‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 9 sur 180 · CIVILISATION ET MALADIES INFECTIEUSES · texte numérisé non relu

CIVILISATION ET MALADIES INFECTIEUSES

maladie exceptionnelle. C'est l'Exposition universelle de 1867 qui a ramené le chancre simple avec l'affluence des étrangers; puis les événements de 1870 et la liberté absolue qui fut laissée sous la Commune à cette catégorie de personnes qui transportent la contagion, favorisèrent l'extension du chancre simple, qui redevint ensuite de plus en plus rare lorsque les visites sanitaires, après le rétablissement de l'ordre, eurent repris leur régularité.

A prendre les choses au point de vue le plus général, on peut affirmer que l'anarchie et la barbarie sont également favorables à la pullulation des microbes pathogènes ; au contraire, tout progrès de la civilisation est défavorable aux microbes. La fièvre intermittente, plus grave que la peste noire, est endémique dans les trois quarts de la portion habitée du globe; elle frappe ses victimes chaque jour de toutes les années de tous les siècles; elle dépeuple aujourd'hui encore certaines contrées. Son germe a précédé l'humanité sur le globe de plusieurs milliers de siècles et ses coups ont dû atteindre le premier homme; car elle s'était accumulée dans le sein de la matière végétale à la surface de la terre. Mais, pour qu'elle manifestât ses effets, il a fallu que l'être réactif, l'homme, apparut.

Celui qui a creusé le premier sillon a été la première victime du poison paludéen; il a ainsi payé la rançon de ceux qui sont venus après lui. C'est le travail de l'homme qui a rendu la terre habitable : en la cultivant, il l'a assainie. Si, dans les parties civilisées du monde, il y a moins de dangers pour l'homme du fait des maladies microbiennes, c'est parce que la culture en a fait progressivement disparaître les miasmes du sol vierge.

Comparez à ce point de vue les deltas des grands fleuves dans les pays où la civilisation n'existe plus ou n'existe pas encore, le Gange, le Nil et le Mississipi, à ces deltas cultivés de l'Escaut, de la Meuse ou du Rhin, dans lesquels l'activité et l'industrie de l'homme maintiennent à la fois la richesse et la santé. Si notre delta du Rhône est encore malsain, il Test déjà moins grâce à de nombreux travaux d'assainissement et de

drainage. Voyez ce qui s'est passé en Algérie, où tant d'existences ont été fauchées par la fièvre intermittente au début de la conquête; les neuf dixièmes de la population é mi grée sont morts dans les premiers temps; mais, après les soldats, sont venus les colons, et leur travail a produit peu à peu une fécondité et une salubrité qui laissent à peine à désirer aujourd'hui. En creusant des canaux, en construisant des digues, en boisant les montagnes, en réglant les cours d'eau, en desséchant les marais, la civilisation fait disparaître les conditions favorables à la vie de l'agent infectieux.

En revanche, quand la civilisation subit une éclipse passagère ou durable, on voit diminuer progressivement et parallèlement la richesse agricole et la santé des populations : les digues s'effondrent, les canaux s'obstruent, la culture devient moins intense, et sur le sol redevenu vierge reparaissent les microbes et leurs maladies. Dans l'Inde, où régnent aujourd'hui la pauvreté et la fièvre, existait autrefois une canalisation merveilleuse qu'on n'aurait qu'à restaurer pour ramener la richesse et la salubrité. C'est là ce qui s'est passé en Espagne : après l'expulsion des Maures et la disparition de la brillante civilisation qu'ils y avaient fondée, le sol est devenu stérile, pauvre et fiévreux. Dans la grande Grèce les études passionnées de nos archéologues nous montrent, parmi les vestiges de tant de villes riches et populeuses, les restes de travaux qui assuraient à ces provinces la fécondité et la salubrité. Le flot de la barbarie a tout emporté, et, aujourd'hui encore, la stérilité du sol et la fièvre maintiennent la dépopulation.

J'avais donc bien le droit de vous dire, et déjà j'en donne une preuve en utilisant ces données de la pathologie historique, que nous sommes les maîtres des microbes, parce que nous sommes maîtres de changer les milieux où ils vivent; et, si nous le pouvons quand il s'agit de microbes qui passent du sol dans le corps de l'homme, comme celui de la fièvre intermittente, notre action reste encore manifeste quand il s'agit des maladies dont le microbe passe de l'homme à l'homme. J'ai pu vous dire dans la première leçon que, sans toucher à la vitalité

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