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UTILISATION DES POISONS MICROBIENS EN THÉRAPEUTIQUE

la mal'aria. Nous avons eu récemment l'acide salicylique, qui est aussi un spécifique. Si en 48 heures ce médicament fait cesser les fluxions articulaires rhumatismales, c'est bien certainement par une action spécifique. Pourquoi, disais-je, ne trouverait-on pas encore d'autres agents thérapeutiques spécifiques, dût-on les demander à la chimie des microbes euxmêmes?

En effet, qui nous défend de penser qu'on pourra récolter un jour le poison soluble sécrété par les microbes pathogènes de la fièvre typhoïde en quantité suffisante pour l'administrer à l'homme atteint de fièvre typhoïde? Ne pourra-t-on pas cultiver industriellement en quelque sorte les agents infectieux? Nous avons bien réussi à éduquer, à domestiquer d'autres microbes pour nos besoins : ne sont-ce pas des microbes qui fabriquent les quelques cent millions d'hectolitres d'alcool que nous consommons? Pourquoi n'obligerions-nous pas un jour les microbes pathogènes à fabriquer pour nos besoins thérapeutiques leurs poisons', destinés à devenir des médicaments? C'est là une espérance que je ne crois pas déraisonnable; la chimie saura peut-être aussi fabriquer par synthèse les mêmes poisons que les microbes pathogènes, mais je ne serais pas surpris que la thérapeutique de l'avenir tirât parti des microbes eux-mêmes pour la fabrication de ces médicaments.

Jusqu'à ce jour nous n'avons pas encore à notre disposition ces substances chimiques morbifiques et vaccinantes, sinon pour quelques rares maladies et dans les laboratoires. Mais nous avons les antiseptiques. Si ces agents sont moins puissants en général que les poisons microbiens, ils ne sont pas à dédaigner; ils ne tueront pas les microbes à doses inoffensives pour l'homme, mais ils peuvent les impressionner assez énergiquement pour que l'organisme n'ait en face de lui que des ennemis affaiblis; dans ce cas il réussit toujours à les détruire lui-même.

Comment pouvons-nous impressionner assez les microbes? J'ai montré déjà surabondamment que c'est en modérant leur pullulation, en supprimant ou en amoindrissant leurs fonctions. Cela, nous pouvons le faire grâce aux antiseptiques. C'est ce

côté de la question que j'aborde maintenant. Vous verrez que nous sommes désormais en mesure de démontrer expérimentalement l'action thérapeutique des antiseptiques.

Mais d'abord que faut-il entendre par antiseptiques? Ce sont des agents qui impressionnent la vie, la multiplication, le fonctionnement des microbes en agissant directement sur eux, et non indirectement par modification de l'organisme. C'est la seule définition que je puisse donner des antiseptiques. Il faut encore ajouter que cette action directe sur le microbe doit être obtenue à des doses qui ne soient pas nuisibles à l'homme.

Pour juger de la valeur d'un antiseptique, il ne suffit pas, en effet, d'établir qu'il rend moins dangereuse et moins longue une maladie infectieuse; il faut prouver qu'il agit sur la culture du microbe in vitro à dose inoffensive pour l'homme : en dehors de cette condition, il peut être industriel, mais il n'est pas médical. Il n'est pas nécessaire que, dans ces essais de culture, l'antiseptique tue le microbe, il suffit qu'il diminue ou retarde sa pullulation.

En étudiant les antiseptiques d'après cette méthode, on reconnaît qu'il n'y a pas des antiseptiques d'une façon générale agissant sur l'ensemble des microbes, mais que telle substance est antiseptique pour telle maladie, c'est-à-dire agit puissamment sur tel microbe.

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