‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 61 sur 180 · AVANTAGES DES VACCINS CHIMIQUES · texte numérisé non relu

AVANTAGES DES VACCINS CHIMIQUES

des contradictions disparaîtraient. On comprendrait enfin des faits étranges, l'innocuité et l'action prophylactique de l'injection de très grandes quantités de virus, la vaccination intraveineuse de MM. Chauveau et Arloing pour la septicémie gangreneuse, la vaccination intra-veineuse de MM. Arloing, Cornevin et Thomas pour le charbon symptomatique , la vaccination intra-veineuse de M. Galtier pour la rage, toutes vaccinations qui sont obtenues par de grandes quantités de virus fort. On comprendrait enfin la vaccination sous- cutanée telle que M. Pasteur la pratique contre la rage. Voici un fait qui est exceptionnel, mais réel : un chien est inoculé par trépanation avec le bulbe d'un chien rabique ou même avec le bulbe d'un lapin rabique. On lui injecte ensuite sous la peau, plusieurs fois par jour, la moelle rabique desséchée dont le virus, quand il donne la rage, donne la rage forte : le chien ne devient pas enragé. Comment, avec les idées admises sur les virus et la virulence, comprendre que ce virus introduit par la voie la plus sûre et la plus rapide sera neutralisé par l'adjonction après coup d'un nouveau virus introduit par une voie plus lente et plus incertaine? Avec la notion des vaccins solubles, tout s'explique, et ces faits inexpliqués, qu'on déclarait absurdes, rentrent dans l'ordre et dans le rang. Il faut donc de toute nécessité reprendre et poursuivre la recherche des matières vaccinantes de ces diverses maladies; chercher à se débarrasser des microbes autrement que par la chaleur ou par les filtres qui altèrent certaines matières protéiques; ou bien chercher pour ces matières vaccinantes des dissolvants autres que l'eau.

Si l'on ne peut pas isoler le microbe de la matière vaccinante, soit parce que la chaleur ou la filtration modifient cette matière, soit parce qu'on ne découvre pas un dissolvant de cette matière, ne pourrait-on pas chercher à tuer le microbe sans altérer la substance chimique en faisant séjourner pendant un temps plus ou moins considérable les humeurs ou les tissus virulents au contact d'un antiseptique? Pour l'action microbicide, le temps supplée à la concentration des antiseptiques et il

faudrait sans doute qu'ils fussent assez dilués pour ne pas altérer le vaccin chimique *.

Comment les microbes pathogènes fabriquent-ils cette matière vaccinante, sur laquelle nous pouvons bien disserter, puisqu'elle est expérimentalement démontrée au moins pour trois ou quatre maladies? Elle est un produit de leur sécrétion assurément ; mais est-elle une qualité accessoire d'une sécrétion essentielle, ou est-elle l'attribut principal d'une sécrétion accessoire? L'urée, l'acide urique, les acides biliaires sont des produits normaux nécessaires de notre vie cellulaire; il se trouve que l'urée est peu toxique, que les acides biliaires le sont beaucoup, que l'acide urique ne l'est pas. La qualité vaccinante appartient-elle d'une façon fortuite et pour ainsi dire indifférente à un produit essentiel de la désassimilation du microbe, comme la toxicité à nos principales matières excrémentitielles? La substance vaccinale est-elle, au contraire, un produit de luxe d'une fonction secondaire qui pourrait être supprimée sans grand dommage pour le microbe, comme par exemple la fonction chromogène? Je pose beaucoup de questions qui ne me semblent nullement insolubles.

Et d'abord, pour les microbes chromogènes qui sont à la fois pathogènes et vaccinants, la fonction vaccinante ne se confond pas avec la fonction chromogène. De même que M. Charrin avait démontré que pour le bacille pyocyanique la virulence ne dépend pas de la fonction chromogène et que, en particulier, ce n'est pas la pyocyanine qui produit les accidents morbides, de même je crois avoir établi qu'on peut supprimer la fonction chromogène sans toucher à la fonction vaccinante. Le bacille pyocyanique a été ensemencé dans un bouillon auquel on avait

l. J'ai fait dans ce sens avec le naphtol {3 quelques essais qui sont restés infructueux, mais qui ne laissent pas d'être instructifs. La moelle d'un lapin enragé est broyée avec son poids de naphtol en poudre. Tous les deux jours des fragments du magma sont insérés sous la dure-mère de lapins sains. Tous deviennent rabiques. Un lapin inoculé avec la moelle qui est restée pendant vingt et un jours en contact avec le naphtol, meurt comme les autres de la rage forte. Un autre lapin reçoit le même jour, sous la peau, ce qui reste de la moelle naphtolée : il ne devient pas rabique, mais il n'est pas vacciné. Une inoculation intra-cranienne faite ultérieurement est suivie des accidents habituels de la rage forte.

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