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VACCINATION PAR LES SUBSTANCES SOLUBLES QUE FABRIQUENT LES MICROBES

Historique résumé de la découverte des vaccins chimiques : M. Chauveau et M. Pasteur sont les promoteurs de l'idée dont la démonstration a été donnée par M. Charrin, MM. Roux et Chamberland, MM. Chantemesse et Widal.

La démonstration d'une matière vaccinante dans le charbon n'est pas encore faite. On connaît trois maladies, peut-être quatre, où l'agent pathogène sécrète une substance vaccinante : maladie pyocyanique, gangrène gazeuse, fièvre typhoïde, peut-être choléra des porcs.

Avantages qu'offrirait la vaccination par substances chimiques et non par virus vivants.

Faits obscurs qui seraient éclairés par la notion des vaccins solubles. — Inconvénients de la chaleur et des filtres pour débarrasser les cultures des microbes.

Comment les microbes pathogènes fabriquent-ils la matière vaccinante? — La fonction vaccinante se confond-elle avec la fonction virulente? — Par quel mécanisme les matières vaccinales donnent-elles l'immunité ? Invraisemblance de la persistance indéfinie dans l'organisme d'une matière empêchante. — Probabilité en faveur d'une déviation du type nutritif des cellules.

Vaccination par les urines pyocyaniques. Échec des tentatives de vaccination avec les urines du charbon, de la rage, de la septicémie du lapin et du choléra des poules. Réussite avec celles de la fièvre typhoïde. — Dangers possibles de la vaccination par produits solubles.

On cherchait des substances qui, sécrétées par les microbes, seraient offensives pour eux et dont l'accumulation arrêterait la maladie infectieuse et l'empêcherait de recommencer; on a trouvé les matières vaccinantes. Est-ce là précisément ce que Ton cherchait? Je ne l'affirmerais pas; j'ai même la conviction que l'importance de la découverte a dépassé les espérances. Je crois qu'une grande évolution vient de s'accomplir. Le but

EXPÉRIENCES DE MM. CHANTEMESSE ET WIDAL 129

était indiqué depuis longtemps ; M. Chauveau l'avait pressenti, M. Pasteur en avait eu la prescience; tous deux l'avaient nettement affirmé. De tous côtés, dans les deux mondes, les travailleurs se pressaient dans une même voie, celle que leur indiquait la lettre à M. Duclaux; et, dans la même année où ce dernier appel avait retenti, ils apportaient presque simultanément la même solution. L'histoire ne séparera pas les promoteurs de l'idée de ceux qui en ont donné la démonstration. Après les publications de M. Charrin, de MM. Roux et Chamberland, est venue h découverte de MM. Chantemesse et Widal 1 touchant le pouvoir qu'a le bacille de la fièvre typhoïde de sécréter une matière vaccinante. Ces expérimentateurs avaient remarqué que, si Ton enlève par le grattage la culture du bacille d'Eberth à la surface d'un tube de gélose nutritive et qu'on ensemence de nouveau cette surface avec des bacilles fournis par une culture en pleine activité, la végétation ne se développe pas, la surface a été rendue stérile par la vie du microbe. Ils ont supposé que cette stérilité était due à une matière empêchante. Cette hypothèse les a conduits, par une conclusion qui en a guidé bien d'autres, mais que je continue à croire fausse, cette hypothèse les a conduits à penser que cette matière empêchante pourrait être vaccinante.

Après s'être assurés que l'injection dans le péritoine de la souris d'un quart de centimètre cube de culture du bacille d'Eberth amène toujours (30 fois sur 30) la mort de l'animal, ils ont chauffé leur culture à 100° pour se débarrasser de la vie des microbes et ont reconnu alors que, pour tuer la souris, il fallait lui injecter une dose de liquide cinq ou six fois plus considérable; que, si la dose était moindre, l'animal survivait, mais qu'il possédait l'immunité. Ils font d'ordinaire, à quatre jours d'intervalle, deux injections d'un quart de centimètre cube de la culture stérilisée. L'inoculation de la culture active se montre ensuite inoffensive.

Dans cette importante question M. Pasteur a voulu, lui aussi,

1. Annales de l'Institut Pasteur, 25 février 1883. BOUCHARD. Maladies infectieuses.

apporter quelques documents expérimentaux à l'appui de la doctrine; ils sont consignés dans une note à l'Académie des sciences du 30 janvier 1888. Ayant répété autrefois les expériences de M. Toussaint, il s'était convaincu que le sang charbonneux chauffé pendant 10 minutes à 55° n'est pas débarrassé de tous ses microbes et que d'autre part ce sang n'est pas vaccinant. Il supposa sans doute que la matière vaccinante avait pu être détruite ou modifiée par cette haute température et pensa qu'il convenait de supprimer les microbes sans employer un chauffage aussi considérable. Il chauffa le sang charbonneux à M°,5 pendant 42 et h jours. Ainsi traité, le sang ne contient pas de spores et ne renferme aucune bactéridie vivante. Par l'injection de quantités réellement minimes de ce sang (de 1 à 3CC en 2 à k fois), M. Pasteur a dans quelques cas obtenu l'immunité chez le lapin; le plus souvent les résultats ont été douteux ou partiels; ils ont été souvent nuls. La question restait donc en suspens 1.

Woolridge dit bien que, cultivant le charbon dans des extraits de thymus et de testicule de veau, il a obtenu par filtration un liquide qui conférait l'immunité. Ce serait la seule culture de

1. Dans le n° d'août 1888 des Annales de l'Institut Pasteur, MM. Roux et Chamberland arrivent par des expériences qui présentent une grande analogie avec celles de M. Toussaint et avec celles de M. Pasteur à cette conclusion que la bactéridie charbonneuse sécrète réellement un vaccin chimique.

Du sang de mouton charbonneux chauffé à 55°, 5 pendant 40 minutes et maintenu ensuite pendant longtemps ,à l'étuve ordinaire, ne contient plus de bactéries. On injecte 3CC de ce sang à un mouton sain, puis on l'inocule avec le virus fort. L'animal devient malade, mais ne meurt pas.

Du sang charbonneux est chauffé à 58°, cinq jours de suite, pendant une heure chaque jour. Ce sang ne contient plus de bactéries. On injecte de ce sang à deux moutons, 90cc à l'un, 70cc à l'autre, en six injections, une chaque jour. On inocule ensuite avec du virus fort les deux animaux et deux témoins. Les témoins meurent; les vaccinés sont malades, mais guérissent.

Un sang charbonneux, préparé de la même façon, est injecté à sept moutons à des doses variant de 8ec à 104ec. Ces animaux sont ensuite inoculés avec le virus fort en même temps que deux témoins. Les deux témoins meurent; deux des vaccinés succombent également; les cinq autres sont malades, mais guérissent.

Cette immunité est de courte durée, moins persistante que celle que confère le virus- atténué. Elle est complète le quatorzième jour; elle est moindre le dix-septième jour; au vingt-quatrième jour, elle ne s'observe plus que chez un mouton sur trois.

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