PRINCIPES GÉNÉRAUX QUI SERVENT DE RASE A UA PRATIQUE DE L'ANTISEPSIE
Définition des antiseptiques. — Distinctions entre l'antisepsie du médecin et celle du chirurgien, entre l'antisepsie générale et l'antisepsie locale.
Antisepsie par les agents physiques : Chaleur. Guérison du chancre simple par le chauffage (Aubert). Effet quelquefois utile de la fièvre.
Évacuation mécanique des microbes hors du corps. Lavements, purgatifs et vomitifs. — Irrigations des cavités séreuses et splanchniques. Action antiseptique de l'épilatioh dans l'antiquité et dans l'Orient moderne. L'antisepsie dans les prescriptions sacerdotales.
Règles générales de l'antisepsie chirurgicale. Rareté des attouchements. — Purification des mains, des objets de pansement. — ■ Inconvénients de la charpie. — Discussion de la valeur du spray. — L'antisepsie parles pansements rares, le pansement par occlusion, le pansement ouaté. — Règles générales relatives à l'antisepsie des réservoirs. Antisepsie intestinale préopératoire dans la chirurgie abdominale et avant l'accouchement. — Eau aseptique et eau antiseptique. — Drainage et sutures aseptiques.
J'ai défini les agents antiseptiques en disant que ce nom est applicable à tout ce qui impressionne directement la vie, ou la multiplication, ou le fonctionnement d'un microbe, à dose inoffensive pour l'homme. C'est une définition purement médicale, qui n'est pas acceptable pour l'industrie et qui ne sera pas acceptée pour la chirurgie.
Le chirurgien, n'agissant que sur des surfaces restreintes, peut sacrifier certains parties du corps attaquées par les agents infectieux; il n'est pas tenu aux mêmes ménagements que le médecin. Lorsqu'une ulcération chancreuse creuse un tissu, on peut détruire par le feu l'agent pathogène; et, si du même
coup on détruit une portion du tissu malade, le dommage n'est pas grand.
Mais, quand on se propose de faire de l'antisepsie générale, on est obligé de faire arriver par la voie sanguine la substance antiseptique au contact des agents infectieux, et, pour atteindre ceux-ci, il est inévitable d'imprégner de l'antiseptique les cellules de tout l'organisme, y compris celles dont le fonctionnement est à la fois le plus important et le plus délicat, les cellules nerveuses; notre action sur le microbe se trouve alors toujours limitée par la crainte que nous avons de nuire aux cellules nerveuses.
L'antisepsie générale est donc plus difficile, parce qu'elle est plus dangereuse, et elle est par suite plus restreinte que l'antisepsie locale et que l'antisepsie chirurgicale. Un excellent antiseptique chirurgical pourra être médiocre ou nul pour l'antisepsie générale, — je ne dis pas pour l'antisepsie médicale, car le médecin fait aussi de l'antisepsie locale. Comme le chirurgien désinfecte une plaie, un abcès, une articulation, le médecin sait désinfecter les séreuses, le tube digestif. Dans ces cas, il peut avoir recours à des substances antiseptiques énergiques, à la condition qu'elles ne soient pas absorbées.
D'ailleurs un antiseptique n'est pas nécessairement une substance. Certains états physiques des corps peuvent réaliser l'antisepsie; la chaleur par exemple. La chaleur au rouge blanc est utilisée par la chirurgie. Entre /j2° et 43°, elle sera peut-être utilisée parla médecine, puisque l'économie peut tolérer ces températures pendant quelque temps, tandis que certains agents infectieux ne les supportent pas.
La médecine a déjà réalisé cette indication par l'emploi de la chaleur à 39° et Ii0°. M. Aubert, qui a étudié les variations de la virulence du chancre simple, a constaté que cette virulence est entravée au-dessus de 38°, qu'elle cesse à 39° et qu'elle peut être définitivement détruite par une température de Ii0°. Ces effets, il les a obtenus par l'application de cataplasmes, et par l'emploi de bains locaux très chauds et assez prolongés.