‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 60 sur 180 · INFLUENCE DES FILTRES SUR CERTAINS POISONS SOLUBLES · texte numérisé non relu

INFLUENCE DES FILTRES SUR CERTAINS POISONS SOLUBLES

verse le filtre comme elle le fait pour la maladie pyocyanique et la gangrène gazeuse.

J'ai trituré avec un peu d'eau et broyé intimement la totalité du système nerveux central d'un chien enragé, et j'ai filtré le mélange. Une parcelle du magma resté sur le filtre a été insinuée après trépanation sous la dure-mère d'un lapin qui est mort de la rage au bout de lï\ jours. Un demi-centimètre cube du liquide filtré a été injecté sous la dure-mère à plusieurs autres lapins, aucun d'eux n'est devenu enragé. La totalité du liquide filtré, moins les quantités insignifiantes prélevées pour les expériences de contrôle, a été injectée sous la peau d'un lapin qu'on pensait ainsi vacciner. Chez ce lapin, au bout de 15 jours, on a renouvelé l'injection du liquide filtré d'un autre système nerveux de chien enragé, puis, un mois après la première injection, on a inoculé sous la dure-mère à cet animal en même temps qu'à un témoin le bulbe d'un lapin mort de la rage. Le lendemain, les deux animaux étaient morts de la septicémie du lapin. Cet accident est fréquent quand on n'opère pas immédiatement après la mort.

J'ai recommencé cette longue expérience. Elle a été conduite de la même façon sur deux lapins. Inoculés avec le bulbe d'un lapin rendu rabique par transmission de la rage canine, ces deux lapins sont morts le dix-septième jour après l'inoculation, avant l'animal témoin. La conclusion à tirer de ces expériences, c'est que le virus rabique n'est pas une substance soluble, qu'il se comporte comme le virus à agents figurés, mais que la matière vaccinante de la rage, si elle existe, n'est pas soluble, ou n'est pas soluble dans l'eau, ou est arrêtée ou modifiée par le filtre. Cette dernière proposition, fort improbable à première vue, doit, je crois, être prise en considération. Certaines matières sécrétées par des microbes perdent leurs propriétés en traversant un filtre; la même chose a été déjà signalée pour quelques ferments solubles qui sont inertes après avoir traversé le filtre de porcelaine. M. Arloing filtre au filtre de porcelaine la culture du microbe de la péripneumonie épizootique et n'observe après son injection aucun phénomène appréciable. Filtrée au

filtre de papier de telle façon qu'on puisse affirmer qu'elle était débarrassée de tout microbe, la même culture est phlogogène. Toutes ces expériences négatives sont donc à reprendre.

Nous connaissons déjà trois maladies infectieuses : la maladie pyocyanique, la gangrène gazeuse, la fièvre typhoïde, peut-être quatre en comptant le choléra des porcs, dans lesquelles l'agent pathogène sécrète une substance vaccinante. Pouvonsnous généraliser et dire que dans toute maladie infectieuse on pourrra obtenir l'immunité par ce procédé? Je ne sais; mais, si la généralité de cette loi venait à être prouvée, il en résulterait une réforme considérable dans la pratique des vaccinations. Actuellement on vaccine avec des virus, c'est-à-dire avec quelque chose qui se multiplie, qui crée une maladie. Ce virus, il est vrai, est atténué. Mais le degré de cette atténuation n'est pas rigoureusement établi; il dépend de l'habileté et de la vigilance d'un préparateur; cette pratique fait donc courir à rinoculé les risques d'une maladie infectieuse. Chaque année, des animaux succombent à ces inoculations préventives. La perte est minime, comparée au bénéfice que l'agriculture retire de ces vaccinations. Et cependant il y a encore des appréhensions; dans certains pays, on feint de redouter les vaccins de M. Pasteur à l'égal de la maladie qu'ils sont appelés à combattre. Toute crainte disparaîtrait si l'on pouvait substituer au virus un vaccin chimique incapable de se multiplier et qui ne pourrait agir que proportionnellement à sa masse. Pour l'inoculation antirabique, tous les faits déposent, il est vrai, en faveur de l'innocuilé de cette méthode, et cependant ce n'est pas sans une réelle émotion que le médecin se résout à prescrire l'inoculation à l'homme du virus rabique non atténué. Ces craintes sont vaines, assurément, mais soyez certains que, si nous possédions un vaccin chimique, personne ne refuserait la vaccination après morsure et que beaucoup, à l'heure présente, succombent parce qu'ils ont peur du remède.

Au point de vue scientifique enfin, bien des obscurités, bien

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