THÉORIE DE L'IMPRÉGNATION
n'est en somme qu'une inoculation intra-veineuse faite indirectement, lentement, graduellement et à plus petite dose; que les microbes déposés dans le tissu cellulaire peuvent y pulluler et y provoquer la lésion locale, mais que quelques-uns de ces microbes, s'engageant dans les voies lymphatiques, arrivent dans le sang, que ceux-là se répandent partout et peuvent ainsi impressionner la totalité de l'économie; que c'est à ces microbes migrateurs seulement qu'il faut attribuer la vaccination générale. Vous savez quelle réponse a été faite à cette théorie : on injecte indifféremment sous la peau ou dans les veines la culture filtrée, débarrassée de tout microbe, et l'animal se trouve être immédiatement tout aussi bien vacciné que par l'injection sous-cutanée suivie ou non de lésion locale, compliquée ou non du passage de quelques microbes dans les veines. Dans les quelques maladies où l'expérimentation a pu être poussée jusqu'à ce point, ce qui vaccine, ce n'est donc pas la substitution d'une maladie locale à une maladie générale, ce n'est pas davantage la distribution discrète et restreinte de quelques microbes répandus dans toute l'économie, c'est la production d'une matière soluble vaccinante, fabriquée par les microbes là où ils se trouvent, dans la lésion locale ou dans tout l'appareil circulatoire, matière qui, en raison de sa solubilité, diffuse, se répand, est emportée partout et imprègne toutes les cellules.
La théorie est facile à formuler et elle est légitime pour quelques maladies seulement, pour celles où l'expérience a démontré que le microbe fabrique une matière vaccinante ; ce n'est que par analogie, et par une extension qui ne sera peut-être pas justifiée, qu'on appliquerait cette théorie à la variole et à la péripneumonie. Dans cette hypothèse on pourrait dire que l'imprégnation a été insuffisante pour la variole inoculée et suffisante pour la péripneumonie, puisque l'éruption des pustules varioliques primaires n'a pas empêché la maladie de se généraliser ultérieurement, ce qui prouverait que l'immunité n'était pas encore totalement acquise, tandis qu'après le développement du phlegmon gangreneux de l'extrémité de la queue, le
BOUCHARD. Maladies infectieuses. 11