DEUXIÈME VISITE
lie cas urgent de inaria§fe.
— Docteur, il me tombe une tuile. Je vous demandais, mercredi dernier, si je pourrais un jour me marier !...
— Oui ! eh bien?
— Eh bien ! on a agi pour moi. J'ai eu le malheur de ne pas déplaire, le tort de laisser faire. Et... la noce a lieu dans trois semaines !
— Dans trois semaines !... Impossible ! il faut vous dégager. Impossible, vous dis-je...
— Et à mon tour, je vous le dis aussi, cher docteur, impossible. Impossible de rompre une affaire aussi avancée. Pour moi, pour les deux familles, ce serait un scandale pire que la mort !
— Je vous plains de tout mon cœur assurément, mais je ne puis que vous répéter...
— Mais n'y a-t-ii donc aucune précaution à prendre, aucun moyen capable de prévenir la contagion?
— Aucun. Entrer dans cette voie serait me rendre complice de vos torts, responsable des malheurs dont vous serez probablement cause, et je refuse absolument.
— Eh bien ! soyez donc responsable, vous et la médecine, de ce qui va arriver ; car, je vous l'ai dit, je ne puis reculer. (Il prend son chapeau) .
— Restez et répondez-moi. Etes-vous un homme? Saurezvous me comprendre et pourrez-vous m'obéir ?
— Ah ! merci, docteur, vous me sauvez plus que la vie. Ordonnez... Toutes vos instructions seront pour moi articles de loi et articles de foi.
— Asseyez-vous donc, et écoutez. D'abord, il vous est absolument interdit de procréer avant un temjîs que nous fixerons plus tard. Vous savez comment on s'y prend pour l'éviter?... Oui?... Eh bien ! je vais vous l'expliquera — Et songez-y bien ! Enfreindre ce conseil exposerait non-seulement la vie des enfants à venir, mais la santé de votre femme que vous auriez infectée indirectement, comme père.
Ceci posé, comprenez bien que vous ne pouvez, comme mari, lui transmettre du mal que par les organes entre lesquels il s'établit, de vous à elle, des rapports, des contacts intimes. Ces deux endroits dangereux sont les organes génitaux et la bouche. — Donc, quant à cette dernière, abstenez-vous complètement de certains baisers : ce n'est qu'une habitude à ne pas prendre. Et, dans tous les cas, n'embrassez jamais, pas même sur les lèvres, dès que vous voyez, ou sentez, ou soupçonnez, chez vous, le moindre mal aux lèvres, à la langue,, au gosier surtout. Ne vous liez point, pour avoir la sécurité, à des cautérisations qui toujours risquent fort d'être incomplètes. Cautérisez si vous voulez, mais abstenez-vous de toute intimité jusqu'à cicatrisation. — ■ Quant à vos organes génitaux, les lésions secondaires, fort heureusement, y sont beaucoup plus rares qu'à la bouche, et elles s'y aperçoivent plus aisément. Défiez-vous surtout de celles dont on ne se défie pas, qui siègent aux bourses, au périnée, à la face interne des cuisses.
— Et, avec ces indications, docteur, je puis en toute sécurité...
— Avec ces indications, monsieur, il est probable que votre femme sera infectée!
La règle que je vous trace est sûre. Mais il s'agit de Tob-
^ Sur cet ai'ticle, beaucoup de clients se disent instruits, et en réalité ne savent rien. Lisez dans leurs yeux jusqu'à quel point il faut les croire, jusqu'à quel point il faut se faire avec eux professeur, professeur toujours décent, mais suffisamment clair.
server pendant plusieurs mois, un an peut-être. Et je sais ce que l'insouciance, l'occasion, l'emportement des sens, les provocations d'un amour partagé peuvent créer de péril. Un oubli de quelques secondes... et la vérole est faite... Adieu, cher monsieur. Songez à tout ceci. Songez aussi à suivre un tiaitement spécifique, régulier. Mais rappelez-vous surtout le commencement de notre conversation ; et s'il y a quelque moyen de vous dégager sans trop d'éclat, n'attendez pas qu'il s'offre, faites le naître.