DEUXIÈME LEÇON
(24 mars 1888.)
L'homme maître des microbes. — Rôle en général utile des microbes dans la nature. Ils rendent possible l'organisation de la matière minérale par les végétaux. Ils complètent la destruction de la matière organisée pour en rendre les éléments au monde minéral. Les microbes asservis par l'homme pour son alimentation et son industrie.
Microbes pathogènes. — L'homme a su les asservir aussi. Atténuation des maladies infectieuses par suite des progrès de la civilisation. Exemples tirés de la pathologie historique : la peste noire, la lèpre, la syphilis. — L'anarchie et la barbarie favorables à la pullulation des microbes. — Le poison paludéen chassé par le défrichement du sol. Deltas incultes et deltas cultivés. L'homme peut agir sur les microbes en changeant les milieux où ils vivent.
L'homme peut, sans toucher à la vitalité des microbes, diminuer leur nombre, changer leurs formes, pervertir leurs fonctions, faire varier leur virulence.
La gravité des maladies infectieuses est proportionnelle au nombre des microbes pathogènes introduits dans l'organisme. Expériences de M. Chauveau et de M. Watson-Cheyne.
Je vous ai laissé entrevoir dans la précédente leçon que,
dans ma pensée, les microbes sont, de tous les êtres vivants, ceux sur lesquels notre puissance s'exerce de la façon la plus manifeste. Quels sont, en effet, les êtres dont nous pouvons, au même degré, entraver la multiplication, modifier la nutrition, altérer le fonctionnement, changer la forme?
Quelques-uns d'entre vous estiment peut-être que cette assurance est exagérée. Je pense pouvoir vous démontrer, dans la suite de ces leçons, que j'ai le droit de m'exprimer ainsi. Il n'est pas interdit à l'homme d'espérer que, grâce à son action sur les microbes, il rendra moins fréquentes et moins dange-