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VACCINATION PAR VIRUS ATTÉNUÉS

bœuf était désormais à l'abri de la pneumonie contagieuse. En tout cas, pustule primaire ou phlegmon gangreneux, ce sont là dans ces maladies des accidents accessoires, inutiles, mais non inoffensifs. Ce qui est essentiel et véritablement utile, c'est la vie du microbe, soit dans une région circonscrite, soit dans des points très nombreux disséminés dans tout l'organisme, et c'est la dissémination de ces produits de sécrétion.

On peut donc, à l'aide de certains virus non atténués, obtenir des maladies légères qui cependant confèrent l'immunité. Cette diminution dans la gravité de la maladie, on la réalise en supposant à la rapide dissémination des microbes dans le sang. Il est au contraire d'autres microbes pathogènes qui, introduits dans le sang, même en nombre considérable, ne causent pas d'accidents; et ces mêmes microbes, déposés dans le tissu cellulaire, y exercent toute leur action. Inoculés sous la peau, ils produisent la maladie complète sans atténuation ; inoculés dans les veines, ils ne provoquent pas la maladie, mais ils créent l'immunité. C'est ce que MM. Chauveau et Arloing ont démontré pour la gangrène gazeuse; c'est ce que MM. Arloing, Corneviu et Thomas ont établi pour le charbon symptomatique; c'est ce qui résulte enfin des expériences de M. Galtier relatives à l'injection intra-veineuse du virus rabique chez les ruminants.

Que faut-il penser du mécanisme de cette immunité? Pour la rage, pour la gangrène gazeuse, pour le charbon symptomatique, on a invoqué l'imprégnation par les produits solubles de la vie des microbes. A la vérité, pour la gangrène gazeuse, nous savons, par MM. Roux et Chamberland, que son microbe pathogène sécrète une matière soluble à la fois virulente et vaccinale. Aussi, lorsqu'on injecte à la fois dans les veines et le microbe et son produit, il se peut que la vaccination soit opérée par la matière soluble ; mais dans leurs expériences, pour obtenir l'immunité, MM. Roux et Chamberland doivent injecter des quantités considérables de matière soluble dans le péritoine, jusqu'au tiers du poids de l'animal en trois fois, tandis qu'il suffit d'injecter peu de virus dans les veines.

Nous ne pouvons pas dire que dans les expériences où

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l'immunité a été créée par l'injection de peu de virus dans les veines, cette immunité soit attribuable seulement à la petite quantité de matière soluble injectée avec les microbes. Il peut se faire que les microbes qui ne peuvent pas vivre dans le sang, après s'être disséminés dans les poumons, le foie, la rate, les lymphatiques, la moelle des os, les endothéliums vasculaires, aient continué à sécréter leurs produits solubles, avant d'être appréhendés et détruits par les cellules phagocytiques, et augmenté assez la quantité de cette substance vaccinale injectée en même temps qu'eux pour conférer l'immunité. C'est là une pure hypothèse, mais en dehors d'elle je ne vois pas d'explication qui supporte la discussion.

J'arrive à l'immunité que confère l'inoculation des virus atténués. C'est une des grandes découvertes de M. Pasteur. Modifier l'une des fonctions d'un microbe pathogène, la modifier d'une façon durable, héréditairement transmissible, amener ce microbe à produire une maladie légère qui cependant confère l'immunité, c'est là une conquête mémorable. Cette conquête appartient sans conteste à M. Pasteur pour ce qui concerne le choléra des poules; elle lui appartient tout aussi légitimement pour le charbon.

Les procédés de l'atténuation des virus sont nombreux.

La longue durée de la culture suffit quelquefois. Nous faisons ainsi sans le vouloir l'atténuation du charbon dans nos laboratoires et un jour en inoculant une culture vieillie nous n'obtenons plus les résultats habituels. C'est en inoculant de vieilles cultures de choléra des poules que M. Pasteur s'est aperçu qu'il conférait l'immunité aux animaux inoculés.

On peut atténuer les virus par la chaleur. M. Toussaint a peut-être fait sans s'en douter un virus atténué quand il croyait détruire la bactéridie en chauffant à 56° le sang charbonneux.

Nous savons qu'il se trompait et que les spores échappaient à ce chauffage. Mais M. Pasteur, en chauffant à M0, 5 pendant plusieurs jours, détruit les filaments tout en s'opposant à la formation des spores. En chauffant à 43°, il a respecté la vie de la bactéridie, mais il a atténué sa virulence.

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