ÉLIMINATION PAR LES URINES
ces trois souris et deux autres souris témoins reçoivent dans le péritoine dix gouttes de culture virulente du bacille d'Eberth. Le lendemain les cinq souris paraissent malades ; le surlendemain les deux témoins sont morts; le troisième jour les trois souris vaccinées sont bien portantes; elles restent bien portantes.
Une autre série d'expériences a donné un résultat négatif qui ne me paraît cependant pas capable d'infirmer le résultat positif de la précédente. Onze souris blanches reçoivent sous la peau de l'urine d'homme typhique, quatre succombent au cours de ces injections. Les huit autres ont reçu, en dix-huit jours, par huit à neuf injections, les unes 72, les autres 80 gouttes d'urine. Deux jours après la dernière injection, ces huit souris et deux témoins sont inoculées dans le péritoine avec douze gouttes de culture virulente. Le lendemain toutes les souris vaccinées ou témoins sont trouvées mortes. La survie a été de moins de 17 heures. Je suis porté à croire, en raison de cette très courte durée, que l'inoculation du bacille d'Eberth n'a pas été la cause de la mort, ou du moins n'a pas été la cause unique.
Ce qui ressort clairement de mes expériences, c'est que les -urines peuvent emporter au dehors la matière vaccinante fabriquée dans le corps par les microbes; que par conséquent cette matière ne peut pas s'accumuler dans l'économie; qu'elle ne peut pas y rester à demeure et à perpétuité; que si, par conséquent, dix ans après la guérison d'une maladie infectieuse et la disparition des microbes, un homme est incapable de contracter à nouveau la même maladie, cela peut être dû. à ce qu'il a été impressionné il y a dix ans par une matière vaccinante; mais cela n'est pas dû à ce qu'il y a actuellement dans son corps une matière toxique pour les microbes, qui y aurait été déposée, il y a dix ans, par des microbes de même espèce.
Je maintiens donc l'opinion que j'exprimais tout à l'heure. La matière vaccinante agit en modifiant la nutrition; et cette activité vitale nouvelle devient durable, et crée un état constitutionnel comparable à l'immunité naturelle.
BOUCHARD. Maladies infectieuses. 10
Malheureusement Faction sur la nutrition n'a pas toujours un efïet exclusivement utile. La cellule déviée de son type nutritif peut procéder vers l'état pathologique. Il n'y a plus ni microbes ni substance soluble, il y a des cellules animées d'une vie anomale; l'organisme continue la maladie pour son compte. Voyez ce qui se passe dans la maladie pyocyanique. Longtemps, trois ou quatre mois après l'infection, le système nerveux se montre atteint dans son intégrité, on voit apparaître des paralysies spasmodiques, puis une albuminurie tardive par sclérose rénale avec hypertrophie du ventricule gauche, et l'urémie termine la scène.
Dans les expériences de MM. Chantemesse et Widal, les animaux n'ont pas été suivis aussi longtemps. On sait cependant que chez le cobaye, qui est naturellement réfractaire au bacille d'Eberth, l'injection de la culture stérilisée produit une intoxication attestée par l'amaigrissement, la dégénérescence graisseuse du foie, la tuméfaction de la rate, la néphrite épithéliale.
Je sais bien que dans ces expériences de vaccination par les matières solubles sécrétées par le bacille pyocyanique et par le bacille d'Eberth on n'a pas séparé les matières vaccinantes des matières toxiques. Mais est-on sûr de pouvoir jamais le faire? Est-on sûr même que la matière vaccinante à Fétat de pureté ne produira pas sur l'organisme, à côte d'un effet utile, certains effets fâcheux?
Il ne faut procéder qu'avec une extrême réserve dans les applications qu'on pourra tenter chez l'homme. J'ai même la pensée que ces matières chimiques seront plus souvent employées comme médicaments pour arrêter l'évolution d'une maladie déjà commencée que comme vaccins véritables. Mais nous n'en sommes pas encore là et je crois devoir terminer par une parole de prudence : la vaccination par les produits solubles est pleine de promesses; mais elle est encore grosse de dangers.