, la priorité de MM. Sa l m on et Smith dans la démonstration expérimentale des matières solubles vaccinantes *.

J'arrive enfin à l'admirable travail de MM. Roux et Chamberland (décembre 1887). J'en ai déjà parlé quand je démontrais l'existence de matières toxiques, sécrétées par les microbes. Il s'agit de la septicémie gangreneuse, de la gangrène gazeuse, de l'œdème malin. Le microbe de cette maladie, le vibrion septique, comme l'a appelé M. Pasteur, meurt quand on le chauffe à 95° pendant 5 minutes. Les auteurs chauffent la culture de cet organisme entre 105° et 110° pendant 10 minutes; ils la sèment dans du bouillon neuf, cette culture reste stérile; ils l'inoculent, l'animal reste bien portant : elle ne renferme donc plus de microbes vivants. De cette culture ainsi stérilisée, ils injectent dans le péritoine d'un cobaye un dixième du poids de l'animal, renouvellent trois fois cette injection, puis deux jours après la dernière inoculent à cet animal le vibrion septique en même temps qu'à des cobayes témoins. Le cobaye vacciné survit, les témoins meurent en 18 heures.

Ce n'est pas la première vaccination qui ait été faite contre la gangrène gazeuse et peut-être les premiers essais avaient-ils,

1. Il nous semble équitable de reconnaître que MM. Salmon et Smith ont réalisé les premiers la vaccination par les substances solubles. Leurs premières expériences ont été publiées en 1885 et en 1886, mais n'ont été connues en Europe qu'après leur communication de 1887 au Congrès de Washington. Toutefois leurs expériences n'échappent pas totalement aux critiques qui ont été adressées justement aux essais de M. Toussaint, et je ne vois pas qu'ils aient eu soin de se mettre à l'abri des deux objections que je signale : ils n'ont pas filtré leurs cultures et n'ont pas tenté de cultiver les tissus des animaux auxquels ils ont injecté ces cultures qu'ils pensent avoir stérilisées. J'ajoute qu'ils n'ont pas réussi à vacciner le porc avec les matières solubles et qu'ils n'ont conféré l'immunité qu'au pigeon, animal qui, de leur aveu, est à la limite de la réceptivité. Je crois donc pouvoir m'associer à la conclusion qu'a formulée M. Duclaux quand il a dit « qu'il n'y avait dans cet ensemble de faits, si intéressants qu'ils fussent, rien qui fût capable d'emporter la conviction ».

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