MATIÈRE VACCINANTE DANS LE CHARBON
charbon qui aurait donné un tel résultat. J'ai bien souvent, et parfois à des doses énormes, — et je soupçonne que tous les expérimentateurs en ont fait autant, — injecté sous la peau ou dans les veines les cultures de charbon récentes ou anciennes, chauffées ou filtrées, et n'ai jamais obtenu l'immunité. Il est vrai que j'expérimentais sur le lapin, animal qui ne devient pas facilement réfractaire au charbon. J'ai injecté aussi le sérum filtré du sang charbonneux à la dose de 31cc par kilogramme , en 13 jours. Le lapin inoculé deux jours après la dernière injection est mort en 6 jours; un témoin qui avait reçu le même virus fort, est mort en deux jours. Enfin, comme je vous l'ai déjà dit, j'ai injecté Mcc de la sérosité filtrée de l'œdème charbonneux et, quoique l'animal ait été fort malade pendant h jours et ait eu toute l'apparence d'un lapin charbonneux, je n'ai pas réussi à lui conférer même une apparence d'immunité. Je ne résous pas la question par la négative, mais j'attends encore la démonstration d'une matière vaccinante dans le charbon i.
1. Depuis que cette leçon a été professée, quelques expériences ont été faites dans mon laboratoire qui sont de nature à faire admettre la réalité d'une matière vaccinante dans le charbon; seulement cette matière ne serait pas soluble ou bien elle serait fixée par la chaleur dans l'intérieur des bactéridies. Les expériences dont je vais donner le résumé appartiennent à M. G'.-H. Roger.
Exp. I. — Une culture très virulente datant de six jours est chauffée à 115° pendant 10 minutes. A deux lapins pesant l'un 1800 grammes, l'autre 1700 grammes, on injecte par petites doses en 8 jours la culture ainsi stérilisée et non filtrée. Le premier lapin reçoit 82cc dont 32 dans les veines et 50 sous la peau; le second lapin reçoit 59cc dont 54 dans les veines et 5 sous la peau. Le lendemain de la dernière injection, ces deux lapins sont inoculés, en même temps qu'un témoin, par voie intra-veineuse avec deux gouttes d'une culture virulente. Au bout de deux jours, le témoin est mort, le deuxième lapin meurt le quatrième jour, le premier lapin survit.
Exp. IL — Une culture virulente datant de six jours est chauffée à 110° pendant 5 minutes. Cette culture, ainsi stérilisée et non filtrée, est injectée par petites doses en treize jours à deux lapins qui pèsent tous deux 1850 grammes. Le premier lapin reçoit 140°° de cette culture sous la peau, le second reçoit également 140°° dont 88 dans les veines et 52 sous la peau. Le lendemain de la dernière injection, ces deux lapins, ainsi qu'un témoin, sont inoculés par voie intra-veineuse avec quatre gouttes de culture virulente. Le témoin meurt au bout de quatre jours. Les deux lapins préalablement injectés survivent. On les réinocule dix-sept jours après la première inoculation en même temps qu'un nouveau témoin; le témoin meurt en deux jours, les deux lapins injectés survivent.
Exp. III. — Une culture virulente est chauffée à 110° pendant 5 minutes,
La rage, dont la transmission offre des particularités qui semblaient à M. Pasteur ne pouvoir s'expliquer que par l'existence dans les tissus rabiques d'une matière vaccinante, a dû solliciter à ce point de vue le zèle des expérimentateurs. Rien n'a encore été révélé de ces recherches. Je dirai les essais que j'ai entrepris.
Dans la vaccination contre la rage après morsure, M. Pasteur injecte sous la peau la moelle triturée du lapin rabique et pense que plus il injecte de cette moelle, plus aussi il injecte de matière vaccinante soluble. Pour ne pas injecter en même temps beaucoup de virus, il emploie des moelles desséchées où la dessiccation a détruit presque tout le virus et n'a altéré qu'une faible partie de la matière vaccinante. Si dans la moelle fraîche les deux substances sont mélangées, n'est-il pas possible de les dissocier mécaniquement? Si le virus rabique est constitué par des microbes, et je ne le conçois pas autrement, il est probable que la filtration au filtre de porcelaine le retiendra et il est possible que la matière vaccinante tra-
puis versée dans de longs tubes. Après refroidissement, les baetéridies mortes ont gagné le fond des tubes. Le liquide limpide qui surnage est décanté, puis filtré au papier. On injecte comparativement le liquide dépouillé de bactéries à deux lapins qui pèsent l'un 2120 grammes, l'autre 2170 grammes, et les bactéries mortes rassemblées dans une quantité très minime de ce liquide à deux autres lapins pesant l'un 2000 grammes, l'autre 2060 grammes. Le premier lapin a reçu 1 54cc de culture sans bactéries, dont 53cc dans les veines et 101cc sous la peau; le deuxième lapin reçoit également 154" seulement sous la peau; le troisième lapin reçoit la totalité des baetéridiesmortes qui existaient dans 154cc de culture; deux cinquièmes de la masse sont introduits dans les veines, trois cinquièmes sous la peau. Le quatrième lapin reçoit également les baetéridies mortes qui avaient existé dans 154ce de culture; la totalité de ces baetéridies est insérée sous la peau. Toutes ces injections ont été faites par petites fractions en douze jours. Trois jours après la dernière injection, les quatre lapins, en même temps qu'un témoin, sont inoculés avec quatre gouttes de culture virulente. Le témoin meurt au bout de deux jours ; les deux premiers lapins, ceux qui n'ont reçu que le liquide sans baetéridies, meurent au bout de trois jours; le troisième lapin qui a reçu les cadavres des baetéridies, partie dans les veines et partie sous la peau, meurt cinq heures plus tard que les précédents. Le quatrième lapin survit : c'est celui qui a reçu sous la peau la totalité des baetéridies mortes.
M. Roger conclut, non sans quelque apparence de raison, qu'il y a dans le charbon une matière chimique vaccinante qui est renfermée dans les baetéridies et qui ne diffuse pas dans le liquide de culture et que cette matière déposée dans le tissu cellulaire peut être à la longue dissoute et résorbée.