‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 88 sur 180 · ANTISEPSIE SANS ANTISEPTIQUES · texte numérisé non relu

ANTISEPSIE SANS ANTISEPTIQUES

L'invasion d'une maladie intercurrente produisant une haute température peut arrêter l'évolution de certaines infections. Je lais allusion non seulement aux faits cliniques de M. Aubert, mais aux expériences d'Emmerich et de Pawlowsky dans lesquelles on a mis en conflit des agents pathogènes différents, le streptococcus de l'érysipèle avec la bactéridie du charbon. Zagari, qui a repris les expériences, pense que l'action favorable exercée par l'introduction du streptococcus est attribuable à l'hyperthermie que produit l'érysipèle et qui amène la mort des bactéridies charbonneuses. Cette opinion est encore une pure hypothèse; les faits qu'elle cherche à expliquer ne sont même pas encore hors de contestation et on ne sait si d'autres éléments n'interviennent pas pour rendre le problème plus complexe. En tout cas, cette hypothèse n'autorise pas à généraliser et à espérer qu'on obtiendra des effets favorables de l'hyperthermie dans les maladies infectieuses. Elle donne toutefois à penser que, dans certains cas spéciaux, la fièvre peut avoir une action utile.

L'emploi de ces moyens physiques, c'est, à vrai dire, l'antisepsie sans antiseptiques. D'ailleurs la méthode antiseptique ne se borne pas à influencer directement la vie, la pullulation, le fonctionnement des microbes. Elle comprend un certain nombre de procédés préalables à l'emploi des antiseptiques, procédés qui ont pour but de mettre l'homme à l'abri des microbes en les écartant de lui.

On se propose d'évacuer les microbes hors du corps dans un but à la fois prophylactique et thérapeutique. Le chirurgien et le médecin ont opéré depuis longtemps cette évacuation d'une façon inconsciente sans soupçonner pourquoi cet acte était utile. On sait que chez les femmes accouchées certains accidents fébriles disparaissent à la suite d'une simple évacuation alvine. L'utilité des vomitifs et des purgatifs dans les embarras gastriques est un axiome médical ancien. Dans les états dits putrides, on se préoccupait d'évacuer certaines matières peccantes ; en réalité, on expulsait à la fois les microbes et leurs produits par les purgatifs et les lavements.

Les irrigations dans les plaies anfractueuses ont plusieurs effets uliles, mais l'un d'eux consiste à diminuer le nombre des microbes qui y vivent et y entretiennent le travail pathologique. Dans les cavités séreuses, dans le vagin et l'utérus, dans le gros intestin, la cavité de l'estomac, les irrigations servent comme moyens détersifs et antiseptiques. Le drainage, les lotions, le savonnage de la peau, sont des moyens qui visent l'antisepsie. Laver la peau, c'est la première préparation de la région sur laquelle va s'accomplir un acte opératoire.

Les notions de cet ordre sont déjà bien anciennes. Il s'accumule sous les poils quelque chose qui doit être enlevé, disaient les auteurs du ïalmud, et ils imposaient à ceux qui se préparaient aux grandes purifications l'obligation de faire disparaître les poils.

Cette pensée a eu cours dans toute l'antiquité orientale. Les femmes étaient obligées de se dégarnir de leur toison génitale, et la même obligation subsiste de nos jours.

Ces notions hygiéniques que les injonctions sacerdotales avaient introduites dans la conscience publique, la méthode antiseptique en affirme la justesse; quand elle prescrit de raser les poils et de savonner la peau, elle reproduit consciemment ce que la médecine et l'hygiène ancienne faisaient par prescience. Le chirurgien' contemporain, qui exécute le lavage antiseptique de la conjonctive dans tous ses replis avant de pratiquer une opération sur les yeux, ne fait qu'appliquer les mêmes principes. Il s'efforce de chasser du champ opératoire les microbes qui s'y trouvent d'ordinaire et qui par leur présence nuiraient au succès de son intervention.

On ne s'est pas seulement préoccupé d'évacuer les microbes, on a voulu les empêcher d'arriver de l'extérieur au contact des surfaces dénudées, des plaies accidentelles ou opératoires. C'est la véritable révolution qu'a réalisée la méthode antiseptique, inaugurée par Lister en application des découvertes de Pasteur et de Tyndal. Le premier acte que doit accomplir le chirurgien de nos jours est de purifier ses mains, de les savonner, de nettoyer minutieusement ses ongles pour ne pas porter

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