DIURÈSE POUR ÉLIMINER LES POISONS MORBIDES
j'ai montré que les urines des cholériques étaient clouées d'une toxicité spéciale, puisqu'elles reproduisaient chez des animaux incapables de contracter l'infection cholérique quelques-uns des symptômes caractéristiques du choléra; cette toxicité était bien l'effet d'un poison morbide et non celui des poisons naturels de l'économie, le rein élimine donc ce poison morbide.
Je vous ai montré récemment que, si l'on injecte à un animal les urines filtrées de lapins atteints de la maladie pyocyanique, on détermine chez lui des phénomènes morbides semblables à ceux que provoque l'injection des poisons sécrétés in vitro par le bacille pyocyanique. Les urines qui éliminent tant de poisons sont donc une voie par laquelle s'échappent aussi les poisons morbides. Il y a donc lieu de solliciter l'activité sécrétoire du rein pour lutter contre les accidents toxiques des maladies infectieuses.
Tout cela, c'est de la prophylaxie et de la thérapeutique, et c'est de l'antisepsie indirecte. Mais il ne faut pas oublier qu'il y a place dans la thérapeutique générale des maladies infectieuses pour une thérapeutique physiologique qui vise non pas le microbe, mais l'organisme. On doit se proposer de rendre l'homme bien portant pour le rendre moins facile à infecter. L'homme sain est difficilement envahi et lésé par les agents infectieux. Tout ce qui active sa nutrition contribue à le rendre réfractaire.
Pour ne parler que des infections chirurgicales que j'ai plus particulièrement visées dans la dernière leçon, après les grands traumatismes et les grandes opérations, il faut redouter la secousse nerveuse, le choc, qui apporte une entrave aux phénomènes essentiels de la nutrition, qui arrête plus ou moins complètement les métamorphoses cellulaires. Dans ces cas, la nutrition oublie en quelque sorte de se faire; l'homme, vivant encore, mais d'une vie amoindrie, devient un milieu de culture comme la matière morte si éminemment favorable au développement des microbes; livré sans défense à l'invasion du parasitisme par une sorte d'arrêt inhibitoire des métamorphoses de la matière, il est la proie d'infections auxquelles, à l'état
ordinaire, il n'est pas accessible. Le chirurgien doit donc se préoccuper d'épargner autant que possible l'ébranlement nerveux au moyen de l'anesthésie et par le choix des méthodes opératoires les plus rapides.
Outre les chocs nerveux qui surviennent avant l'opération et au moment de la blessure, il en est qui peuvent atteindre ultérieurement les blessés ou les malades quand l'économie est encore chancelante, prête à s'infecter plus facilement; alors les secousses morales dépressives peuvent faire éclater une complication, de même que quelquefois des émotions agréables ont pu acheminer vers la guérison. Un autre genre de choc nerveux, la secousse génitale, est défavorable aux individus traumatisés. Un chirurgien de Lyon, M. Poncet, a insisté avec grands détails sur l'influence fâcheuse de ces secousses nerveuses, du coït en particulier, au cours des maladies. On a vu des furoncles, des adénites, des abcès de l'aisselle devenir le point de départ d'angioleucites, d'érysipèles sous l'influence de l'acte génital intempestivement pratiqué.
C'est de la même façon fâcheuse qu'agit l'application soudaine du froid, le choc de froid.
Yoilà pour ce qui a trait aux soins qu'on doit prendre du système nerveux en vue d'écarter les infections secondaires. En outre, il faut se préoccuper de l'alimentation. Sans doute il faut éviter l'indigestion, qui peut ajouter une intoxication au danger déjà couru par le malade et qui peut ainsi créer un terrain pour des infections nouvelles. Je voudrais même qu'on fît l'antisepsie intestinale préalable aux traumatismes opératoires. Mais il faut aussi, pour que la nutrition s'accomplisse bien, que les cellules reçoivent par l'alimentation les matériaux de leur fonctionnement et de leur réparation : avec l'eau et l'oxygène, les matières organiques et minérales. L'alimentation doit donc être abondante, mais choisie.
Tous ces soins, qui ont pour but d'assurer la meilleure nutrition possible, doivent être l'objet de nos préoccupations non seulement avant et pendant la maladie infectieuse, mais encore après. Car les maladies infectieuses ont des conséquences