INSTRUMENTS ET OBJETS DE PANSEMENT
'les microbes qui s'y trouvent au contact du blessé ou de l'opéré.
Malheureusement il est encore beaucoup de chirurgiens ralliés à l'antisepsie par bienséance plus que par conviction, qui ne s'acquittent de ce devoir que comme d'un vain cérémonial; ils purifient leurs mains avant l'opération comme on fait les ablutions lustrales à la porte de nos églises.
La méthode antiseptique commande encore la rareté des attouchements des plaies. Jadis un chirurgien ne pouvait voir une plaie sans y introduire aussitôt le doigt. On a banni définitivement cet instrument pestilentiel, la sonde de poitrine; peut-être quelques-uns s'en servent-ils encore, par atavisme sans doute.
Les instruments et objets de pansements doivent être purifiés. Mais cette purification pour être réelle réclame certaines conditions. Le lavage simple est illusoire, le bain antiseptique dans l'eau phéniquée est insuffisant; ce n'est pas de l'antisepsie, mais de l'exorcisme. Il faut une purification absolue. Le flambage la réaliserait, mais ce moyen radical a l'inconvénient d'émousser le tranchant des instruments. Il est •d'autres moyens plus commodes et aussi efficaces. M. L. Tripier, à la clinique chirurgicale de la Faculté de Lyon, laisse toujours séjourner ses instruments dans un bain d'huile à 110°, où tous les germes morbifiques sont détruits, sans que les instruments soient altérés. Ce procédé , publié déjà depuis longtemps, est encore peu répandu.
Les éponges sont plus dangereuses encore que les instruments; ce sont des agents de contamination indéfinie. Leur emploi rend presque impossible la réunion immédiate. On ne peut cependant les détruire dès qu'on s'en est servi; ce serait trop coûteux. On peut les désinfecter par des lavages répétés dans des solutions antiseptiques, par le séjour prolongé dans l'eau alcalinisée et en les soumettant enfin au chauffage à 110° ou 115° dan» l'autoclave pendant une demi-heure. On les remplace d'ailleurs avantageusement dans beaucoup de cas par le coton hydrophile ou par la gaze.
BOUCHARD. Maladies infectieuses. 13
Il ne faut pas oublier que les précautions antiseptiques ne sont pas seulement indispensables pour le premier pansement, elles doivent être aussi complètement prises à tous les pansements consécutifs.
Il est désirable que les objets de pansements destinés à couvrir les plaies soient de minime valeur, afin qu'on puisse ne s'en servir qu'une fois et les détruire. La charpie, l'antique charpie ne servait qu'une fois; aussi c'était le luxe de la charité. Pendant nos grandes guerres et dans d'autres calamités publiques, les femmes et les filles passaient les veillées à effiler la charpie; malheureusement j'ai vu aussi, dans les salles de médecine, des convalescentes de variole et d'érysipèle effiler de la charpie pour les salles de chirurgie! On a eu mille fois raison de lui substituer la gaze et le lint. On s'efforce de rendre les tissus antiseptiques en les imprégnant de substances telles que l'acide borique, l'acide salicylique, l'iodoforme; je pense que c'est une illusion. Qu'ils aient été ou non imprégnés d'antiseptiques, s'ils restent quelque temps exposés à l'air des salles et aux poussières, ils se chargent de microbes. Il vaudrait beaucoup mieux se préoccuper de les rendre aseptiques qu'antiseptiques; on y arrive en les surchauffant à l'étuve avant chaque pansement.
Les germes morbides apportés par l'air peuvent venir infecter les plaies; cette crainte préoccupait surtout le chirurgien qui appliqua le premier les doctrines de M. Pasteur à la chirurgie, Lister; il fallait, pensait-il, que l'air n'arrivât au contact des plaies que purifié. Je ne crois pas que le nuage de solution phéniquée pulvérisée, le spray , permette d'obtenir la purification de l'air. On obtient assurément par la pulvérisation une diminution du nombre des microbes dans les couches d'air où le spray fonctionne, parce que les microbes s'attachent aux molécules liquides et sont en partie entraînés mécaniquement par elles, mais ces gouttelettes tombent en partie sur la plaie.
Yolkmann a réalisé l'idée d'opérer sous l'eau; il fait verser d'une façon permanente sur les mains et sur le champ opéra-