‹ Thérapeutique des maladies infectieuses [electronic resource]Chapitre 97 sur 180 · DIVERSES ACTIONS DES ANTISEPTIQUES SUR LES MICROBES · texte numérisé non relu

DIVERSES ACTIONS DES ANTISEPTIQUES SUR LES MICROBES

vivre tout microbe; nous cherchons seulement à mettre en lui quelque chose qui diminue le pouvoir nuisible d'un microbe déterminé. Il n'est pas vrai de dire que, pour estimer la puissance antiseptique d'une substance, il faut chercher à rendre par son moyen le corps vivant stérile. La présence d'un antiseptique peut, suivant la dose, empêcher le microbe de germer, retarder, amoindrir ou ralentir sa végétation, la supprimer enfin, elle peut même tuer le microbe; voilà la série des diverses actions que l'on peut exercer sur l'agent pathogène, mais la moindre d'entre elles est encore utile.

Le pouvoir antiseptique d'une substance n'est pas le même sur tous les microbes; tel microbe est plus sensible à tel antiseptique. 0gr,20 de naphtol (3 empêchent la végétation de la bactéridie charbonneuse, mais n'arrêtent nullement celle du bacille pyocyanique et du bacille qui produit le vert fluorescent; pour le pyocyanique, il faut Ogr,50 et pour le vert 0gr,66. Heureusement pour la thérapeutique , les microbes pathogènes sont en général les plus sensibles à l'action des antiseptiques.

En réalité, dire que telle substance est antiseptique n'a aucun sens. Au point de vue thérapeutique, il n'y a pas d'antiseptique en général; à propos de chaque microbe pathogène, il faut déterminer l'équivalent antiseptique de la substance qu'on essaye, c'est-à-dire chercher la quantité de cette substance qui dans un kilogramme de matière nutritive empêche le développement de tel microbe déterminé.

Il faut ensuite mettre en parallèle l'équivalent toxique, c'està-dire la quantité de substance nécessaire pour tuer un kilogramme d'animal, et l'équivalent thérapeutique, c'est-à-dire la quantité par kilogramme qui peut être injectée d'un coup dans la circulation de l'animal sans déterminer de phénomènes morbides.

Il faut bien entendu indiquer quelle est l'espèce animale sur laquelle on expérimente; car la sensibilité à l'action des médicaments varie beaucoup suivant les espèces : on peut nourrir des lapins de belladone, et on tue les chiens avec des doses

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relativement faibles de ce poison ; le lapin résiste à des doses de morphine qui tuent l'homme. Si l'expérimentation nous permet d'étudier les effets des poisons sur les animaux, pour l'homme, nous sommes réduits à demander à la toxicologie toutes les lumières qu'elle peut nous fournir sur le mode d'action des poisons, les symptômes qu'ils produisent suivant les doses; les accidents toxiques que font naître trop souvent l'erreur ou la négligence d'un médecin, d'un pharmacien, d'une garde-malade doivent être notés et profiter à notre instruction sur cette question; ainsi l'observation clinique supplée dans cet ordre d'idées à l'impossibilité d'expérimenter.

Quand nous avons trouvé que telle dose d'un antiseptique n'est pas toxique pour le lapin, nous ne sommes donc pas autorisés à l'appliquer à l'homme. Nous devons commencer par n'administrer à l'homme qu'une dose vingt fois, cent fois, deux cents fois moindre. Quand j'ai étudié la créosote et le naphtol, après les essais préalables sur les animaux, j'ai commencé par essayer chez l'homme des doses ridiculement petites et que je savais ne devoir produire aucun effet thérapeutique; j'ai débuté par 0sr,05 et ce n'est que graduellement que je suis arrivé à des doses que je sais être agissantes, mais non nuisibles.

Quand on cherche la valeur antiseptique d'une substance, c'est dans la culture inerte et non dans le milieu vivant qu'il faudra déterminer la dose du médicament nécessaire pour entraver dans cette culture le développement d'un microbe donné ; mais il est indispensable de tenir compte de la composition chimique de ce milieu. Car il y a des milieux qui sont réfractaires au développement de chaque microbe, et l'addition d'un antiseptique à ces milieux perd alors toute signification. Ainsi il faut indiquer la teneur du milieu en eau, la nature et la quantité des matières organiques et minérales. A propos du bacille pyo-cyanique, j'ai eu l'occasion de vous dire que dans certains bouillons pauvres il se développe et se multiplie, mais qu'il perd sa fonction chromogène. Dans les mêmes conditions, un autre microbe perdrait peut-être sa fonction virulente.

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