‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 96 sur 180 · VINGT ET UNIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT ET UNIÈME LEÇON

(26 mai 1888.)

Preuve expérimentale de l'action directe d'un antiseptique sur un microbe, de la créosote sur le bacille tuberculeux. — ■ Choix des antiseptiques. Nécessité de chercher toujours successivement le pouvoir toxique et l'équivalent thérapeutique de chaque antiseptique. — Difficultés que soulève la recherche du pouvoir antiseptique. Il n'y a pas d'antiseptique général. — Variations du pouvoir antiseptique suivant les microbes. — Variations suivant l'espèce animale. Détails nombreux dont il faut tenir rigoureusement compte dans l'appréciation de la valeur d'un antiseptique. — Composition chimique du milieu de culture du microbe, température, ancienneté de la culture, quantité de microbes qui a servi à ensemencer le milieu. — Degrés dans l'action exercée par l'antiseptique sur le développement du microbe. Doses qui retardent la germination, l'empêchent, ralentissent le développement, l'arrêtent, stérilisent et tuent. Réviviscence dans les milieux vivants de microbes qu'on croyait tués dans une culture in vitro.

Tableau de la valeur de dix antiseptiques (iodoforme, salol, naphtaline, naphtol oc, naphtol [3, sublimé, biiodure de mercure, créosote, acide phénique, acide thymique) sur quatre microbes (bacille typhogène, staphylococcus pyogenes aureus, bactéridie charbonneuse et pneumococcus de Friedlânder).

Pour résumer les développements dans lesquels je suis entré dans la dernière leçon, je dirai que, dans la thérapeutique des maladies infectieuses, l'antisepsie proprement dite, c'est-à-dire la lutte contre le microbe, n'est qu'un des éléments du problème à résoudre, qu'il faut de plus s'occuper toujours de l'homme avant, pendant et après la maladie.

Maintenant revenons à l'antisepsie.

Au seuil même de l'étude des antiseptiques, j'ai voulu vous donner la preuve de la réalité de l'action que certaines sub-

stances exercent sur certains microbes. Vous avez sous les yeux les pièces anatorniques de deux lapins inoculés le même jour avec la même quantité de matière tuberculeuse dans des conditions aussi semblables que possible : l'un n'a été soumis à aucun traitement; l'autre a reçu chaque jour sous la peau, par kilogramme de son poids, 25 centigrammes de créosote en solution huileuse à 25 p. 100. Les deux animaux ont été maintenus dans la même cage, soumis aux mêmes influences hygiéniques. — L'un d'eux est mort au bout de trois mois. Ses poumons, sa rate, son foie, ses ganglions sont farcis de tubercules; plusieurs grandes articulations sont affectées d'arthrite fongueuse et le microscope y démontre la présence du bacille de Koch; les reins sont amyloïdes. C'est l'animal qui n'a pas été soumis aux injections antiseptiques. — Celui qui a reçu la créosote à partir du jour de l'inoculation ne présente aucune lésion tuberculeuse. — On ne conclut pas avec un fait unique; cependant cet exemple est de nature à nous encourager au moment où nous entreprenons l'étude des antiseptiques.

Quand on veut faire un choix entre les diverses substances réputées antiseptiques, on doit se demander quels avantages et quels inconvénients telle de ces substances peut avoir pour le malade, autrement dit, si la dose qui est nuisible pour le microbe ne peut l'être pour l'homme.

Pour chaque antiseptique, il y a donc nécessité de chercher successivement quel est son pouvoir antiseptique et quel est son pouvoir toxique.

Pour savoir quelle dose d'une substance sera antiseptique, il semble qu'on doive chercher d'abord quelle quantité de cette substance peut rendre stérile l'unité de poids de l'être vivant. Cette recherche se heurte à une difficulté insurmontable. Si on augmente graduellement la dose de l'antiseptique, il arrive un moment où la mort de l'animal survient alors que l'agent infectieux est encore capable de végéter.

Mais que nous importe que le milieu vivant devienne stérile? Notre but ne doit pas être de le rendre impropre à faire

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