ROLE DES MICROBES DANS LA. NATURE
reuses les atteintes des maladies infectieuses. Cette espérance, je la résume dans cette formule : « L'homme est et sera de plus en plus le maître du microbe. » Je puis d'abord motiver cette affirmation et cette espérance en jetant un rapide coup d'œil sur l'histoire des maladies infectieuses.
Et d'abord ce serait une erreur de croire que les microbes soient nos ennemis en général. Bien au contraire la masse des espèces du monde microbien est pour nous. Sans les microbes la vie s'éteindrait à la surface de la terre, ce sont eux qui rendent possibles la vie végétale et la vie animale; ils sont des intermédiaires indispensables dans la circulation de la matière. On a dit que les végétaux organisaient la matière minérale et que les animaux détruisaient la matière organisée pour la rendre au monde minéral. Si cette conception ainsi formulée est vraie dans son ensemble, chacun des deux termes de la formule est cependant incomplet et inexact. Les animaux transforment sans doute la matière organisée; ils en ramènent une partie à l'état minéral, à l'état d'eau et d'acide carbonique; mais ce n'est qu'une partie de la matière organisée dont la désorganisation totale est effectuée par la vie animale. Pour le reste, l'œuvre de destruction est inachevée. Pour que tout redevienne minéral, le concours des microbes est indispensable. Pendant la vie ils s'emparent des poils, des cellules épithéliales, du mucus, des excrétions autres que l'eau et l'acide carbonique; après la mort, sauf en cas de crémation, eux seuls peuvent restituer le corps tout entier au monde minéral, en désorganisant et en minéralisant ses tissus, qu'ils transforment en eau, en acide carbonique, en hydrogène, en hydrogène carboné, en hydrogène sulfuré, en ammoniaque, etc. Si la destruction de la matière est commencée par l'animal, elle est finie par le microbe. Quant à la substance des végétaux qui n'ont pas servi à l'alimentation des animaux, ou que l'homme n'a pas détruits à l'aide du feu, elle ne peut retourner au monde minéral que par les microbes, soit qu'ils effectuent totalement l'œuvre de destruction, soit qu'ils préparent et facilitent les oxydations spontanées, directes.
D'autre part, si les végétaux organisent la matière minérale, les microbes préparent cette organisation. Nous savons par les travaux de MM. Mùntz et Schloesing qu'ils jouent un rôle dans la nitrifîcation de l'ammoniaque; ils feraient plus encore, d'après M. Berthelot, ils fabriqueraient une matière azotée insoluble qui constituerait, avec les nitrates, l'alimentation organisée des végétaux.
Ainsi les microbes jouent un double rôle dans la nature : ils préparent la vie, ils complètent la mort. Sans eux, la matière minérale utilisable serait vite épuisée; sans eux la matière minérale ne deviendrait pas utilisable.
Déjà donc, sans notre ordre, les microbes travaillent pour nous. Mais, en outre, nous avons su leur assigner des rôles spéciaux et les asservir à notre industrie. Alvarez montrait, il y a quelques mois, que la fabrication de l'indigo avec la substance des plantes indigofères est le résultat d'une fermentation, dont l'agent est un microbe; or l'homme peut régler cette fermentation et la rendre aussi productive que possible en préservant la masse fermentescible de toute contamination par d'autres microbes qui pourraient entraver l'action du ferment spécifique. Voilà donc les microbes nos collaborateurs. D'ailleurs ne leur devons-nous pas le pain? N'est-ce pas grâce à eux que les peuples du Nord boivent de la bière et que nous buvons du vin?
Il est vrai que, si nous avons su les asservir, ils sont quelquefois des esclaves révoltés et cherchent à restituer au monde minéral la matière de notre corps, de notre vivant même. C'est par là que certains microbes sont pathogènes; parmi ceux-ci, nous avons su déjà domestiquer quelques espèces; nous les avons transformées en vaccins ou nous les avons forcées à fabriquer des matières vaccinantes qui nous préservent contre leurs atteintes et qui, si la maladie est déjà réalisée, nous aideront peut-être un jour à en triompher.
On ne manquera pas d'objecter que les maladies infectieuses ne se sont pas tant atténuées dans le cours des âges, malgré notre prétendue puissance sur les microbes, et que nos malades